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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300761

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300761

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUERAULT SÉBASTIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, Mme A B, représentée par

Me Guérault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement jusqu'au réexamen de son droit au séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et dans l'attente de lui délivrer un récépissé l'autorisant à séjourner et travailler dans un délai de huit jours, à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de saisir les services ayant procédé à son signalement de non-admission dans le système d'information Schengen en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation, laquelle constitue un motif d'extinction au sens de l'article 7 du décret du 8 mai 2010, dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros TTC outre intérêts au taux légal à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- l'avis de la commission du titre de séjour lui a été communiqué en même temps que l'arrêté en litige, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- elle justifie de motifs exceptionnels d'admission au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne les autres décisions :

- les décisions d'obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans, fondées sur ce refus de séjour, sont illégales par voie d'exception ;

- les décisions attaquées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ces mêmes décisions méconnaissent l'intérêt supérieur de ses trois enfants et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2010-269 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante arménienne née en 1992, est entrée en France le 12 avril 2011 selon ses déclarations. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 26 mars 2011, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 janvier 2013. Le 7 juin 2013, elle a fait l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français. L'intéressée ayant déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de Saône-et-Loire a pris, le 16 janvier 2020, un arrêté par lequel il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être renvoyée d'office et a assorti ces mesures d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par un courrier du 23 juillet 2021, Mme B a sollicité l'abrogation de l'arrêté du 16 janvier 2020, ainsi que la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale" ou " salarié ". Par une décision en date du 10 février 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté ses demandes. Cette décision a été annulée par jugement du tribunal administratif de Dijon du 20 octobre 2022, au motif que le préfet de Saône-et-Loire s'était abstenu de saisir pour avis la commission du titre de séjour, alors qu'il y était tenu. A la suite de cette annulation, la requérante s'est vue délivrer une autorisation provisoire de séjour valable du 23 novembre 2022 au 23 janvier 2023 puis un récépissé de demande de titre de séjour valable du 25 janvier au 24 avril 2023. Après qu'elle ait été entendue par la commission du titre de séjour, le préfet de Saône-et-Loire a pris, le 10 mars 2023, à son encontre, une décision de refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ". Il résulte de ces dispositions que l'avis motivé de la commission doit être transmis à l'intéressé et au préfet avant que ce dernier ne statue sur la demande dont il a été saisi. Une telle communication constitue une garantie instituée au profit de l'étranger qui doit connaître le sens et les motifs de l'avis de la commission avant que le préfet ne prenne sa décision.

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'intervention de l'arrêté contesté, la commission du titre de séjour prévue par les dispositions précitées a été saisie dans le cadre de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B et que cette dernière, convoquée à cet effet compte tenu de sa résidence habituelle de plus de dix années en France, s'est présentée le 25 janvier 2023 à la commission qui a émis, le même jour, un avis défavorable à sa régularisation. Mme B a reçu communication de cet avis le 20 mars 2023 à 15 heures, en même temps que l'arrêté contesté. Aucune pièce versée au dossier ne permet d'affirmer que l'intéressée aurait eu connaissance du contenu exact de cet avis préalablement à l'intervention de l'arrêté litigieux. Le défaut de communication à la requérante, dans les conditions prévues ci-dessus de l'avis motivé de la commission du titre de séjour a été de nature à la priver d'une garantie dès lors qu'elle n'a pas eu la faculté, compte tenu du sens de cet avis et de ses motifs, de présenter des observations et, le cas échéant, des documents de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Par suite

Mme B est fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de ce qui précède, que la décision du 10 mars 2023 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière et doit dès lors être annulée. Par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans doivent également être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Le présent jugement, qui annule la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français implique seulement, eu égard au motif retenu ci-dessus pour justifier l'annulation prononcée, seul à même de la fonder, que le préfet de Saône-et-Loire réexamine la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivre durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. D'autre part, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement, en application des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen en résultant. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement à l'effacement dans le système d'information Schengen du signalement de Mme B lié à la décision d'interdiction de retour du territoire annulée par le présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, d'une part, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

9. D'autre part, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Guerault, sous réserve de l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Guerault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme B, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: L'arrêté du 10 mars 2023 du préfet de Saône-et-Loire est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de la demande de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de faire procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement à l'effacement dans le système d'information Schengen du signalement de Mme B lié à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français annulée par le présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à Me Guerault une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Mme B obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Guerault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Guerault.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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