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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301052

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301052

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantASTERIO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 19 avril 2023 et un mémoire enregistré le 3 juin 2024,

M. A B représenté par Me D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du 25 octobre 2022 de la communauté d'agglomération

Le-Grand-Chalon approuvant la révision générale du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant qu'elle classe, sur la commune de Demigny, la parcelle H 942 en zone Nj, la parcelle H 943 en zone Nl et en zone UEc et crée l'emplacement réservé n°6, ensemble, la décision du

22 février 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les modifications du projet approuvé par rapport au projet arrêté ne procèdent pas de l'enquête publique, en violation de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme et il s'agit de modifications substantielles, qui auraient justifié une nouvelle enquête publique, ont été apportées au projet ;

- le classement de ces parcelles est en contradiction avec le programme local de l'habitat annexé au PLUi, puisqu'il fait disparaitre la quasi-totalité des possibilités de construction au sein de la commune de Demigny ;

- la création d'un emplacement réservé sur la parcelle H 943 n'est justifiée par aucun parti d'urbanisme et aucun élément n'est apporté sur la réalité du projet de création d'un parc de loisirs sur cette parcelle ;

- le classement des parcelles H n°942 et n°943 en zone naturelle, et pour partie en zone UEc ne correspond pas à la réalité de ces parcelles, qui sont des dents creuses en zone urbaine, et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 juillet 2023 et le 3 juillet 2024, la communauté d'agglomération Le Grand Chalon représentée par Me Bracq conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. B ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- les observations de Mme D, représentant M. B et de Me Hakes représentant la communauté d'agglomération Le Grand Chalon.

Considérant ce qui suit :

1.La communauté d'agglomération Le Grand Chalon a approuvé la révision générale du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) par délibération du 25 octobre 2022. Ce PLUi couvre notamment la commune de Demigny. M. B, propriétaire des parcelles H 942 et H 943, demande l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe, dans cette commune, la parcelle

H 942 en zone Nj, la parcelle H 943 pour partie en zone Nl et pour partie en zone UEc et crée l'emplacement réservé n°6, ensemble, la décision du 22 février 2023 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête publique, ce projet, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par délibération de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou du conseil municipal ".

3. Il résulte de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme que le projet de PLU ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les parcelles du requérant étaient, dans le projet arrêté avant enquête publique, classées en zone Nj, définie comme une zone naturelle de jardin, et pour une partie de la parcelle H 943 en zone UEC, qui est une zone dédiée aux équipements communs. L'autre partie de cette parcelle a été, après enquête publique, classée en zone Nl, définie comme une zone naturelle dédiée aux sports et aux loisirs, et un emplacement réservé a été instauré sur l'ensemble de cette parcelle. Comme le requérant l'indique lui-même, cette modification résulte du choix du Grand Chalon de suivre l'avis de la commune de Demigny, qui a émis un avis favorable au projet sous réserve d'un reclassement de la parcelle H 943 en zone Nl et la création d'un emplacement réservé. Cet avis était joint au dossier d'enquête publique, ce qui a mis M. B en mesure d'en prendre connaissance et de faire valoir des observations sur cet avis. Si ce dernier soutient que " au regard de la chronologie de la procédure ", ni le public ni les personnes publiques associées n'ont pu se prononcer sur cette proposition, il ne résulte d'aucune disposition que les avis des personnes publiques émis dans le cadre de l'enquête publique devraient faire l'objet d'une procédure de consultation spécifique.

5. S'il est également soutenu que les modifications apportées au projet étaient substantielles, ce qui aurait justifié une nouvelle enquête publique, il ressort des pièces du dossier que le classement en zone NI et la création d'un emplacement réservé sur la parcelle H 943 ont pour objet de créer sur cette parcelle un parc public, et des équipements publics associés à ce parc. Cette modification, qui n'affecte de manière significative ni les possibilités de construire ni la vocation de cette zone, ne peut être regardée comme remettant en cause l'économie générale du projet.

6. Il est enfin soutenu qu'à l'échelle globale, il a été procédé à des modifications conséquentes du zonage, notamment pour les zones naturelles et agricoles dont certaines ont été supprimées, d'autres ajoutées, des espaces boisés classés, des emplacements réservés, de certains éléments protégés, des orientations d'aménagement et de programmation (OAP), et de certaines prescriptions réglementaires. M. B se borne toutefois à dénombrer les modifications apportées au PLUi après enquête publique sans identifier de manière précise celles qui auraient selon lui pour effet de remettre en cause l'économie générale du projet, et ne soulève ainsi qu'une argumentation générale qui ne saurait tenir lieu d'une démonstration suffisante.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le moyen tiré des vices de procédure qui auraient entaché la procédure d'élaboration du PLUi doit être écarté dans toutes ces branches.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : () 4° Les programmes locaux de l'habitat prévus à l'article L. 302-1 du code de la construction et de l'habitation. () ".

9. Le plan local de l'habitat fait état, pour la commune de Demigny, d'un besoin de

58 logements à l'horizon 2030, et des besoins immédiats de 29 logements en 2025. Il identifie un potentiel de 36 logements dans des dents creuses et 38 logements en zone AU. Si une partie de la zone AU a été reclassée en zone 2AU, ouverte à l'urbanisation sous réserve de la réalisation de travaux de desserte par les réseaux, il n'en demeure pas moins que les besoins immédiats peuvent être satisfaits uniquement par la mobilisation des dents creuses, de sorte qu'il n'existe aucune incompatibilité entre le PLUi et le plan local de l'habitat.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : () 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; () ".

11. L'intention d'une commune de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé en application de ces dispositions, sans qu'il soit besoin pour la commune de faire état d'un projet précisément défini. Toutefois, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur le caractère réel de l'intention de la commune.

12. En l'espèce, le projet d'aménagement et de développement durables fixe notamment des objectifs visant à mettre en valeur un développement urbain maîtrisé et cohérent et à ce titre "développer l'offre d'espaces verts et de nature " ainsi que les usages de loisirs. Le projet de la commune de Demigny s'inscrit dans cet objectif, et il ressort des pièces du dossier que la parcelle

H 943 est incluse dans une vaste zone vierge de construction, largement arborée. Il ne résulte d'aucun élément que l'intention de la commune de créer un emplacement réservé sur cette parcelle en vue de la création d'un parc de loisirs, exprimée dans le cadre de l'élaboration du PLUi, serait inspirée par des considérations étrangères à l'intérêt général.

13. Il résulte de ce qui précède que la création de l'emplacement réservé en litige n'est entachée ni d'erreur manifeste d'appréciation ni d'un détournement de pouvoir.

14. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient M. B et ainsi qu'il a été dit au point 12, les parcelles H 942 et H 943 forment un vaste espace arboré et vierge de construction. Si elles sont situées à proximité immédiate du centre de la commune, elles sont bordées d'autres vastes zones actuellement non construites, et ne peuvent être regardées comme formant une dent creuse au sein du tissu urbain. Le classement de ces parcelles en zone Nj et Nl, qui est en cohérence avec l'objectif du projet d'aménagement et de développement durables mentionné au point 12, n'apparait entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Quant au classement en zone UEc, celui-ci a pour objet de permettre la réalisation d'équipements pour le futur parc de loisirs, et n'apparait dès lors pas davantage entaché d'erreur manifeste d'appréciation, quand bien même la nature exacte de ces équipements n'est pas, à ce stade, déterminée.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

Sur les frais liés au litige :

16.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Le Grand Chalon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. B d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération Le Grand Chalon et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera une somme de 1 500 euros à la communauté d'agglomération Le Grand Chalon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération Le Grand Chalon.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Céline Frey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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