mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BEN HADJ YOUNES SANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 mars 2023, Mme B D, représentée par Me Ben Hadj Younès, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la requête n'est pas tardive ;
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- il n'est pas établi que le signataire de cette décision aurait été compétent à cet effet ;
- le préfet a commis une erreur de droit, en motivant cette décision par la circonstance qu'elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle dans la société française et ne peut subvenir aux besoins de sa fille ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 mai 2023 à 12 heures.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez ;
- et les observations de Me Djermoune, représentant Mme D, et celles de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D, ressortissante kino-congolaise, née en 1978 à Kinshasa, est entrée en France en 2017, munie d'un visa de court séjour. Elle a été titulaire d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de " parent accompagnant un enfant malade ", valable du 22 juillet au 21 septembre 2021. Elle a formé le 15 octobre 2021 une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 janvier 2023, dont l'intéressée demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 1198/SG du 17 octobre 2022, référencé 21-2022-10-17-00005, publié le 18 octobre 2022 au recueil des actes administratifs spécial référencé 21-2022-090 du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Frédéric Carré, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Côte-d'Or à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, au terme de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
6. La requérante soutient que le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur de droit en motivant sa décision de refus de séjour par les circonstances tirées de ce que l'intéressée ne justifie d'aucune insertion professionnelle dans la société française et qu'elle ne peut subvenir aux besoins de sa fille mineure. Toutefois, si le préfet a effectivement mentionné ces circonstances dans la décision en litige, elles ne constituent qu'un élément du faisceau d'indices sur lequel s'est fondée l'autorité administrative pour refuser le titre de séjour sollicité, et en l'espèce pour apprécier le degré d'insertion de la requérante dans la société française. Il ressort en effet des termes même de l'arrêté litigieux que la décision portant refus de séjour est également fondée sur les circonstances selon lesquelles Mme D est mariée avec un ressortissant congolais, son époux et deux de ses trois enfants, tous mineurs, résident en République démocratique du Congo, de même que sa mère et ses frères et sœurs, la cellule familiale a vocation à se reconstituer dans ce pays, dans lequel l'intéressée a vécu la majeure partie de sa vie et n'y est donc pas dépourvue de liens personnels et familiaux. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet de la Côte-d'Or doit être écarté.
7. En troisième lieu, Mme D se prévaut de son intégration sociale et professionnelle sur le territoire français, et notamment de la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'assistante de vie, de l'exercice d'activités bénévoles ou à caractère humanitaire, et du parcours scolaire de sa fille, pour soutenir que le préfet de la Côte-d'Or aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, alors qu'il est constant que la requérante réside en France depuis 2017, le contrat de travail dont elle se prévaut, au demeurant à temps partiel, est très récent, de même que les diverses attestations produites, et l'ensemble de ces éléments ne sauraient suffire à établir l'existence de liens anciens, stables et intenses en France. Si l'intéressée se prévaut d'une durée de cinq années de présence sur le territoire français, elle est demeurée en situation irrégulière sur ce territoire, d'une part après l'expiration de son visa de court séjour et d'autre part après l'expiration de l'autorisation provisoire de séjour dont elle a bénéficié. En outre, comme il a été dit au point précédent du présent jugement, Mme D est mariée et mère de trois enfants, dont deux résident avec son époux en République démocratique du Congo, pays dans lequel résident également sa mère et ses frères et sœurs, et dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie. Alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en République démocratique du Congo, et qu'il n'est ni allégué ni soutenu que sa fille mineure, qui réside avec elle, ne pourrait poursuivre sa scolarité dans les mêmes conditions que celles qu'elle connaît en France, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Si Mme D fait valoir que sa fille, qui réside en France depuis plus de cinq ans avec sa mère, y est scolarisée et qu'elle obtient d'excellents résultats scolaires, dont elle justifie, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est ni soutenu ni allégué, que la jeune A, dès lors que l'ensemble des membres de sa famille ont la nationalité kino-congolaise, ne pourrait poursuivre sa scolarité en République démocratique du Congo, rien ne s'opposant à ce que la cellule familiale se reconstitue dans ce pays. Par suite, le moyen tiré d'une violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour. Elle n'est donc pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
14. Au soutien du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, soulevé à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination, la requérante se borne à renvoyer au moyen soulevé en ce sens à l'encontre de la décision portant refus de séjour. Dès lors, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7 du présent jugement, ce moyen doit être écarté. Mme D n'ayant pas soulevé d'autre moyen à l'encontre de la décision, par laquelle le préfet a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, elle n'est pas fondée en demander l'annulation au juge de l'excès de pouvoir.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme D doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction doivent également l'être par voie de conséquence.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
16. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par le conseil de Mme D. Il n'y a pas lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du préfet de la Côte-d'Or présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D à fin d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code la justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Sana Ben Hadj Younès.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Laurent, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026