mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2023, Mme A B C, représentée par Me Faivre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être regardée comme entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis défavorable rendu par la commission du titre de séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions lui accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B C la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 3 avril 2023, Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 21 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Faivre, représentant Mme B C et celles de Me Coquillon, représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante congolaise née le 7 juin 1985 à Kinshasa, est entrée en France le 17 juin 2010 sous couvert d'un passeport congolais revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires italiennes, valable jusqu'au 26 juin 2010. Par arrêté du 19 mars 2012, le préfet du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français. Cette obligation a été renouvelée par le préfet de police de Paris le 21 février 2019, décision confirmée par une ordonnance n° 19PA04081 du 13 mai 2020 de la cour administrative d'appel de Paris. Le 19 mars 2021, Mme B C a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " auprès des services de la préfecture de l'Yonne. Par l'arrêté du 4 janvier 2023 dont il est demandé l'annulation, le préfet de l'Yonne a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par décision du 3 avril 2023, Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Pour refuser de délivrer un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B C, le préfet de l'Yonne a retracé le parcours migratoire de l'intéressée, les précédentes mesures d'éloignement dont elle a fait l'objet ainsi que sa situation familiale et professionnelle. Il a également rappelé que la commission du titre de séjour de l'Yonne qui s'est réunie le 22 novembre 2022 a émis un avis défavorable à sa demande de titre de séjour, avant d'en conclure qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle ainsi qu'à sa vie familiale. Le préfet en conclut " qu'après un examen attentif de sa situation et des pièces communiquées, Mme A B C n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour en application du CESEDA et sa situation ne présente aucune circonstance exceptionnelle ou humanitaire permettant d'y déroger ". Ce faisant, le préfet de l'Yonne n'a pas précisé le fondement légal du titre de séjour dont la délivrance était refusée à l'intéressée. En outre, aucun des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visés par l'arrêté attaqué ne concerne une catégorie particulière de titre de séjour. Dans ces conditions, la décision refusant de délivrer à Mme B C un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation en droit, ce qui justifie son annulation.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme B C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination, contenues dans ce même arrêté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, seul susceptible de la fonder, le présent jugement implique seulement que le préfet de l'Yonne procède au réexamen de la situation de Mme B C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme B C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à l'Etat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par Mme B C.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B C.
Article 2 : L'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de délivrer à Mme B C un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Yonne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour déposée par Mme B C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, au préfet de l'Yonne et à Me Faivre.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Auxerre en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2300457
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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