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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300517

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300517

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. A B, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2022 laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de faire droit à sa demande de regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que, en méconnaissance des articles L. 434-10 et R. 434-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le maire de sa commune de résidence n'a pas été saisi ;

- en refusant de lui accorder le bénéfice du regroupement familial, alors qu'il dispose de ressources stables et suffisantes au sens de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix,

- les observations de Me Grenier, représentant M. B et de M. D, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant albanais, a déposé le 25 octobre 2021 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse. Le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande par une décision du 2 septembre 2022. Le recours gracieux exercé le 21 octobre 2022 par l'intéressé contre cette décision a été implicitement rejeté. M. B demande l'annulation de la décision du 2 septembre 2022 et de cette décision implicite de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 434-13 du même code : " Après vérification des pièces du dossier de demande de regroupement familial et délivrance à l'intéressé de l'attestation de dépôt de sa demande, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration transmettent une copie du dossier au maire de la commune de résidence de l'étranger ou au maire de la commune où l'étranger envisage de s'établir ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le directeur territorial adjoint de l'office français de l'immigration et de l'intégration a transmis au maire de Dijon, le 25 janvier 2022, le formulaire de demande ainsi que les pièces justificatives produites par M. B à l'appui de sa demande de regroupement familial. Le moyen tiré de ce que le maire n'aurait pas été saisi pour émettre un avis sur la demande de l'intéressé manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". L'article R. 434-4 du même code dispose que : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période.

6. Il ressort des pièces du dossier que, durant la période de référence, comprise entre octobre 2020 et septembre 2021, la moyenne du salaire mensuel brut de M. B, y compris ses indemnités de congés payés versées par la caisse CIBTP du Grand Est, s'élevait à 1 560 euros. Cette moyenne était inférieure à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour la même période, laquelle s'élevait à 1 576,96 euros. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à la demande de l'intéressé pour ce motif, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. M. B fait valoir qu'il est marié depuis 1992, qu'avant son entrée en France il a résidé avec son épouse en Italie entre 2010 et 2019 et que deux de leurs enfants sont en situation régulière en France où ils occupent des emplois salariés. Toutefois, l'intéressé, qui travaille en France depuis juin 2019, vit séparé de son épouse depuis plus de deux années à la date de la décision attaquée et n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de la vie commune avec son épouse avant son arrivée sur le territoire français. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le couple aurait des enfants mineurs à charge et il n'est ni établi ni même allégué que M. B serait dans l'impossibilité de se rendre en Albanie pour voir son épouse ou que celle-ci ne pourrait pas lui rendre visite régulièrement en France. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé et de son épouse au respect de leur vie privée et familiale.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit ci-dessus que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B à ce titre. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. Boissy

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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