vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300410 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | HUNAULT |
| Avocat requérant | BALIMA ROMUALD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2023, M. A B, représenté par Me Balima, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier ou, à défaut, au préfet de la Côte-d'Or, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour ;
4°) de condamner l'Etat aux dépens et de mettre à sa charge le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le tribunal est territorialement compétent ;
S'agissant du " refus de séjour " :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle est entachée d'une " erreur d'appréciation " et d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors que l'administration, d'une part, a estimé à tort que son entrée était irrégulière et, d'autre part, mis en doute la réalité de son hébergement par son frère ;
- elle porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement est susceptible de substituer, comme base légale de l'obligation de quitter le territoire, l'alinéa 3 (à savoir le 2°) à l'alinéa 2 (à savoir au 1°) de l'article L. 611-1 du code de l'éloignement et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. B justifie d'une entrée en France sous couvert d'un visa C.
La préfète de l'Allier a présenté, un mémoire, enregistré le 17 mars 2023, en réponse à ce moyen, qui a été communiqué.
Elle fait valoir que quand bien même M. B serait entré en France sous-couvert d'un visa C comme il le soutient et que dès lors elle aurait fondé son arrêté sur la base du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa décision aurait été la même.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 17 mars 2023 à 10 heures.
A été entendue au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Roussilhe, greffière, Mme Hunault, magistrate désignée, qui, après avoir présenté son rapport, a indiqué, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour sont irrecevables en l'absence d'une telle décision.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 24 janvier 1986, est entré régulièrement en France le 26 octobre 2021, muni d'un visa de court séjour, autorisant son titulaire à résider sur le territoire français durant 90 jours consécutifs. A l'issue d'une procédure de vérification du droit au séjour de l'intéressé, la préfète de l'Allier l'a, par l'arrêté attaqué du 8 février 2023, obligé à quitter le territoire français sans délai, en désignant le pays de destination et en assortissant ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le " refus de séjour " :
4. En l'absence d'une telle décision, les conclusions à fin d'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, en l'absence de décision refusant un titre de séjour, M. B ne peut utilement exciper de l'illégalité d'un tel refus à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ainsi qu'il le fait valoir à bon droit, est entré en France le 26 octobre 2021 sous couvert de son passeport muni d'un visa C de 90 jours à entrées multiples. Il justifie donc d'une entrée régulière. Par suite, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
9. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° du même article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 1° dès lors que, en premier lieu, s'étant maintenu sur le territoire français au-delà d'une durée de 90 jours sans être titulaire d'un titre de séjour, M. B entrait dans les prévisions des dispositions du 2° de cet article, en deuxième lieu, cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
10. En troisième lieu, pour obliger le requérant à quitter le territoire français, la préfète de l'Allier a considéré, d'une part, que son entrée sur le territoire français était irrégulière et, d'autre part, qu'il avait déclaré n'avoir accompli aucune démarche pour régulariser sa situation. Ce second motif suffisait, à lui seul, à justifier que la préfète, dont il résulte de l'instruction, qu'elle aurait pris la même décision si elle n'avait pas retenu le motif erroné tiré d'une entrée irrégulière, décidât que M. B fût obligé de quitter le territoire français. Par ailleurs, la circonstance alléguée que la préfète aurait mis " en doute " l'hébergement de l'intéressé " chez son frère " est sans la moindre incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui n'a pas pour fondement un tel motif.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. En se bornant à soutenir qu'il réside sur le territoire chez son frère, le requérant dont l'entrée en France est très récente et qui ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière, pas plus qu'il ne justifie être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans, ne démontre par aucun élément au dossier que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit également être écarté, à supposer que M. B ait entendu le soulever.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.
Sur les dépens :
14. Dans la présente instance, les dépens sont inexistants. Les conclusions présentées sur ce fondement par le requérant ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Allier et à Me Balima. Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
La magistrate désignée,
K. C
La greffière,
A. RoussilheLa République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026