jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 mars, 31 mars et 12 mai 2023, M. A B, représenté par Me Flandin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire lui a ordonné de se dessaisir de ses armes, munitions et éléments de toute catégorie dans un délai de cinq jours à compter de la notification de cette décision ou de les remettre aux services de police ou de gendarmerie, a prescrit à défaut la saisie de ces armes et munitions, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et munitions, a prévu l'enregistrement de cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et a retiré la validation de son permis de chasser, ensemble la décision du 4 janvier 2023 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de procéder à l'effacement de son nom du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ;
3°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer si une contestation sur la réhabilitation de droit en application des dispositions de l'article 778 du code de procédure pénale était soulevée par le préfet ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit en ce que la mention inscrite sur le bulletin n°2 de son casier judiciaire est inexacte dès lors qu'il a bénéficié le
13 juin 2022 d'une réhabilitation de plein droit qui n'est pas contestée par le préfet ;
- les effets de la réhabilitation de plein droit sont automatiques dès lors qu'il s'est acquitté de l'amende qui lui a été infligée plus de trois ans avant l'édiction de la décision en litige conformément à l'article 133-13 du code pénal et l'article 775 du code de procédure pénale ;
- la situation de compétence liée invoquée par le préfet ne l'empêchait pas de s'interroger sur la validité de la mention figurant sur le bulletin n°2.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'il était en situation de compétence liée et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de Me Flandin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 14 décembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire a ordonné à M. B de se dessaisir de l'ensemble de ses armes, munitions et éléments de toute catégorie dans un délai de cinq jours ou de les remettre aux services de police ou de gendarmerie, au motif que le bulletin n°2 de son casier judiciaire portait la mention d'une condamnation pour des faits de vol. Le préfet a prescrit, à défaut, la saisie de ces armes, a interdit à M. B d'acquérir ou de détenir des armes et munitions, a prévu l'enregistrement de cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et lui a retiré la validation de son permis de chasser. M. B a présenté un recours gracieux qui a été rejeté par décision du 4 janvier 2023. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des décisions des 14 décembre 2022 et 4 janvier 2023.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () / -vols prévus aux articles 311-1 à 311-11 du même code ; () ". Aux termes de l'article L. 312-11 de ce code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. / Toutefois, lorsque l'interdiction d'acquisition et de détention des armes, des munitions et de leurs éléments est prise en application des articles L. 312-3 et L. 312-3-2, les dispositions relatives au respect de la procédure contradictoire prévues au troisième alinéa du présent article ne sont pas applicables ". Enfin, aux termes de l'article R. 312-67 de ce code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire () ".
3. D'autre part, aux termes l'article 133-12 du code pénal : " Toute personne frappée d'une peine criminelle, correctionnelle ou contraventionnelle peut bénéficier, soit d'une réhabilitation de plein droit dans les conditions prévues à la présente section, soit d'une réhabilitation judiciaire accordée dans les conditions prévues par le code de procédure pénale ". Aux termes de l'article 133-13 de ce code : " La réhabilitation est acquise de plein droit à la personne physique condamnée qui n'a, dans les délais ci-après déterminés, subi aucune condamnation nouvelle à une peine criminelle ou correctionnelle : / 1° Pour la condamnation à l'amende ou à la peine de jours-amende après un délai de trois ans à compter du jour du paiement de l'amende ou du montant global des jours-amende, de l'expiration de la contrainte judiciaire ou du délai de l'incarcération prévue par l'article 131-25 ou de la prescription accomplie ; () ". Lorsque la réhabilitation est acquise, la mention de la condamnation est effacée, notamment du bulletin n°2 du casier judiciaire, en application des dispositions combinées des articles 133-11 et 133-16 du code pénal. L'article 778 du code de procédure pénale prévoit que le procureur de la République peut demander la rectification de mentions erronées portées au casier judiciaire " par requête au président du tribunal ou de la cour qui a rendu la décision. Si la décision a été rendue par une cour d'assises, la requête est soumise au président de la chambre de l'instruction ou à la chambre de l'instruction ". Les trois derniers alinéas de cet article précisent : " Toute personne qui veut faire rectifier une mention portée à son casier judiciaire peut agir dans la même forme. Dans le cas où la requête est rejetée, le requérant est condamné aux frais. / Mention de la décision est faite en marge du jugement ou de l'arrêt visé par la demande en rectification. / La même procédure est applicable au cas de contestation sur la réhabilitation de droit, ou de difficultés soulevées par l'interprétation d'une loi d'amnistie, dans les termes du troisième alinéa de l'article 769 ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 19 avril 2019 par le tribunal de grande instance de Villefranche-sur-Saône à une peine de 600 euros d'amende pour des faits de vol, infraction mentionnée au 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. A la date de l'arrêté attaqué, le bulletin n°2 du casier judiciaire du requérant, produit par le préfet en défense, comportait la mention de cette condamnation. Par suite, l'autorité administrative était tenue d'ordonner le dessaisissement des armes litigieux en application des dispositions du 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Contrairement à ce qui est soutenu dans la requête, il n'appartenait pas au préfet d'apprécier la pertinence du maintien de cette inscription au regard du droit à réhabilitation institué par l'article 133-13 du code pénal, lequel pouvait seulement faire l'objet d'une contestation, de la part de M. B, par requête au président du tribunal ayant prononcé cette condamnation, sur le fondement de l'article 778 du code de procédure pénale. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que le préfet de Saône-et-Loire, qui était en situation de compétence liée pour ordonner le dessaisissement contesté, aurait commis une erreur de fait et une erreur de droit en ne prenant pas en compte sa réhabilitation de plein droit ne peuvent qu'être écartés.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu de surseoir à statuer, les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions du 14 décembre 2022 et 4 janvier 2023 du préfet de Saône-et-Loire doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit au requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Saône-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
V. C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026