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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300717

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300717

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantWEBER KIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mars et 10 mai 2023, M. B A représenté par Me Weber demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles méconnaissent les 7° et 11 ° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008 ;

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet n'ayant pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle et s'étant estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision de refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet n'ayant pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle et s'étant estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Des pièces, enregistrées le 7 avril 2023, ont été versées à l'instance par le préfet de la Côte-d'Or.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les observations de Me Weber pour M. A qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de la requête ;

- les observations de Mme H pour le préfet de la Côte-d'Or qui conclut au rejet de la requête ; elle fait valoir que la signataire de l'arrêté était compétente, que la demande de réexamen présentée par M. A a été rejetée par l'OFPRA comme irrecevable et que l'intéressé n'établit ni l'intensité des liens l'unissant aux membres de sa famille en France ni qu'il serait isolé en Turquie ;

- M. A était présent à l'audience assisté de Mme E interprète en langue turque.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né en 1990, entré en France le 4 janvier 2022, y a sollicité l'asile. Sa demande, enregistrée en procédure normale, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 mai 2022 notifiée le 15 juin 2022. Son recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile a été rejeté par une décision du 17 octobre 2022 notifiée le 26 octobre 2022. Sa demande de réexamen, enregistrée en procédure accélérée, a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 30 novembre 2022 notifiée le 6 décembre 2022. Son recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile a été enregistré le 24 mars 2023. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'accorder à M. A l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. Les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnaitrait les 7° et 11 ° de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur jusqu'au 30 avril 2021 et l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008 ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil du requérant, les modalités de son entrée sur le territoire français, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié, son rejet par la décision de l'OFPRA du 31 mai 2022 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2022, le rejet de sa demande de réexamen par la décision de l'OFPRA du 30 novembre 2022, la circonstance qu'il ne produisait pas de documents probants établissant que sa vie serait menacée en cas de retour en Turquie ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué énonce de manière suffisamment circonstanciée l'ensemble des considérations de droit et de fait qui le fonde pour mettre M. A en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français attaquées doit être écarté.

7. En second lieu, il ne résulte ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet se serait abstenu de procéder, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation personnelle du requérant ni qu'il se serait estimé en situation de compétence liée vis-à-vis des décisions de l'OFPRA et de la Cour nationale du droit d'asile. L'erreur de droit ainsi soulevée à l'encontre des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français doit, dès lors, être écartée.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision de refus de séjour :

8. Par un arrêté du 18 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du lendemain, en cas d'absence ou d'empêchement de M. I D, directeur de l'immigration et de la nationalité, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à Mme C F, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, pour signer notamment les décisions de refus de séjour. Il n'est pas démontré, ni même allégué, que

M. D n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus de séjour attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus de séjour n'ayant pas été établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas par elle-même pour objet de renvoyer M. A dans son pays d'origine.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

12. M. A soutient que le préfet de la Côte-d'Or a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est intégré en France et qu'il n'a plus de contact en Turquie, pays dans lequel il a été persécuté. Toutefois, il est constant que le requérant qui a vécu en Turquie jusqu'à l'âge de trente-deux ans ne réside en France que depuis seize mois. S'il fait valoir que plusieurs membres de sa famille séjournent régulièrement sur le territoire, il ressort des pièces du dossier que sa femme et ses enfants vivent en Turquie. En outre il n'établit par aucune des pièces versées à l'instance avoir rompu les liens avec son épouse alors qu'il ressort des termes même de sa requête qu'il est toujours en contact avec sa famille demeurée en Turquie. Dans ces conditions le requérant, qui ne peut être regardé comme ayant en France le centre de ses intérêts privés, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi n'est pas fondé et doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. M. A soutient qu'en sa qualité d'artiste de musique folklorique kurde et de militant de la cause kurde, il est exposé à un risque d'arrestation et de persécution en cas de retour en Turquie. Il fait en particulier valoir qu'il a été torturé lorsqu'il faisait son service militaire en 2010 en raison de son appartenance à la communauté kurde, qu'il s'est engagé auprès des candidats kurdes lors des élections parlementaires de 2018, qu'il a été emprisonné en 2019 pour avoir entonné un chant de résistance kurde lors d'un mariage, que sa maison a été perquisitionnée le 5 août 2021 et qu'il est recherché par les forces de police, ce qui l'a contraint à quitter son pays pour la France. Toutefois, alors que, comme il le relève lui-même, son récit n'a pas été jugé crédible par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile qui ont rejeté sa demande de protection internationale, M. A verse, au soutien de ses allégations, la traduction française d'un document en langue turque qu'il présente comme un procès-verbal dressé à l'issue d'une perquisition réalisée le 12 janvier 2022, qui n'émane pas d'un traducteur assermenté ni même identifié et qui décrit de manière particulièrement confuse la perquisition qui aurait été organisée à son domicile le 12 janvier 2022 tout en mentionnant une condamnation prononcée sept mois plus tard le 5 août 2022. Si le requérant produit également la traduction d'un jugement du 5 août 2022 de la cour d'assises d'Ankara et d'un mandat d'arrestation, l'authenticité de ces documents, dont l'original en langue turque n'est pas produit et dont les circonstances dans lesquelles ils ont été obtenus ne sont pas précisées, n'est pas établie. M. A ne peut ainsi être regardé comme justifiant des craintes de persécutions, du fait des autorités, en cas de retour en Turquie. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant comme pays de renvoi la Turquie.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par

M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à

Me Weber.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le magistrat désigné,

O. GLa greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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