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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300816

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300816

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. A C, représenté par la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2023 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au sein du centre de détention de Joux-la-Ville ;

2°) d'enjoindre au directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les droits de la défense et le principe du contradictoire, dès lors qu'aucune copie de son dossier contradictoire ne lui a été communiquée préalablement à son placement à l'isolement et que le directeur interrégional des services pénitentiaires ne lui a pas permis d'être assisté par un avocat dans le cadre d'un débat contradictoire ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits, et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon du 24 avril 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hugez, premier conseiller, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief, rapporteur,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, écroué le 28 novembre 2015 et incarcéré au centre de détention de Joux-la-Ville depuis le 29 septembre 2021, a fait l'objet, le 1er mars 2023, d'une décision prolongeant son placement à l'isolement du 9 mars au 7 avril 2023. Il demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 67/022 du 7 novembre 2022, publié le 8 novembre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté, M. B, directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon, a délégué sa signature à M. D, son adjoint, pour ce qui concerne, notamment, les décisions de prolongation de mise à l'isolement prises sur le fondement de l'article R. 213-24 du code pénitentiaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'incompétence, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. () ". Aux termes de l'article R. 213-21 du même code : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef de l'établissement pénitentiaire peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, ni à son avocat, les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou de l'établissements. / Si la personne détenue ne comprend pas la langue française, les informations sont présentées par l'intermédiaire d'un interprète désigné par le chef de l'établissement. Il en est de même de ses observations, si elle n'est pas en mesure de s'exprimer en langue française. () ". Aux termes de l'article R. 213-25 du même code : " Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef de l'établissement pénitentiaire selon les modalités prévues par les dispositions de l'article R. 213-21. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. / Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée. ".

4. M. C soutient qu'aucune copie de son dossier contradictoire ne lui a été communiquée préalablement à son placement à l'isolement et que le directeur interrégional des services pénitentiaires ne lui a pas permis d'être assisté par un avocat dans le cadre d'un débat contradictoire.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été informé le 21 février 2023 par écrit de l'intention de l'administration pénitentiaire de prolonger la précédente mesure d'isolement. Par cette fiche, qui reprend les faits justifiant la mesure envisagée et dont il est attesté que l'intéressé en a reçu notification par l'apposition de la mention " refuse de signer " le jour même, M. C a été informé qu'il pouvait présenter des observations orales ou écrites, qu'il pouvait se faire assister ou représenter par un avocat et qu'il pouvait consulter les pièces relatives à la procédure, au moins trois heures avant l'audience du 27 février 2023. Par l'accusé de réception de cette fiche, M. C a fait savoir qu'il souhaitait consulter les pièces de la procédure, présenter des observations orales et se faire assister par un avocat désigné par le bâtonnier. Le requérant, qui ne conteste nullement ses refus de signer, ne justifie pas qu'il aurait demandé en vain la copie d'un ou plusieurs éléments de la procédure engagée à son encontre, au cours de la plage horaire réservée à cet effet. D'autre part, une télécopie a été adressée dès le 21 février 2023 à 12 heures 00 à un avocat l'informant des motifs détaillés de la mesure envisagée, de la date de l'audience prévue le 27 février suivant et de la possibilité pour l'avocat de faire parvenir des observations écrites, de présenter des observations orales, de s'entretenir avec l'intéressé et enfin de consulter le dossier de la procédure. A la suite de cet envoi, l'administration a reçu un message précisant que " la remise à ces destinataires ou groupes est terminée, mais aucune notification de remise n'a été envoyée par le serveur de destination ". Cette indication, qui procède de la configuration choisie par le serveur de destination, sans impliquer que le courriel ne serait pas parvenu à son destinataire, signifie seulement que le serveur de destination ne génère pas d'accusé de réception et donc n'autorise pas les rapports de remise. Il suit de là que l'administration justifie avoir transmis en temps utile la demande d'assistance du détenu et avoir rempli l'obligation de moyens qui était la sienne en mettant à même le requérant d'être assisté d'un conseil. Enfin, et alors que M. C a été informé que ses observations orales seraient recueillies lors d'une audience du 27 février 2023 à 11 heures, il est constant que l'intéressé n'a pas souhaité assister à cette audience et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'absence d'avocat à l'audience serait imputable à l'administration pénitentiaire.

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les droits de la défense et le principe du contradictoire doit être écarté.

7. En troisième lieu, saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste. Par ailleurs, chaque décision de placement à l'isolement, la première comme les décisions ultérieures de prolongation, doit se fonder sur une appréciation des circonstances de fait existantes à la date à laquelle elle est prise et ne dépend pas des décisions précédentes. Il s'ensuit que la nécessité de la décision de prolongation du 1er mars 2023 doit être appréciée compte tenu du comportement de M. C et des risques qu'il faisait peser sur le maintien du bon ordre au sein du centre de détention de Joux-la-Ville à la date à laquelle elle a été prise et qu'il continue de faire peser à la date de la présente décision.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C est écroué depuis le 28 novembre 2015 pour des faits, notamment, de meurtre en récidive, de menace de mort et d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique en récidive. Il a été transféré au centre de détention de Joux-la-Ville le 29 août 2022 en raison de ses nombreux comportements inappropriés dans d'autres centres pénitentiaires, l'intéressé ayant notamment dégradé sa cellule et mis le feu à cette dernière, comportement qu'il a réitéré le 14 décembre 2022 et le 21 février 2023 en mettant le feu à un tas de papiers dans sa cellule et en refusant d'obtempérer aux injonctions du personnel. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le requérant souffre de troubles du comportement qui ont notamment justifié son admission en soins psychiatriques par transfert à l'établissement public de santé du Loiret Georges-Daumezon, au sein de l'unité hospitalière spécialement aménagée de Fleury-les-Aubrais, à compter du 2 novembre 2022, l'intéressé bénéficiant par ailleurs d'une prise en charge régulière par le service de psychiatrie et/ou de psychologie de l'unité de consultation et de soins ambulatoires de Joux-la-Ville depuis septembre 2022. Enfin, M. C, qui refuse régulièrement de prendre son traitement médical, a tenu des propos menaçant à l'encontre du personnel pénitentiaire et présente également un profil radicalisé l'ayant conduit à proférer des menaces réitérées de passage à l'acte violent. Par suite, le placement en isolement de M. C, qui ne présente pas de contre-indication médicale, constituait bien l'unique moyen de prévenir une atteinte à la sécurité des personnes et de l'établissement. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation, tout comme celui tiré de ce que la décision se fonde sur des faits matériellement inexacts, doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son conseil est fondé à se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante. Les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au garde des sceaux, ministre de la justice et à la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Hugez, premier conseiller faisant fonction de président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

H. Cherief

Le premier conseiller faisant fonction de président,

I. HugezLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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