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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300314

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300314

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantDJERMOUNE YASSINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une lettre, enregistrées les 1er février et 6 avril 2023, M. A E, désormais représenté par Me Djermoune, demande au tribunal :

1°) d'ordonner au préfet de Saône-et-Loire de communiquer l'entier dossier sur la base duquel ont été prises les décisions en litige ;

2°) de surseoir à statuer afin qu'il puisse rencontrer son conseil et être présent à l'audience ;

3°) d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 19 janvier 2023, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années ;

Il soutient que :

- il a " fait " sa vie en France, a déjà travaillé en entreprise et il est le père d'un enfant ; il a fixé en France le centre de ses intérêts familiaux, compte tenu de la présence de sa fille majeure, de nationalité française, sur le territoire français ;

- il souffre d'une tumeur au cerveau ;

- la décision de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour est entachée d'une illégalité grossière ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il souffre d'une tumeur au cerveau et qu'il a résidé pendant vingt ans sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense et une lettre, enregistrés les 23 février et 6 avril 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le tribunal a été informé le 5 avril 2023 que M. C était susceptible d'être libéré le 9 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, par une décision du 1er septembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-7 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 7 avril 2023 à 11 heures 45 minutes.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D B,

- et les observations de Me Djermoune, représentant M. C. Me Djermoune a repris les moyens contenus dans ses écritures, demande le renvoi de l'audience dès lors qu'il justifie d'allégations suffisamment sérieuses, que l'intéressé doit pouvoir assister à l'audience et rencontrer son conseil, qu'il n'est pas mis en mesure de défendre correctement le requérant et que, nonobstant sa sortie de détention le 9 avril 2023, le préfet a la possibilité de l'assigner à résidence, et soutient, en outre, s'agissant de la seule mesure d'éloignement, que :

- elle est insuffisamment motivée, dès lors notamment qu'elle n'est motivée que de manière stéréotypée sur la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- le préfet aurait dû saisir l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur le fondement de l'article L. 611-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet ne pouvait refuser, en application des dispositions de l'article L. 436-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dès lors qu'il disposait d'une carte de résident de plein droit délivrée sur le fondement de l'accord franco-tunisien ;

- le préfet a méconnu les 3° et 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- parmi ses condamnations, une seule est manifestement grave et les autres doivent s'analyser en fonction du contexte personnel de l'intéressé, notamment d'une probable addiction ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu son droit à une vie privée et familiale, compte tenu notamment de ses vingt-trois années passées sur le territoire français en situation régulière et de la présence de sa fille, de nationalité française, sur le territoire français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12 heures 12 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant tunisien, né en 1975 en Tunisie, est incarcéré au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand pour purger une peine d'emprisonnement de six mois, prononcée par le tribunal judicaire de Mâcon, statuant en formation correctionnelle, le 2 janvier 2023, pour des faits de vol en récidive et recel de bien provenant d'un vol en récidive. A l'issue d'une procédure contradictoire, par un arrêté du 19 janvier 2023, notifié le 31 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Sur les conclusions tendant à la production du dossier :

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. La possibilité de solliciter des parties la production de pièces ou documents utiles à la solution du litige constitue l'un des pouvoirs propres du juge, qui n'est pas lié en cela par la demande des parties et qui décide ainsi souverainement de recourir à une telle mesure. En l'espèce, l'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et les parties ont pu verser les pièces permettant de trancher le litige. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer et de procéder à la mesure d'instruction sollicitée à fin de communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité :

6. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

7. A supposer même que l'on puisse regarder M. C comme entendant se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision du 11 août 2022, par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé d'enregistrer sa demande de " renouvellement " de sa carte de résident, celle-ci ne constitue pas la base légale de la mesure d'éloignement, dont il fait l'objet, qui est fondée sur les seules dispositions des 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui n'a pas davantage été prise pour l'application de cette décision de refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoquée par la voie de l'exception, est inopérant et doit être, pour ce motif, écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée en droit notamment par le visa des 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par les circonstances selon lesquelles l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire national, n'ayant pas demandé le renouvellement de son titre de séjour dans le délai de six mois postérieur à son expiration, et son comportement représente une menace grave pour l'ordre public, eu égard à la nature, au renouvellement et à la gravité croissante des faits commis par l'intéressé, énumérés par le préfet. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a, en outre, examiné les conditions de sa vie privée et familiale en France et a motivé sa décision sur ce point par des considérations propres à la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui manque en fait, doit être écarté.

9. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Il ressort au contraire des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a précisément et notamment analysé la situation familiale de l'intéressé, sa situation administrative, les diverses condamnations judiciaires dont il a fait l'objet et l'absence de tous moyens de subsistance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.() ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

11. Lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, le préfet n'est tenu, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que s'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application du 9° de l'article L. 611-3 du même code.

12. Dès lors que l'intéressé s'est borné à soutenir, lors de la procédure contradictoire dont il a fait l'objet, qu'il souffre d'une tumeur au cerveau et qu'il est suivi par l'hôpital Lyon Sud, sans produire aucun élément de nature à permettre d'établir cette circonstance, ni même aucun élément de fait précis au soutien de cette allégation, le préfet n'était pas tenu, en l'espèce, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

14. Si M. C se prévaut des circonstances selon lesquelles il a résidé en situation régulière pendant vingt-trois années sur le territoire français et il souffre d'un cancer qui doit être prochainement opéré et qui fait obstacle à son éloignement, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C résiderait régulièrement en France depuis plus de dix ou vingt ans mais il ressort, en outre et au contraire, des pièces du dossier que sa situation sur le territoire français n'est plus régulière depuis le 18 décembre 2021, dès lors qu'il n'a pas demandé le renouvellement de sa carte de résident dans le délai prévu par les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part, il ne produit, dans la présente instance, aucune pièce de nature à établir ses allégations relatives à son état de santé. Au surplus, M. C n'a pas davantage demandé au préfet, lors de la procédure contradictoire dont il a bénéficié, la remise du dossier prévu à l'article premier de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas davantage fait établir le certificat médical mentionné à l'article 9 de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris dans toutes ses branches, doit être écarté.

15. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné à de multiples reprises par le tribunal de grande instance, puis par le tribunal judiciaire de Mâcon, statuant en formation correctionnelle, le 13 octobre 2010, à une amende de 500 euros et à une suspension du permis de conduire pendant quatre mois pour refus, par le conducteur d'un véhicule, de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique, le 17 juin 2011, à une amende de 500 euros pour conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire, le 2 octobre 2015, à une peine d'emprisonnement d'une durée d'un mois, pour vol en récidive, le 20 juillet 2016, à une peine d'emprisonnement d'une durée d'un an, dont six mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans, révoqué partiellement les 13 avril 2018 et 4 juillet 2019, pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste, et refus, par le conducteur d'un véhicule, de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique, le 13 avril 2018, à une peine d'emprisonnement d'une durée de trois mois, pour recel de biens provenant d'un vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et usage illicite de stupéfiants, le 4 septembre 2019, à une peine d'emprisonnement d'une durée de six mois, pour des faits de vol avec destruction ou dégradations et vol en récidive, et le 7 mars 2022, à une peine d'emprisonnement d'une durée d'un an, pour des faits de vol par ruse dans un local d'habitation un entrepôt, en récidive, recel de biens provenant d'un vol, conduite d'un véhicule sans permis, violation de domicile et vol avec destruction ou dégradation en récidive. Il ressort encore des pièces du dossier que l'intéressé a également été condamné le 4 juillet 2019 par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Dijon, sur appel d'une décision prononcée le 23 octobre 2017 par le tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône, à une peine de dix mois d'emprisonnement, pour des faits de vol, conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire et récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique. Enfin, l'intéressé a également été condamné le 20 mai 2021 par le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône, statuant en formation correctionnelle, à une peine d'emprisonnement d'une durée d'un an et huit mois, dont un an avec sursis probatoire renforcé pendant deux ans, pour des faits d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste. Eu égard tout à la fois au nombre des condamnations dont a fait l'objet M. C, à leur répétition, au nombre de récidives, à la gravité croissante des délits commis, et au caractère récent et répété des derniers faits qui viennent d'être énumérés, le préfet de Saône-et-Loire a pu considérer, sans commettre l'erreur d'appréciation qui lui est reprochée, que M. C, qui ne résidait pas en France de manière régulière depuis plus de trois mois à la date de la décision attaquée, représentait une menace grave à l'ordre public. Il a également pu, ce faisant, sans erreur de droit, fonder l'obligation de quitter le territoire français en litige sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

17. Il n'est pas contesté que l'intéressé est entré régulièrement en France le 11 octobre 2001, qu'il a disposé d'une carte de résident jusqu'au 18 décembre 2021 et qu'il est le père d'une ressortissante française majeure. Néanmoins, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé se maintient en situation irrégulière depuis le mois de décembre 2021, M. C n'établit dans la présente instance ni intégration personnelle ou professionnelle en France, ni les conditions de son séjour en France pendant les vingt-trois années alléguées, ni la réalité de liens actuels, intenses et stables avec sa fille ou avec toute autre personne dans la société française. S'il se prévaut d'une pathologie grave, il n'apporte pas davantage d'éléments de nature à l'établir. Enfin, il n'établit pas être dépourvu de liens personnels ou familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et nonobstant la durée de sa présence sur le territoire français, eu égard au nombre des condamnations dont il a fait l'objet, énumérées au point 15 du présent jugement, à leur caractère répété, à leur fréquence et à leur gravité croissantes, et aux diverses situations de récidive constatées, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas porté au droit de M. C à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis, et notamment par rapport à la menace à l'ordre public qu'il représente. Par suite, ce préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la mesure d'éloignement contenue dans l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Yassine Djermoune.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Fait à Dijon, le 7 avril 2023.

Le magistrat désigné,

I. B

Le greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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