jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2023, Mme E C, représentée par Me Moundounga, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 231-1 à L. 237-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît également l'article L. 423-23 du même code et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- cette décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête de Mme C.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 13 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
La clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023 par une ordonnance du 4 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui,
- et les observations de Me Moundounga, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante ivoirienne, est entrée en France de manière régulière le 6 octobre 2015. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le 18 mars 2022. Par un arrêté du 13 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à l'intéressée un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 24 octobre 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à
Mme A D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment tous actes relevant de cette direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique notamment, après avoir rappelé les conditions dans lesquelles la requérante est arrivée sur le territoire français, que celle-ci ne démontre pas avoir tissé des liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses qui justifieraient son admission au séjour, que la présence en France de sa mère adoptive, qui l'a adoptée à l'âge de 42 ans, ne peut suffire à caractériser un ancrage en France de ses intérêts privés et familiaux et qu'elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales en Côte-d'Ivoire. Cette décision précise également que l'intéressée ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels pouvant la faire admettre à titre exceptionnelle au séjour. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
4. En troisième lieu, Mme C soutient que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 231-1 à L. 237-1 et R. 231-1 à R. 237-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, compte tenu de son adoption par sa tante de nationalité française, elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Toutefois, les dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas vocation à s'appliquer aux ressortissants français et aux membres de leur famille mais seulement aux ressortissants, et aux membres de leur famille, des autres Etats membres de l'Union européenne.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Mme C soutient qu'à la suite du décès de sa mère, survenu alors qu'elle n'avait que dix ans, elle a été élevée et prise en charge, en Côte-d'Ivoire, par sa tante, Mme B, ressortissante française, que depuis son arrivée sur le territoire français en 2015, elle réside auprès d'elle et de ses cousins et qu'elle a fait l'objet d'une adoption simple par cette tante en 2022. Toutefois, la requérante, arrivée en France à l'âge de 35 ans, est célibataire et sans charge de famille. La seule présence en France de sa tante, devenue sa mère adoptive en 2022, alors qu'elle était âgée de 42 ans, et des enfants de celle-ci, que la requérante dit considérer comme ses frères et sœurs, n'est pas suffisante pour considérer que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait désormais en France. Mme C n'établit pas être isolée en Côte-d'Ivoire, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans avant de rejoindre le Brésil où elle a vécu pendant six ans. Dès lors, et bien que Mme C justifie avoir engagé diverses démarches pour s'insérer dans la société française, elle ne justifie pas de l'existence de liens personnels et familiaux intenses et stables en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le refus de titre de séjour litigieux aurait été pris en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'obligation faite à un étranger de quitter le territoire français n'a pas à comporter une motivation spécifique distincte de celle du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde si ce dernier est suffisamment motivé. Celui-ci étant suffisamment motivé ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision d'éloignement n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Enfin, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, en conséquence, qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2023 du préfet de Saône-et-Loire. Ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Zupan, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
Le rapporteur,
N. ZEUDMI SAHRAOUI
Le président,
D. ZUPANLa greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
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