jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2023 et des mémoires enregistrés les
29 août 2023, 30 octobre 2023, 20 et 24 février 2024 et 30 avril 2024, Mme A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Yonne s'est opposé à sa déclaration préalable en vue de la construction d'un abri de piscine sur un terrain situé 9 rue Bailly à Dannemoine, ensemble la décision implicite née le 22 janvier 2023 par laquelle le préfet de l'Yonne a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision du 16 janvier 2023 par laquelle le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a confirmé l'avis défavorable émis le 5 juillet 2022 par l'architecte des Bâtiments de France sur sa demande de déclaration préalable.
Elle soutient que :
- la décision du 26 septembre 2022 est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire et la décision du 16 janvier 2023 est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- son projet n'est pas subordonné à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France dès lors que l'abri de sa piscine ne se situe pas dans le champ de visibilité de l'église
Notre-Dame, édifice classé au titre des monuments historiques ;
- son projet ne porte pas atteinte à la conservation ou à la mise en valeur de l'église Notre-Dame, ni de ses abords ;
- la décision du 26 septembre 2022 procède d'une erreur d'appréciation dès lors que le pool house de sa piscine a été antérieurement autorisé, de même que l'abri de piscine de son voisin qui présente les mêmes conditions de visibilité.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 juin 2023, 18 septembre 2023,
20 novembre 2023 et 19 mars 2024, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté qui a produit des observations enregistrées le 19 mars 2024. La procédure a également été communiquée à la commune de Dannemoine, qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 20 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2024.
Un mémoire en défense a été enregistré le 22 mai 2024 pour le préfet de l'Yonne, après la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites le 26 septembre 2024 par la commune de Dannemoine à la demande du tribunal et communiquées à Mme B, au préfet de l'Yonne et au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté. Des pièces ont également été produites le 26 septembre 2024 par le préfet de l'Yonne à la demande du tribunal et communiquées à Mme B, à la commune de Dannemoine et au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Par un courrier du 10 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 16 janvier 2023 par laquelle le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a confirmé l'avis défavorable émis le 5 juillet 2022 par l'architecte des Bâtiments de France, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France étant un acte préparatoire à la décision du préfet de l'Yonne en date du 26 septembre 2022, seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 juin 2022, Mme B a déposé en mairie de Dannemoine une déclaration préalable en vue de la construction d'un abri de piscine sur la parcelle cadastrée E 276 sise 9 rue Bailly. Le même jour, le maire de Dannemoine a émis un avis favorable sur ce projet de construction. Le 5 juillet 2022, l'architecte des Bâtiments de France a refusé de donner son accord sur ce projet. En conséquence, le préfet de l'Yonne s'est opposé, par une décision du 26 septembre 2022, à la déclaration préalable présentée par Mme B. Par un courrier du 21 novembre 2022, reçu par la préfecture de l'Yonne le lendemain, l'intéressée a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision du 26 septembre 2022 et, par un courrier du
21 novembre 2022, un recours préalable obligatoire à l'encontre de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France devant le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté. Par une décision du 16 janvier 2023, le préfet de région a confirmé l'avis de l'architecte des Bâtiments de France et, le 22 janvier 2023, le recours gracieux formé devant le préfet de l'Yonne a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 26 septembre 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 22 janvier 2023, ainsi que la décision du 16 janvier 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité :
2. Aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le pétitionnaire doit, avant de former un recours pour excès de pouvoir contre un refus d'autorisation d'urbanisme portant sur un immeuble situé dans les abords des monuments historiques et faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région d'une contestation de cet avis.
4. L'ouverture d'un tel recours administratif n'a ni pour objet ni pour effet de permettre l'exercice d'un recours contentieux contre l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, dont la régularité et le bien-fondé, de même que ceux, le cas échéant, de la décision du préfet de région qui s'y substitue, ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de refus d'autorisation d'urbanisme et présenté par une personne ayant un intérêt pour agir.
5. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du
16 janvier 2023 par laquelle le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a confirmé l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 5 juillet 2022, auquel elle s'est substituée, sont irrecevables et doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'opposition à la déclaration préalable :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente () pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale () / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. () ". Aux termes de l'article R. 422-2 de ce code : " Le préfet est compétent () pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : / () e) En cas de désaccord entre le maire et le responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction mentionné à l'article R. 423-16 ; () ". Aux termes de l'article R. 423-16 de ce code : " Lorsque la décision doit être prise au nom de l'Etat, l'instruction est effectuée : / a) Par le service de l'Etat dans le département chargé des forêts pour les déclarations préalables portant exclusivement sur une coupe ou abattage d'arbres ; / b) Par le service de l'Etat dans le département chargé de l'urbanisme pour les autres déclarations préalables ou demandes de permis ". Aux termes de l'article R. 423-54 de ce code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ". Enfin, aux termes de l'article R. 423-74 de ce code : " Le chef du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction adresse un projet de décision au maire ou, dans les cas prévus à l'article
R. 422-2, au préfet ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Dannemoine a émis un avis favorable en date du 2 juin 2022 sur le dossier de déclaration préalable de Mme B. Par lettre du 22 juin suivant, le service instructeur de la direction départementale des territoires de l'Yonne a informé l'intéressée que, d'une part, son dossier était incomplet et, d'autre part, qu'en application des dispositions de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme, " l'autorité compétente doit recueillir l'accord de l'architecte des Bâtiments de France ". Il est constant que l'architecte des Bâtiments de France a émis le 5 juillet 2022 un avis défavorable sur le projet de la requérante. Puis, par bordereau d'envoi daté du 20 septembre 2022, la directrice départementale des territoires de l'Yonne a transmis au préfet un projet de décision d'opposition à déclaration préalable concernant le dossier de Mme B. Il suit de là qu'en raison du désaccord explicite entre le maire et le responsable du service départemental de l'Etat chargé de l'instruction, au sens des dispositions précitées, le préfet de l'Yonne est compétent pour se prononcer sur le projet en litige. Par suite, le moyen tiré d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine ". Aux termes de l'article L. 621-32 du code du patrimoine : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. () ". Aux termes de l'article L. 632-1 de ce code : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. () " et, aux termes de l'article L. 632-2 : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. () ".
9. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que ne peuvent être délivrées qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les autorisations d'urbanisme portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.
10. En l'espèce, il est constant que le projet litigieux se situe à moins de 500 mètres de l'église Notre-Dame faisant l'objet d'une protection au titre des monuments historiques. Si la requérante soutient que le projet litigieux " n'est pas visible depuis l'église, ni en situation de co-visibilité avec cet édifice ", elle concède par ailleurs qu'il existe une " co-visibilité mineure " avec le clocher de l'église depuis la route départementale reliant Paris à Genève. A cet égard, les photographies versées à l'instance, qui révèlent la construction achevée de l'abri de piscine en cause, démontrent que celui-ci est visible à l'œil nu en même temps que l'église depuis un lieu normalement accessible au public. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le projet ne devait pas être soumis à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France doit être écarté.
11. En troisième lieu, pour s'opposer à la déclaration préalable de Mme B, le préfet de l'Yonne, qui reprend les motifs de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, fait état de ce que " la structure envisagée pour l'abri de piscine ne s'intègre pas par rapport à la typologie du tissu urbain existant dans lequel elle s'insère, que ce dispositif anachronique, par son aspect artificiel et standardisé, vient rompre l'équilibre des paysages villageois traditionnels et que de ce fait, le projet ne respecte pas la cohérence architecturale et urbaine des abords de l'église Notre-Dame ". Si la requérante soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation, elle ne conteste pas utilement que l'abri de piscine, d'une surface globale de près de 40 mètres carrés, composé d'aluminium laqué pour les structures, de poly-méthyl-méthacrylate ou de copolymères de polycarbonate pour les éléments transparents tels que les vitrages, ne s'inscrit pas dans les codes de l'architecture traditionnelle locale. La circonstance tirée de ce que plusieurs habitations alentours s'éloigneraient elles-mêmes de ces codes traditionnels ne suffit pas à regarder le préfet comme ayant commis une erreur d'appréciation en considérant que l'abri de piscine est de nature à porter atteinte à la conservation ou la mise en valeur de l'église Notre-Dame ou de ses abords.
12. En quatrième et dernier lieu, la circonstance qu'un permis de construire ait été délivré antérieurement à Mme B pour la construction de sa piscine avec pool house et spa, et qu'il existe un autre abri de piscine à proximité du projet en litige, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision d'opposition à déclaration préalable du 26 septembre 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne, à la commune de Dannemoine et au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
V. CLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2300774
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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