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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300954

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300954

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDJERMOUNE YASSINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête enregistrée le 9 avril 2023 sous le n° 2300954, M. C B, représenté par Me Djermoune, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi u 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne permettent pas de prononcer une assignation à résidence pour une durée supérieure à 45 jours.

II/ Par une requête enregistrée le 16 juin 2023 sous le n° 2301678, M. C B, représenté par Me Djermoune, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi u 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne permettent pas de prononcer une assignation à résidence pour une durée supérieure à 45 jours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A seul été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 20 septembre 2000, est entré en France le 1er février 2016 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Côte-d'Or le 11 février suivant. Par un arrêté du 4 février 2019, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an. La légalité de cet arrêté a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon n° 19LY04157 en date du 25 août 2020. A la suite d'un contrôle d'identité, M. B s'est vu notifier, le 2 janvier 2023, un second arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de dix-huit mois, ainsi qu'un arrêté portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours, laquelle a été renouvelée pour la même durée le 8 février 2023. Le 23 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or a assigné M. B à résidence pour une durée de six mois, puis, le 4 avril 2023, l'a placé en rétention administrative dans l'attente d'un vol à destination du Mali. L'intéressé ayant refusé d'embarquer le 7 avril 2023, il a de nouveau, par arrêté du même jour, été assigné à résidence pendant une durée de six mois. Il a ensuite été placé en rétention administrative le 26 mai 2023 et, le 30 mai suivant, il a refusé de se soumettre à l'obligation préalable d'effectuer un test de dépistage du coronavirus avant l'embarquement. Le même jour, le préfet de la Côte-d'Or a édicté à son encontre un arrêté portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. Cet arrêté a été annulé par la magistrate désignée du tribunal administratif de Dijon par jugement du 5 juin 2023. Par arrêté du 13 juin 2023, M. B a de nouveau été assigné à résidence pour une durée de six mois. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre afin qu'il y soit statué par un jugement unique, M. B demande l'annulation des arrêtés du 7 avril 2023 et 13 juin 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 7 avril 2023 :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il rappelle le parcours de M. B, notamment les précédentes mesures d'éloignement et d'assignation à résidence dont il a fait l'objet, ainsi que les éléments relatifs à sa situation personnelle. Il indique enfin que M. B est démuni de documents d'identité et de voyage et qu'il est dans l'impossibilité de quitter immédiatement le territoire français. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté du 7 avril 2023 que la mesure d'assignation qu'il prononce se fonde sur les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur celles de l'article L. 731-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 731-1 et L. 732-3 de ce code est inopérant.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il rappelle le parcours de M. B, notamment les précédentes mesures d'éloignement et d'assignation à résidence dont il a fait l'objet, ainsi que les éléments relatifs à sa situation personnelle. Il indique enfin que M. B est démuni de documents d'identité et de voyage et qu'il est dans l'impossibilité de quitter immédiatement le territoire français. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé.

7. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 13 juin 2023 que la mesure d'assignation qu'il prononce se fonde sur les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur celles de l'article L. 731-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 731-1 de ce code est inopérant.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

8. M. B a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'affaire n°2301678, mais aucune demande d'aide juridictionnelle n'a été enregistrée à son nom auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle ne peut dès lors, en tout état de cause, qu'être rejetée.

9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er: La demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée dans la requête n° 2301678 est rejetée.

Article 2: Les requêtes n°2300954 et n° 2301678 de M. B sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

M-E A

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

N°2300954 N°2301678

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