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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300781

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300781

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAPPAIX SOPHIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2023, M. C B, représenté par Me Appaix, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit

mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'est pas définitive et qu'un recours est pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'est pas définitive et qu'un recours est pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux circonstances l'ayant conduit à fuir son pays ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, président-rapporteur,

- les observations de Me Appaix, représentant le requérant,

- et les observations de M. A, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 24 mai 1998, est entré sur le territoire français le 10 octobre 2020. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a donné lieu à une procédure de transfert, qui n'a cependant pu être menée à son terme, de sorte que la France en est devenue responsable. Cette demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 29 novembre 2022. Par un arrêté du 3 mars 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé le séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Le requérant ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture, investi à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 2 février 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux doit être écarté.

5. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui ne contraignent pas, en elles-mêmes, le requérant à retourner dans le pays dont il a la nationalité.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

6. En premier lieu, la décision litigieuse mentionne que la demande d'asile du requérant a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 novembre 2022, que l'intéressé ne bénéficie plus du droit au maintien sur le territoire français en application de dispositions du d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne remplit pas les conditions pour se voir attribuer une carte de résident en application des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'étant pas reconnu réfugié, ni une carte de séjour pluriannuelle en application des dispositions de l'article L. 424-9 de ce code, n'ayant pas obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Dès lors qu'elle comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fondent, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus () au 5° de l'article L. 531-27 () ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 5° La présence en France du demandeur constitue une menace grave pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat ; () ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile du requérant a été prise dans le cadre de la procédure accélérée prévue au 5° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là qu'en application de l'article L. 542-2 du même code, le requérant, contrairement à ce qu'il fait valoir, ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, nonobstant le recours engagé devant la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet, qui n'exerce aucun pouvoir d'appréciation sur le choix de la procédure suivie par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 dudit code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

10. La décision contestée vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne notamment que l'intéressé ne bénéficie plus du droit au maintien sur le territoire français en application de dispositions du d) du 1° de l'article L. 542-2 du même code. La décision portant obligation de quitter le territoire français, qui comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est ainsi suffisamment motivée.

11. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, le requérant n'avait plus de droit au maintien sur le territoire français à compter de la décision du 29 novembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile en procédure accélérée. Dans ces conditions, et nonobstant la contestation par le requérant du placement de sa demande d'asile en procédure accélérée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur de droit, obliger le requérant à quitter le territoire français, en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

13. Le préfet a fondé la décision contestée sur la condamnation du requérant à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de " soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière " commis le 2 avril 2021 à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle et le 1er mai 2021 à Metz. Toutefois, ces seuls faits sont insuffisants pour considérer que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation en refusant, par application des dispositions précitées, l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

15. L'illégalité de la décision refusant au requérant l'octroi d'un délai de départ volontaire prive de base légale la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre du requérant. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de cette décision.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Appaix, conseil de M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État aux missions d'aide juridictionnelle qui lui ont été confiées.

18. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le préfet de la Côte-d'Or demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Les décisions du 3 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Côte-d'Or a refusé à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, sont annulées.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. B la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir les sommes correspondantes à la part contributive de l'Etat au titre de ses missions d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Appaix.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Dijon en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

N. Zeudmi Sahraoui

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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