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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300596

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300596

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 9 mars 2023, M. A D, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ou, subsidiairement, l'obligation qui lui a été faite de demeurer sur le seul territoire de la ville de Dijon et de se présenter six fois hebdomadaires au commissariat ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut de base légale " ensemble l'erreur de droit " ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une disproportion des modalités de son assignation.

Des pièces ont été enregistrées les 6 et 9 mars 2023 pour le préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 9 mars 2023 à 14h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique en présence de M. Testori, greffier :

- le rapport de Mme Hunault, première conseillère,

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir, d'une part, qu'aucune substitution de base légale n'est sollicitée et, d'autre part, le requérant avait expressément déclaré lors de son audition par la police judiciaire comprendre, lire et écrire la langue française.

M. D n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 1er novembre 1998, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour durant une durée de trois années, édictée le 23 juin 2022 et notifiée le même jour suite à une interpellation pour " vol avec violence " et " menaces de mort ". Le 1er mars 2023, il a été interpellé par les services de police de Dijon pour des faits de " vol à la roulotte " et placé en garde à vue. Par un arrêté du 2 mars 2023, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

5. L'arrêté en litige, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. D, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 23 juin 2022 et qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé. Elle relève de manière suffisante que l'éloignement de l'intéressé demeure une perspective raisonnable mais qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français dès lors qu'il est démuni de documents d'identité et de voyage, de sorte qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Cette décision est dès lors suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée ".

8. M. D fait valoir que l'arrêté contesté, l'assignant à résidence, est dépourvu de base légale et entaché d'une erreur de droit en l'absence de notification régulière de l'arrêté du 23 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Toutefois, il ressort du procès-verbal de son audition le même jour par un officier de police judiciaire qu'à la question de savoir s'il savait lire, écrire et comprendre la langue française, il a déclaré " je vous comprends parfaitement, je sais lire et écrire ". Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'arrêté du 23 juin 2022 ne lui a pas été régulièrement notifié faute d'avoir pu disposer d'un interprète en langue arabe. Dans ces conditions, cet arrêté lui était opposable et pouvait servir de base légale à l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de ces dispositions doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.

10. En l'espèce, la décision attaquée fixe le territoire de la commune de Dijon comme périmètre dans lequel M. D est autorisé à circuler et fait obligation à ce dernier de se présenter au commissariat de police de Dijon chaque jour entre 8 heures et 9 heures, sauf dimanches et jours fériés ou chômés, afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet. Le requérant soutient que ces modalités sont excessives en ce qu'elles lui imposent une présentation quotidienne et qu'elles l'empêchent de se rendre dans des communes limitrophes de Dijon pour y effectuer ses achats de première nécessité. Toutefois, alors que le requérant peut, en tout état de cause, effectuer de tels achats sur le territoire de la commune de Dijon, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer le caractère excessif des modalités décrites ci-dessus au regard de sa situation personnelle. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et du caractère disproportionné des modalités de l'assignation à résidence doivent être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Ben Hadj Younes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La magistrate désignée,

K. BLe greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

No 2300596

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