jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300320 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er février 2023, M. A B, représenté par Me Ibara, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Yonne a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de sa fille mineure ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne d'autoriser le regroupement familial au profit de son épouse et de sa fille mineure dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle considère qu'il ne dispose pas d'un logement lui permettant d'accueillir sa famille à Sens ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que la " fraude " qui lui est reprochée par le préfet n'est pas prévue par les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'imposent pas que l'étranger qui demande le bénéfice du regroupement familial occupe le logement nécessaire au moment du dépôt de sa demande, comme cela résulte également des dispositions de l'article L. 434-11 du même code.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- et les observations de Me Coquillon représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité tunisienne et titulaire d'une carte de séjour valable du 11 décembre 2020 au 10 décembre 2024, a présenté le 22 novembre 2021 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de sa fille mineure. Par une décision du 30 novembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Yonne a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, en vertu du 2° de l'article L. 434-7 et de l'article L. 434-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui fait une demande de regroupement familial doit en principe justifier qu'il dispose -ou qu'il disposera à la date d'arrivée de sa famille en France- d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique. Lorsque la vérification des conditions de logement n'a pas pu être effectuée car le demandeur ne disposait pas encore du logement nécessaire au moment de la demande, le regroupement familial peut être autorisé si les autres conditions sont remplies et après que le maire a vérifié sur pièces les caractéristiques du logement et la date à laquelle le demandeur en aura la disposition.
3. D'autre part, en vertu de ses pouvoirs généraux, l'administration peut rejeter une demande de regroupement familial pour un motif d'ordre public tiré, notamment, de la fraude au logement commise par le demandeur.
4. Le préfet de l'Yonne a estimé que M. B n'habitait pas effectivement dans le logement qu'il avait mentionné dans son dossier de demande et que cette fausse déclaration, n'ayant été faite qu'en vue de satisfaire artificiellement à la condition de logement prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était constitutive d'une fraude.
5. Tout d'abord, M. B soutient, sans être contredit, qu'il gère une épicerie située à Paris dont il détient 90% des parts et qu'il loge, pendant la semaine, dans un appartement de 25 m² attenant à la boutique. Il ressort ensuite des pièces du dossier que l'intéressé justifie de consommations électriques pour un logement situé au 30 rue Jean Cousin, à Sens. Enfin, si le préfet de l'Yonne se prévaut d'une enquête menée par la gendarmerie qui a constaté, après une unique visite, que les volets de ce logement étaient fermés et que la boite aux lettres était vide et dépourvue de nom, il n'a cependant produit aucun autre élément de nature à établir que ce logement était réellement inoccupé et n'avait en réalité pas vocation à accueillir la famille de M. B. Le préfet n'apporte donc pas la preuve, qui lui incombe, que l'intéressé a commis une fraude au logement. Le requérant est dès lors fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice du regroupement familial pour le motif analysé au point 4, le préfet de l'Yonne a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 5, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de l'Yonne procède au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. B. Il y a dès lors lieu d'ordonner au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Yonne a rejeté la demande de regroupement familial de M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Yonne de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Yonne.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Sens.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- M. Blacher, premier conseiller,
- Mme Desseix, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
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