jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300846 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, M. A B, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence et d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne justifie pas que la commission du titre de séjour lui a transmis le procès-verbal enregistrant ses explications lors de la séance ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une décision du 24 avril 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- et les observations de Me Grenier, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais (RDC) né le 25 décembre 1978, déclare être entré en France au mois de février 2010 pour y solliciter l'asile. Il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours le 16 avril 2014, et d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai le 16 novembre 2016. Le 22 janvier 2021, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir recueilli, le 31 mai 2022, l'avis favorable de la commission du titre de séjour, le préfet de la Côte-d'Or a décidé, par un arrêté en date du 22 février 2023, de rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, de l'éloigner du territoire français dans un délai de trente jours et de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, le préfet de la Côte-d'Or a régulièrement donné délégation, par arrêté du 30 janvier 2023, publié le 2 février 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, à M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture, et en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de sa direction, notamment les décisions relatives au droit au séjour. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le secrétaire général n'aurait pas été absent ou empêché le 22 février 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C n'était pas compétente pour signer la décision de refus de séjour doit être écarté.
3. En deuxième lieu, en vertu du 4° de l'article L. 432-13 et du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour lorsque l'étranger justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".
4. Une irrégularité affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle a privé les intéressés d'une garantie.
5. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet disposait, avant son édiction, de l'avis de la commission du titre de séjour. Si le requérant soutient que le procès-verbal retraçant ses explications devant la commission du titre de séjour n'aurait pas été transmis au préfet, cette circonstance, à la supposer même établie, n'est pas susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision et n'a privé l'intéressé d'aucune garantie. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Le requérant se prévaut de la durée de sa présence en France depuis son arrivée en 2010, de la présence en France de son épouse en situation régulière et de son intégration eu égard à ses liens amicaux et familiaux sur le territoire, notamment avec ses deux sœurs de nationalité française et son frère titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 2 juin 2031. Toutefois, M. B, qui ne vit pas avec son épouse, ne justifie pas de la nature et de l'intensité de la relation qu'il entretient avec elle et n'apporte pas non plus d'éléments de nature à établir la réalité de ses liens avec ses sœurs et son frère présents sur le territoire. L'intéressé n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses enfants majeurs ainsi que d'autres membres de sa fratrie. Par ailleurs, s'il se prévaut de l'activité bénévole qu'il exerce depuis 2013 auprès du temple protestant de Chenôve et d'une promesse d'embauche pour exercer en qualité de conducteur manutentionnaire, l'intéressé s'est maintenu sur le territoire sans rechercher à régulariser sa situation depuis le 16 avril 2014, date à laquelle il a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour, et il ne justifie d'aucune intégration professionnelle. Dans ces conditions, en estimant que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels -la durée du séjour ne constituant pas de tels motifs-, le préfet de la Côte-d'Or, qui n'était pas lié par l'avis favorable émis par la commission du titre de séjour sur la situation de l'intéressé, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En dernier lieu, si M. B soutient que le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'il était célibataire, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que l'autorité administrative a tenu compte de la présence en France de son épouse. Ainsi, et alors même que la décision attaquée ne mentionne pas son mariage mais fait état d'un concubinage, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision refusant de délivrer à M. B un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision d'éloignement, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 7, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, les moyens invoqués, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, tirés de l'illégalité de cette décision, doivent être écartés.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre de ces mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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