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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300922

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300922

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023, M. C B, représenté par Me Dubersten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros, à verser à son avocate, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet, magistrat désigné, a présenté son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 25 août 1982, est entré régulièrement sur le territoire français le 16 mars 2022, accompagné de son épouse et de leurs quatre enfants mineurs. Le 18 mars 2022, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 29 juin 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 janvier 2023. Par un arrêté du 12 janvier 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

3. M. B séjourne sur le territoire français depuis un peu moins d'un an à la date de la décision attaquée. Il se prévaut de la scolarisation de ses quatre enfants mineurs au titre de l'année scolaire 2022-2023, toutefois, il ne justifie ni même n'allègue que ceux-ci ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Albanie, pays dont l'ensemble de la famille a la nationalité. En outre, par un jugement du même jour, le tribunal administratif de Dijon a rejeté le recours formé par l'épouse du requérant tendant à l'annulation de la décision similaire d'éloignement prise à son encontre par le préfet de Saône-et-Loire. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant, qui ne justifie d'aucune intégration particulière au sein de la société française, aurait tissé des liens anciens, stables et intenses sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour du requérant, la mesure d'éloignement ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive aux intérêts privés et familiaux de M. B au regard des buts en vue desquels la décision contestée a été prise, de sorte que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, il est en vain excipé de son illégalité au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. B fait valoir qu'il craint pour sa sécurité et celle de sa famille en cas de retour en Albanie, ayant fait l'objet de menaces et d'agressions, et son épouse ayant été victime d'un viol. Toutefois, l'intéressé n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément de nature à établir que lui ou son épouse encourraient des risques actuels en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, M. B, dont la demande d'asile a, au demeurant, été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant, entré récemment en France le 16 mars 2022, ne se prévaut pas de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français, que son épouse fait l'objet d'une mesure similaire d'éloignement dans le pays dont il a la nationalité, où il a vécu l'essentiel de son existence et où ses enfants mineurs pourront l'accompagner, et où il n'établit pas être isolé. Elle précise également que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. La décision litigieuse, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil du requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le magistrat désigné,

P. ALa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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