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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300376

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300376

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2023, Mme C A, représentée par la société civile professionnelle Clemang, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été précédée d'un entretien préalable en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été précédée d'un entretien préalable en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet, magistrat désigné, a présenté son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 20 octobre 1999, déclare être entrée sur le territoire français le 13 mars 2019. Elle a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 9 décembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 mars 2021. Par un arrêté du 3 janvier 2022, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Dijon du 24 mars 2022. Le 24 août 2022, Mme A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été déclaré irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 août 2022. Par un arrêté du 18 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'accorder à la requérante l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de rendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que la qualité de réfugié ait été définitivement refusée à l'étranger. Or, l'étranger est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

5. En l'espèce, Mme A n'établit pas, ni même n'allègue, avoir été dans l'impossibilité de présenter les observations qu'elle estimait utiles sur sa situation dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Elle n'allègue pas non plus avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchée de présenter des observations avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, elle ne pouvait ignorer que, depuis le rejet de sa demande d'asile, elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, mesure dont elle a précédemment fait l'objet le 3 janvier 2022. Dès lors, Mme A, qui ne saurait utilement invoquer la méconnaissance du principe du contradictoire, n'est pas fondée à soutenir que, faute d'avoir pu bénéficier d'un entretien préalable, la décision contestée méconnaît son droit à être entendu. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision litigieuse vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de la requérante par une décision du 9 décembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 mars 2021, que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 août 2022 et qu'un recours est pendant devant la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors que la décision contestée comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de prendre à son encontre la décision contestée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

9. Mme A, qui déclare être célibataire et mère d'un enfant, né le 11 juillet 2019 sur le territoire français, est entrée en France alors qu'elle était enceinte de cet enfant et s'y est maintenue irrégulièrement en s'abstenant d'exécuter la mesure d'éloignement qui a été prise à son encontre le 3 janvier 2022. Si la requérante se prévaut de la scolarisation au titre de l'année scolaire 2021-2022 de son enfant, elle ne justifie ni même n'allègue que celui-ci ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Guinée, pays dont elle a la nationalité. En outre, si la requérante, qui ne justifie pas de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français, allègue être intégrée dès lors qu'elle dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, elle ne l'établit aucunement. Enfin, si la requérante allègue qu'elle et son enfant seraient exposés à des violences familiales en cas de retour en Guinée, elle n'apporte en tout état de cause aucune justification à l'appui de ses allégations, alors qu'en outre sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été jugée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

11. En premier lieu, la décision litigieuse vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne que la requérante, de nationalité guinéenne, n'établit pas qu'elle serait exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'ainsi la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux stipulations de son article 3. Dès lors que la décision contestée comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

12. En second lieu, Mme A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des mauvais traitements de la part de sa famille adoptive qui lui a imposé un mariage qu'elle a refusé et en raison de la naissance de son fils dont la filiation paternelle n'est pas établie. Toutefois, l'intéressée n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 9 décembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 mars 2021 et sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 août 2022. Dans ces conditions, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant comme pays de destination la Guinée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 5 du présent jugement et pour les mêmes motifs, Mme A, qui ne saurait utilement invoquer la méconnaissance du principe du contradictoire, n'est pas fondée à soutenir que, faute d'avoir pu bénéficier d'un entretien préalable, la décision contestée méconnaît son droit à être entendu. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

15. Compte tenu de sa situation privée et familiale telle qu'exposée au point 9 du présent jugement, ainsi que de la précédente mesure d'éloignement à laquelle Mme A n'a pas déféré, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prenant la décision litigieuse pour une durée d'un an et ce, nonobstant la circonstance qu'elle ne représenterait pas une menace à l'ordre public, motif sur lequel le préfet ne s'est, au demeurant, pas fondé.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Clemang.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le magistrat désigné,

P. BLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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