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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300926

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300926

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLUKEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. C B A, représenté par Me Lukec, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'autoriser à résider en France et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinés de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ; il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2023 à 12 heures 00.

Par une décision du 24 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cherief, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 31 décembre 1977, a sollicité le 30 septembre 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Par une décision du 24 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023, référencé 21-2023-01-30-00012, publié le 2 février 2023 au recueil des actes administratifs spécial référencé 21-2023-008 du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception de décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions des articles L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il examine la situation du requérant au regard de ces deux articles, et en particulier l'existence de circonstances exceptionnelles ou de motifs humanitaires susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour ainsi que les éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté attaqué est motivé, en droit et en fait, avec une précision suffisante pour permettre à M. B A d'en discuter utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B A est entré irrégulièrement en France le 8 mars 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 novembre 2011, rejet qui a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 27 novembre 2013. Il a sollicité une première demande de réexamen qui a été rejetée le 27 février 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision qui a également été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 juillet 2015. Il est constant que si l'intéressé est marié et a un enfant mineur, tant son épouse que son enfant vivent au Bangladesh, M. B A n'établissant pas, par les pièces qu'il verse au dossier, disposer de liens personnels intenses, stables et anciens sur le territoire français. A cet égard, si l'intéressé se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis douze années, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement qui ont été prononcées à son encontre par le préfet de la Côte-d'Or le 26 décembre 2013 et le 7 décembre 2015. Enfin, la circonstance alléguée que M. B A travaille en contrat à durée indéterminée depuis le 1er mars 2020 en qualité de serveur, à la supposer établie, n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, une insertion professionnelle particulière au sein de la société française. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ce qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus d'admission exceptionnelle au séjour :

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. En application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner si l'intéressé peut prétendre à une admission exceptionnelle au séjour, au titre de la vie privée et familiale, ou à défaut, au titre d'une activité salariée. Pour l'admission exceptionnelle au titre de la vie privée et familiale, l'autorité administrative doit examiner si les éléments de la situation personnelle de l'intéressé peuvent donner lieu à une admission exceptionnelle au séjour au regard de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Pour l'admission exceptionnelle au titre d'une activité salariée, l'autorité administrative doit examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi dont il se prévaut, de même que tout élément de sa situation personnelle peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. Pour des motifs identiques à ceux exposés au point 6 du présent jugement,

M. B A n'est pas fondé à faire valoir que le préfet de la Côte-d'Or aurait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. M. B A ne fait état d'aucun risque qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. A cet égard, si le requérant fait valoir qu'il a sollicité le bénéfice de l'asile dès son arrivée sur le territoire français, ses demandes ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Dès lors, son conseil est fondé à se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que

M. B A soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte d'Or sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Lukec.

Copie du jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

lc

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