jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300806 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mars et 13 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Fougerat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2022, par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a rejeté sa demande d'aide à la transformation de débit de tabac ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 30 décembre 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ; son recours gracieux, qui est dépourvu d'ambiguïté sur son objet et mentionne la décision de rejet de sa demande d'aide à la transformation de débit de tabac, a régulièrement interrompu le délai de recours contentieux ;
- le courriel du 26 août 2022, par lequel la direction interrégionale des douanes d'Île-de-France lui demande de compléter son dossier ne mentionne pas les pièces manquantes, en méconnaissance des dispositions de l'article 7 de l'arrêté du 17 octobre 2018 fixant les éléments d'éligibilité au fonds de transformation et les modalités de demande d'aide, pris en application du décret n° 2018-895 du 17 octobre 2018 ;
- ce courriel aurait dû lui être envoyé par le service des douanes et droits indirects et non par la direction interrégionale des douanes d'Île-de-France ;
- la décision de rejet du 15 décembre 2022 n'est pas motivée en droit ;
- la direction interrégionale des douanes de Dijon lui a indiqué par erreur que son recours gracieux devait être formé auprès de la direction interrégionale des douanes d'Île-de-France ;
- elle était fondée à demander une aide d'un montant total de 30 261,99 euros ; elle produit à l'instance son dossier complet de demande, qu'elle a adressé à l'administration le 14 août 2022 et qu'elle a complété le 10 septembre 2022 ; la demande de pré-validation du 14 août 2022 a effectivement été formée avant le début des travaux ; les travaux ont été dûment réalisés avant le 31 décembre 2022 ; toutes les factures ont été acquittées avant cette même date ; elle a transmis à l'administration le 22 mars 2023, soit avant le 31 mars 2023, l'ensemble des factures acquittées ; les travaux réalisés correspondent effectivement à la transformation et à l'aménagement tant intérieur qu'extérieur de son local commercial en commerce multi-produits et services.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 juin et 1er septembre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive, dès lors que, le recours gracieux formé par la requérante ne comprenant pas de conclusions, il n'a pu, de ce fait, interrompre le délai de recours contentieux ;
- la requérante n'a jamais corrigé les incohérences contenues dans sa demande de pré-validation ;
- les travaux ne pouvaient commencer ni avant la transmission du dossier de pré-validation, ni avant l'obtention de l'attestation d'éligibilité à l'aide à la transformation mentionnant le montant prévisionnel de l'aide ;
- la nouvelle demande d'aide reçue le 30 décembre 2022 était irrecevable, dès lors que les travaux ont été réalisés avant cette demande ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 14 juin 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 4 septembre 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2023 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2018-895 du 17 octobre 2018 ;
- l'arrêté du 17 octobre 2018 fixant les éléments d'éligibilité au fonds de transformation et les modalités de demande de l'aide ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A exploite un fonds de commerce de bureau de tabac, bar et presse sous l'enseigne " Le carré d'as ", dans le cadre d'une entreprise individuelle à Cosne-Cours-sur-Loire dans la Nièvre depuis le 13 septembre 2018. Elle a formé le 14 août 2022 auprès de la direction interrégionale des douanes d'Île-de-France une demande d'aide à la transformation des débits de tabac. Par une décision explicite du 15 décembre 2022, le directeur interrégional des douanes d'Île-de-France a considéré son dossier irrecevable et a, en conséquence, rejeté sa demande d'aide. Par lettre, en date du 1er février 2023, Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 15 décembre 2022 du directeur interrégional des douanes d'Île-de-France et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article 7 de l'arrêté du 17 octobre 2018 fixant les éléments d'éligibilité au fonds de transformation et les modalités de demande d'aide : " Les refus d'attribution de l'aide à la transformation sont dûment motivés par le service des douanes et droits indirects et notifiés par lettre recommandée avec accusé de réception. ".
3. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse du 15 décembre 2022, d'une part qu'elle vise le décret du 17 octobre 2018 modifié portant création d'une aide à la transformation des débits de tabac et, d'autre part qu'elle mentionne les articles 5 et 7 de l'arrêté du 17 octobre 2018 relatif aux modalités du dispositif d'aide à la transformation, sur lesquels elle est fondée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en droit de cette décision, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des quatre premiers alinéas de l'article 7 de l'arrêté du 17 octobre 2018 fixant les éléments d'éligibilité au fonds de transformation et les modalités de demande d'aide : " Lors de chaque phase d'envoi du dossier d'aide à la transformation par le débitant, le service des douanes en accuse réception par courriel. / Tout dossier parvenant au service des douanes et étant incomplet, que ce soit lors de la phase de pré-validation ou lors du dépôt de la demande d'aide, ne sera pas instruit. / Le débitant en est dès lors informé par courriel par le service des douanes et droits indirects. Il est invité à produire, sous un mois, les pièces et/ou informations manquantes sans quoi le dossier ne sera pas instruit. / Une fois ce délai échu et si les pièces complémentaires n'ont pas été produites, le dossier est considéré comme rejeté. ".
5. Contrairement à ce que soutient la requérante, et pour médiocre que soit la syntaxe de son contenu, le courriel du 26 août 2022, par lequel un agent de la direction interrégionale des douanes d'Île-de-France sollicite, afin de compléter le dossier de Mme A, " les devis modifié(s) et le formulaire de demande corrigé ", mentionne, ce faisant, les " pièces et/ou informations manquantes ", conformément aux dispositions précitées du troisième alinéa de l'article 7 de l'arrêté du 17 octobre 2018. Par suite, le vice de procédure soulevé doit être écarté.
6. En troisième lieu, le " service des douanes et droits indirects " mentionné par le troisième alinéa de l'article 7 de l'arrêté du 17 octobre 2018 s'entend comme tout service de la direction générale des douanes et droits indirects, et notamment de la direction interrégionale des douanes d'Ile-de-France, désignée pour instruire les demandes d'aides en litige, comme le mentionne au demeurant le formulaire de pré-validation de l'aide figurant à l'annexe 1 de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de ce que le courriel du 26 août 2022 n'aurait pas été envoyé par le service idoine ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, la circonstance selon laquelle la direction interrégionale des douanes de Dijon aurait indiqué par erreur à Mme A que son recours gracieux devait être formé auprès de la direction interrégionale des douanes d'Île-de-France est sans incidence sur l'issue du litige dès lors qu'en vertu des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, " lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ". Par suite, ce moyen doit également être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
8. Aux termes de l'article premier du décret du 17 octobre 2018 portant création d'une aide à la transformation des débits de tabacs : " L'aide à la transformation est une aide financière à destination des débits de tabac ordinaires et des syndicats professionnels représentant nationalement des buralistes. / Les opérations éligibles à cette aide sont destinées à favoriser la transformation d'un débit de tabac en commerce de proximité multi-services et produits, ainsi qu'à la conception et la définition des axes de cette transformation et de son accompagnement. Le résultat de cette transformation doit aboutir à une identité nouvelle et visible du commerce dans son ensemble. ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article 3 du même décret : " L'aide accordée au débit de tabac ordinaire sur la demande de son débitant en activité doit permettre de soutenir le projet de transformation visible du point de vente, notamment par l'intégration de nouvelles lignes de produits et services, par la mise en place d'offres commerciales réorganisées, par un réaménagement du point de vente ou par la transformation digitale du commerce. / Par décision du directeur interrégional des douanes et droits indirects d'Ile-de-France, l'aide est accordée sous réserve que soit réalisé un audit préalable et que les travaux remplissent des critères portant sur la rénovation de l'extérieur du commerce et sur la rénovation de l'intérieur du commerce. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 4 de ce décret : " L'aide représente 30 % du plafond total des dépenses hors taxes engagées par un débitant pour la transformation de son débit. ". Enfin, aux termes de l'article 5 dudit décret : " Pour la transformation de son débit de tabac ordinaire en commerce de proximité multi-services/produits, son gérant fait appel à au moins un agenceur, fournisseur ou prestataire aux fins de devis. ".
9. Aux termes du 1° de l'article 5 de l'arrêté du 17 octobre 2018 fixant les éléments d'éligibilité au fonds de transformation et les modalités de demande de l'aide : " Avant la réalisation des travaux et après l'audit préalable obligatoire, le débitant de tabac ou, le cas échéant, le futur repreneur d'un débit ordinaire, transmet, par courrier postal à l'adresse reprise sur le formulaire de pré-validation de l'aide, les pièces suivantes : / - les devis postérieurs à la date de restitution de l'audit et datant de moins d'un an, mentionnés à l'article 5 du décret du 17 octobre 2018 susvisé ; / - le formulaire de pré-validation de l'aide, conforme au modèle repris à l'annexe 1, présentant le projet de transformation du débit de tabac, les devis retenus et le chiffrage prévisionnel du montant des travaux éligibles à l'aide à la transformation, daté et signé ; () / Si le dossier est complet et si le service des douanes estime la pré-demande d'aide recevable, il adresse au demandeur une attestation d'éligibilité à l'aide à la transformation indiquant le montant prévisionnel de l'aide. ". Aux termes des troisième et quatrième alinéas de l'article 7 de cet arrêté : " Le débitant en est dès lors informé par courriel par le service des douanes et droits indirects. Il est invité à produire, sous un mois, les pièces et/ou informations manquantes sans quoi le dossier ne sera pas instruit. / Une fois ce délai échu et si les pièces complémentaires n'ont pas été produites, le dossier est considéré comme rejeté. ".
S'agissant de la décision du 15 décembre 2022 :
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'administration a rejeté la demande d'aide de Mme A au seul motif de l'incohérence entre les montants renseignés dans le formulaire de pré-validation et les montants des devis des sociétés BT Construction et Lecompte et de l'absence de transmission des éventuels devis complémentaires de ces sociétés.
11. D'une part, en se bornant à soutenir qu'elle était fondée à demander une aide d'un montant total de 30 261,99 euros, qu'elle produit à l'instance son dossier complet de demande, que son dossier transmis le 30 décembre 2022 était conforme, que la demande de pré-validation du 14 août 2022 a effectivement été formée avant le début des travaux, que les travaux ont été dûment réalisés avant le 31 décembre 2022, que toutes les factures ont été acquittées avant cette même date, qu'elle a transmis à l'administration le 22 mars 2023, soit avant le 31 mars 2023, l'ensemble des factures acquittées et que les travaux réalisés correspondent effectivement à la transformation et à l'aménagement tant intérieur qu'extérieur de son local commercial en commerce multi-produits et services, Mme A ne critique pas utilement l'unique motif de la décision attaquée, tiré, comme il a été dit au point précédent, de l'incohérence entre les montants renseignés dans le formulaire de pré-validation et les montants des devis des sociétés BT Construction et Lecompte et de l'absence de transmission des éventuels devis complémentaires de ces sociétés à la date du 15 décembre 2022.
12. D'autre part, Mme A n'établit pas avoir transmis, comme elle le soutient, un nouveau dossier complet, conformément à la demande de pièces complémentaires du 26 août 2022 de l'administration, avant la date de la décision attaquée.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander, par les seuls moyens dont elle se prévaut à l'instance, l'annulation de la décision du 15 décembre 2022, par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a rejeté sa demande d'aide à la transformation de débit de tabac.
S'agissant de la décision implicite de rejet de son recours gracieux :
14. Il ressort des termes mêmes du mémoire en défense du ministre que celui-ci ne se prévaut plus, s'agissant de la décision implicite de rejet du recours gracieux de Mme A, de l'incohérence entre les montants renseignés dans le formulaire de pré-validation et les montants des devis des sociétés BT Construction et Lecompte, ni de l'absence de transmission des éventuels devis complémentaires de ces sociétés, ni plus généralement de la non-conformité du nouveau dossier de pré-validation de Mme A, transmis le 29 décembre 2022. Il ressort au contraire des termes mêmes de ce mémoire en défense que la décision implicite de rejet du recours gracieux de Mme A est exclusivement fondée sur la circonstance selon laquelle les travaux ont été réalisés avant l'envoi de la demande de pré-validation de l'aide.
15. Si Mme A soutient que, si les dispositions du 1° de l'article 5 de l'arrêté du 17 octobre 2018 obligent le demandeur à transmettre son dossier de pré-validation complet avant la réalisation des travaux et si le dernier alinéa de ce 1° prévoit l'envoi par l'administration d'une attestation d'éligibilité si le dossier est complet et considéré comme recevable, ces dispositions ne mentionnent pas que le début des travaux est subordonné à l'émission ou à la réception de l'attestation d'éligibilité, elle ne conteste, de nouveau, pas utilement le motif qui lui est opposé, tiré de ce que les travaux ont été réalisés avant l'envoi le 29 décembre 2022 de sa nouvelle demande de pré-validation de l'aide, transmise dans le cadre de son recours gracieux, dès lors qu'elle ne soutient ni ne démontre que son dossier initial aurait été conforme et qu'elle ne conteste pas avoir réalisé les travaux en litige avant le 29 décembre 2022.
16. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas davantage fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
17. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, les conclusions de Mme A à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au directeur interrégional des douanes d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
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