vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300826 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | APPAIX SOPHIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. A D représenté par Me Appaix demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 du préfet de la Côte-d'Or portant modification de son assignation à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite, qu'elle lui impose de rester chaque jour une heure à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin, qu'il ne peut pas demander aux personnes bénévoles qui accompagnent ses enfants scolarisés à Dijon de le conduire à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin tous les jours pendant quarante-cinq jours, que compte tenu des horaires des bus lui permettant de se rendre de Flavignerot, où il réside, à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin, il doit partir à 7 heures 16 sans pouvoir regagner son hébergement avant 12 heures 34, ce qui est disproportionné, et qu'il ne peut assumer financièrement les 5, 80 euros par jour correspondant au cout de cet aller et retour en bus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Des pièces nouvelles déposées pour M. D ont été enregistrées le 30 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mars 2023 à 9 heures :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Appaix, représentant M. D, qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de la requête ; elle conclut, en outre, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de fixer le lieu de pointage au commissariat de police de Dijon ou de Chenôve ; elle fait valoir, en outre, que l'autorité de la chose jugée attachée au jugement n° 2300771 du 28 mars 2023 ne peut être opposée à M. D dès lors qu'en méconnaissance du principe du contradictoire, elle n'a eu connaissance de l'arrêté du 24 mars 2023 qu'au moment de l'audience, de sorte qu'elle n'était pas en mesure d'en contester utilement la légalité ;
-les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête ; il soutient, en outre, que le principe du contradictoire n'a pas été méconnu dès lors que l'arrêté du 24 mars 2023 en litige a été notifié à l'intéressé le 27 mars 2023 soit avant l'audience qui s'est tenue le 28 mars 2023 ; les conclusions subsidiaires présentées à l'audience tendant à ce qu'il soit enjoint de fixer au commissariat de police de Dijon ou de Chenôve le lieu de pointage doivent être rejetées dès lors que l'intéressé n'a jamais présenté de demande en ce sens et que la commune de Flavignerot, dans laquelle l'intéressé est assigné à résidence, est située en zone gendarmerie et non en zone police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux arrêtés du 21 mars 2023 le préfet de la Côte-d'Or a, d'une part, obligé M. D, ressortissant géorgien né en 1990, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et d'autre part l'a assigné à résidence sur la commune de Flavignerot pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter quotidiennement hors dimanche et jours fériés ou chômés entre 8H00 et 9H00 à la gendarmerie de Sombernon. Le recours formé par l'intéressé contre ces deux arrêtés a été rejeté par un jugement n° 2300771 du 28 mars 2023. Par un arrêté du 24 mars 2023 notifié le 27 mars 2023 le préfet de la Côte-d'Or a modifié l'obligation de pointage imposé à M. D qui doit désormais se présenter quotidiennement hors dimanche et jours fériés ou chômés entre 8H00 et 9H00 à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la recevabilité de la requête :
4. Le préfet de la Côte-d'Or oppose une fin de non-recevoir tirée de l'autorité relative de la chose jugée attachée au jugement n° 2300771 du 28 mars 2023 rejetant la requête formée par M. D contre ses deux arrêtés du 21 mars 2023. Toutefois, l'autorité de chose jugée étant une question de fond du droit et non de recevabilité, cette fin de non-recevoir est inopérante et ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". D'une part, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
6. Il ressort de l'arrêté attaqué que M. D est tenu, à compter du 28 mars 2023, de se présenter quotidiennement hors dimanche et jours fériés ou chômés entre 8H00 et 9H00 à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin.
7. En premier lieu, en soumettant M. D, qui s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'assignation à résidence, à une obligation de pointage quotidienne hors dimanche et jours fériés ou chômés, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant qui n'est pas titulaire d'un permis de conduire français ne peut se rendre en voiture à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin distante de quatorze kilomètres de son lieu d'hébergement. La religieuse, responsable du couvent qui accueille l'intéréssé et sa famille à Flavignerot, atteste, par ailleurs, que les bénévoles qui véhiculent les enfants de M. D scolarisés à Dijon, ne sont pas en mesure de le conduire à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin pour satisfaire à son obligation de pointage. Enfin, il est établi par les pièces versées à l'instance que pour effectuer un aller-retour entre Flavignerot et Gevrey-Chambertin en bus, seul mode de transport accessible au requérant, celui-ci doit, compte tenu de la durée des trajets, des fréquences et du changement de bus à Dijon, quitter Flavignerot à 7 heures 16 et ne peut être de retour à son domicile avant 12 heures 34. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que ce temps de transport et de transit de plus de cinq heures qui lui est imposé quotidiennement six jours sur sept est disproportionné. Dans ces conditions, l'arrêté du 24 mars 2023 du préfet de la Côte-d'Or portant modification de l'assignation à résidence de M. D doit être annulé en tant qu'il fixe comme lieu de pointage la gendarmerie de Gevrey-Chambertin.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. D sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 24 mars 2023 du préfet de la Côte-d'Or portant modification de l'assignation à résidence de M. D est annulé en tant qu'il fixe comme lieu de pointage la gendarmerie de Gevrey-Chambertin.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le préfet de la Côte-d'Or sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Appaix.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le magistrat désigné,
O. BLe greffier,
J. Testori
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026