jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300427 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MIFSUD ELODIE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 13 février 2023 sous le n° 2300427, M. A B, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 13 décembre 2022 par laquelle le préfet du Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- la requête, tardive, n'est pas recevable dès lors que la décision du 13 décembre 2022 est une décision confirmative ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Le 28 août 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, M. B a produit un nouveau mémoire.
II. Par une requête, enregistrée le 13 février 2023 sous le n° 2300428, M. A B, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Le 28 août 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, M. B a produit un nouveau mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois,
- et les observations de Me Mifsud, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né en 1994 qui serait entré en France le 21 octobre 2019, a sollicité le 19 octobre 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 3 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande. Le 21 novembre 2022, l'intéressé a sollicité le réexamen de sa demande de titre de séjour. Par une décision du 13 décembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire a maintenu sa décision de refus de séjour. Par un arrêté du 13 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par des requêtes nos 2300427 et 2300428, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. B demande l'annulation de cette décision du 13 décembre 2022 et de cet arrêté du 13 janvier 2023.
Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. B, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 13 décembre 2022 :
S'agissant de la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Saône-et-Loire :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 de ce code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Sauf dans le cas où des dispositions législatives ou réglementaires ont organisé des procédures particulières, toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai.
4. Par une décision du 3 mai 2022 notifiée au requérant le 14 mai 2022 et comportant la mention des voies et délais de recours, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B le 19 octobre 2021. Si le requérant a exercé le 21 novembre 2022 un recours gracieux contre la décision du 3 mai 2022, ce recours a été introduit au-delà du délai imparti pour l'introduction d'un recours et n'a ainsi pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux contre cette décision devenue définitive. La décision du 13 décembre 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a maintenu sa décision de refus de séjour du 3 mai 2022 à la suite du recours présenté par M. B le 21 novembre 2022 présente, en l'absence de changement de circonstances de fait et de droit, le caractère d'une décision confirmative qui n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux et n'a pas eu pour effet d'ouvrir un nouveau délai de recours contentieux contre la décision du 3 mai 2022. Les conclusions de M. B dirigées contre la décision du 13 décembre 2022 ne sont dès lors pas recevables.
S'agissant du bien-fondé de la décision :
5. En premier lieu, par un arrêté n° 71-2022-172 du 24 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Saône-et-Loire le même jour, le préfet de Saône-et-Loire a notamment délégué sa signature à M. Devaoët, secrétaire général de la préfecture, pour ce qui concerne les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire, les refus de départ volontaire, les interdictions de retour, les décisions portant fixation du pays de destination et les assignations à résidence. Par suite, le moyen tiré de ce que M. Devaoët n'est pas compétent pour signer la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". En vertu des articles L. 412-1 et L. 312-3 de ce code, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire délivrée sur le fondement de l'article L. 423-1 est subordonnée à la production par l'étranger d'un visa de long séjour qui est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français et ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. Enfin, aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
8. La seule circonstance que le préfet de Saône-et-Loire n'a pas répondu à la demande de visa de long séjour présentée par M. B est insuffisante pour caractériser un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation dès lors qu'il revient exclusivement à l'autorité diplomatique et consulaire de délivrer un visa de long séjour.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 13 janvier 2023 :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, par un arrêté n°71-2022-172 du 24 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme C, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer tous actes, documents administratifs et correspondances relevant des attributions de cette direction et, notamment, les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les arrêtés fixant le pays de renvoi et ceux portant interdiction de retour sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision d'éloignement attaquée manque en fait et doit être écarté.
10. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de M. B et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de statuer sur la mesure d'éloignement.
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est ni recevable ni fondé à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2022 et n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2023. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les requêtes nos 2300427 et 2300428.
Article 2 : Les conclusions des requêtes nos 2300427 et 2300428 sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Mifsud.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
La rapporteure,
C. BoisLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Nos 2300427, 2300428
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026