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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300771

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300771

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantAPPAIX SOPHIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. A D représenté par Me Appaix demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence sur la commune de Flavignerot pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- l'heure de notification de la décision n'est pas mentionnée sur l'arrêté en violation de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision n'est pas signée et ne comporte aucune mention des nom, prénom et qualité de son auteur en violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est père d'enfants mineurs ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- l'heure de notification de la décision n'est pas mentionnée sur l'arrêté en violation de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision n'est pas signée et ne comporte aucune mention des nom, prénom et qualité de son auteur en violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'heure de notification de la décision n'est pas mentionnée sur l'arrêté en violation de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision n'est pas signée et ne comporte aucune mention des nom, prénom et qualité de son auteur en violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ;

- le préfet qui ne s'est pas interrogé sur les risques auxquels il était exposé en cas de retour en Géorgie s'est estimé lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'heure de notification de la décision n'est pas mentionnée sur l'arrêté en violation de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision n'est pas signée et ne comporte aucune mention des nom, prénom et qualité de son auteur en violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- le signataire de la décision était incompétent ;

- l'heure de notification de décision n'est pas mentionnée sur l'arrêté en violation de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;

- elle est disproportionnée dès lors qu'il est dans l'impossibilité matérielle de se rendre chaque jour entre huit et neuf heures à la gendarmerie de Sombernon.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté portant assignation à résidence a été modifié le 24 mars 2023 afin de substituer la gendarmerie de Gevrey-Chambertin à la gendarmerie de Sombernon comme lieu de pointage et que le surplus des moyens soulevés par le requérant n'est pas fondé.

Une pièce nouvelle déposée pour M. D a été enregistrée le 26 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2023 à 9 heures :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Appaix, représentant M. D, qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de la requête ; elle soutient en outre que la copie de l'arrêté du 21 mars 2023 portant obligation de quitter le territoire français remise à M. D ne comportait pas la page 6 et qu'il est dans l'impossibilité pour des raisons financières et de transport de se rendre, pour pointer, à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin ;

- les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D ressortissant géorgien, né en 1990, demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés du 21 mars 2023 par lesquels le préfet de la Côte-d'Or, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans , d'autre part l'a assigné à résidence sur la commune de Flavignerot pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concernes les moyens communs à toutes les décisions :

4. En premier lieu, il ressort de la page 6 de l'arrêté du 21 mars 2023 obligeant M. D à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, qui comporte les nom, prénom et qualité de son signataire, que les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration n'ont pas été méconnues.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or a régulièrement donné délégation, par arrêté du 30 janvier 2023, publié le 2 février 2023 dans le recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses doit être écarté.

6. En dernier lieu, si, comme le soutient le requérant, les arrêtés attaqués ne comportent pas l'heure de leur notification, les modalités de la notification d'une décision administrative sont en tout état de cause sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré d'un vice de forme est inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil du requérant, les modalités de son entrée sur le territoire français, la circonstance qu'il s'y est maintenu irrégulièrement après le rejet de sa demande présentée au titre de l'asile et qu'il est défavorablement connu des forces de l'ordre ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que la décision portant obligation de quitter le territoire français énonce de manière suffisamment circonstanciée l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fonde pour mettre M. D en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le requérant qui n'est père d'aucun enfant français ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. M. D fait valoir qu'il vit en France avec son épouse et ses cinq enfants qui y sont scolarisés et que dans ces conditions, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne réside sur le territoire que depuis l'année 2019 et que son épouse est également en situation irrégulière. Il ne démontre pas davantage exercer une quelconque activité professionnelle. Par ailleurs, ses enfants pourront poursuivre leur scolarité dans son pays d'origine. Dans ces conditions le requérant ne peut être regardé comme ayant en France le centre de ses intérêts privés et rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Géorgie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans et dans lequel il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales. M. D n'est, par conséquent, pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise notamment que le requérant présente un risque de fuite, dans la mesure où il s'est soustrait à plusieurs mesures d'éloignement ainsi qu'aux obligations afférentes à son assignation à résidence du 19 janvier 2022 et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Cette décision, prise à l'issue d'un examen suffisant de la situation de l'intéressé, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ;7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ;8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. 13.

14. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur la circonstance qu'il présente un risque de fuite, dans la mesure où il s'est soustrait à plusieurs mesures d'éloignement ainsi qu'aux obligations afférentes à son assignation à résidence du 19 janvier 2022 et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Ces motifs n'étant pas sérieusement contestés par le requérant, le préfet n'a dès lors pas commis d'erreur de droit ou d'appréciation en estimant qu'il existait un risque que M. D se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et en se fondant sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser, de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, en visant notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant qu'il n'était pas contrevenu aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet a, au regard de l'absence d'argumentation particulière présentée sur ce point par le requérant à l'appui de sa demande, suffisamment motivé sa décision.

16. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. M. D, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et par la Cour nationale du droit d'asile, n'établit par aucune des pièces qu'il produit, être exposé à des risques de peines ou traitements inhumains en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or, qui a procédé à un examen particulier de la situation du requérant et ne s'est pas estimé lié par les décisions de l'OFPRA et de la Cour nationale du droit d'asile n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant comme pays de renvoi la Géorgie.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612 7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 613-2 dudit code, les décisions d'interdiction de retour sont motivées.

19. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

20. En l'espèce, la décision mentionne les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de la Côte-d'Or de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

21. En second lieu, il résulte des dispositions précitées au point 18 que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

22. En l'espèce à supposer même que la présence de l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il résulte de l'instruction que compte tenu du caractère récent de sa présence en France, de sa situation privée et familiale telle que retracée au point 11 et de la circonstance qu'il s'est soustrait à trois mesures d'éloignement, le préfet de la Côte-d'Or pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, se fonder sur ces seuls motifs pour prendre à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

23. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

24. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". La décision attaquée, prise au visa des articles cités ci-dessus, rappelle que M. D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français du même jour et indique que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

25. En deuxième lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'assignation à résidence.

26. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 14, il existait un risque que M. D se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, de sorte que la mesure d'assignation à résidence en litige est fondée.

27. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 24 mars 2023 le préfet de la Côte-d'Or a modifié le lieu de pointage fixé dans l'arrêté du 21 mars 2023 portant assignation à résidence de M. D. L'intéressé est désormais tenu de se présenter quotidiennement hors dimanche et jours fériés ou chômés entre 8H00 et 9H00 à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin. La circonstance alléguée à l'audience par le requérant que cette commune, distante de quatorze kilomètres de son lieu hébergement, serait peu desservie par les transports en commun et qu'il ne serait pas en mesure de régler le prix de ces voyages quotidiens, est insuffisante pour établir que cette contrainte serait disproportionnée, alors, d'une part, qu'il ne démontre pas que les membres et bénévoles de la communauté religieuse qui l'accueille à Flavignerot et qui véhiculent ses enfants scolarisés à Dijon, ne pourraient pas le conduire à Gevrey-Chambertin et, d'autre part, qu'il lui est loisible, le cas échéant, de solliciter auprès de l'autorité préfectorale un aménagement de ses obligations de pointage en cas de besoin. Les moyens tirés d'un défaut d'examen de sa situation et de l'erreur d'appréciation commise par le préfet doivent, par suite, être écartés.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 21 mars 2023 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

29. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

30. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le préfet de la Côte d'Or.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le préfet de la Côte-d'Or sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Appaix.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le magistrat désigné,

O. BLe greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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