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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300407

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300407

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationHUNAULT
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2023, M. C B, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, médicale et familiale ;

- il est entaché d'inexactitude ;

- la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de destination sont entachées d'une " erreur de droit ", elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par décision du 27 mars 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 17 mars 2023 à 10 heures.

A été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Roussilhe, greffière, le rapport de Mme Hunault, magistrate désignée.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 31 janvier 1971, déclare être entré en France le 1er juin 2022. Le 14 juin 2022, il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 septembre 2022. Par l'arrêté attaqué du 16 janvier 2023, le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Par dérogation à cet article, les dispositions de l'article L. 542-2 du même code prévoient que le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : " 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". L'article L. 531-24 de ce code dispose : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ". Par décision du 9 octobre 2015, le conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a décidé que la Géorgie devait être considérée comme un pays d'origine sûr.

4. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1, les articles L. 611-3, L. 612-1, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les articles L. 424-1 et L. 424-9 du même code, le rejet par l'OFPRA de la demande d'asile de M. B, enregistrée en procédure accélérée le 4 juillet 2022 et précise sa nationalité, sa situation personnelle ainsi que familiale. Il expose, en outre, qu'en dépit du recours qu'il a formé devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision de l'OFPRA, M. B dont l'épouse se trouve dans la même situation administrative, ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, la circonstance que le préfet n'ait pas précisé le motif pour lequel sa demande d'asile a été rejetée, motif dont il a nécessairement eu connaissance par la notification de la décision de l'OFPRA, n'est pas de nature à faire regarder l'arrêté contesté comme insuffisamment motivé. Dans ces conditions, les décisions attaquées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que le préfet, qui n'avait pas à énoncer de manière exhaustive l'intégralité des éléments caractérisant la situation de M. B, aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de ce dernier.

6. En troisième lieu, si le requérant allègue disposer " d'attache familiale en France " et être dépourvu de proches dans son pays d'origine, il n'en justifie par aucune des pièces du dossier. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de " l'erreur de droit " n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. M. B dont, du reste, la demande de titre de séjour pour raison de santé est postérieure à la décision attaquée, ne justifie en l'espèce d'aucun élément susceptible de confirmer qu'il entre dans les prévisions des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, l'intéressé ne démontre ni que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en tout état de cause, l'impossibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article précité ne peut qu'être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Ni le dépôt, du reste postérieurement aux décisions attaquées ainsi qu'il a été dit, d'une demande de titre de séjour pour raison de santé, ni la circonstance alléguée que le frère de M. B " vit en France ", ne sont de nature à révéler une méconnaissance des stipulations précitées. Le requérant dont l'entrée en France est très récente à la date de l'arrêté contesté et qui ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français, pas plus qu'il ne démontre être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 51 ans, ne justifie d'aucune pièce susceptible de corroborer ses dires, ni d'aucun élément de nature à faire apparaître que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques auxquels il se dit personnellement exposé, de sorte que le préfet de la Nièvre n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant la Géorgie comme pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Nièvre et à Me Rothdiener. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La magistrate désignée,

K. A

La greffière,

A. RoussilheLa République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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