jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301064 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Lukec, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet a entaché son arrêté d'erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation privée et familiale au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une décision du 9 mai 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 21 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2023.
Un mémoire a été enregistré le 17 octobre 2023 pour le préfet de la Côte-d'Or, représenté par Me Rannou, et, l'instruction étant close, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante tunisienne née le 27 décembre 1958 à Khelidia, est entrée régulièrement en France le 12 août 2016 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 10 septembre 2016. Le 30 septembre 2021, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A en demande l'annulation en tant seulement qu'il lui refuse un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le signataire de l'arrêté attaqué, M. Frédéric Carré, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, a été investi par le préfet de la Côte-d'Or d'une délégation à cet effet en vertu d'un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 2 février suivant, du reste visé par la décision en litige et aisément consultable en ligne. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
5. L'arrêté attaqué, qui refuse la délivrance d'un titre de séjour à Mme A et lui fait obligation de quitter le territoire français, vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment son article L. 423-23 et le 3° de son article L. 611-1. Il rappelle le parcours migratoire de Mme A et indique qu'elle a sollicité, le 30 septembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté expose ensuite la situation familiale et professionnelle de Mme A et en conclut qu'elle ne peut se voir octroyer le titre sollicité. Ainsi, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour de la requérante mentionne avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Compte tenu des dispositions citées au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont suffisamment motivées.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées, ni que le préfet de la Côte-d'Or, qui n'y était pas tenu, ait examiné d'office cette possibilité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.
8. En quatrième lieu, contrairement à ce que fait valoir la requérante, la circonstance qu'elle justifierait d'une ancienneté de séjour de plus de cinq ans ne lui donne pas droit, par elle-même, à la régularisation de sa situation. En outre, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée, qui témoigne que la durée de présence en France de Mme A a dûment été prise en compte, ni des autres pièces du dossier que le préfet aurait négligé de procéder à un examen attentif et particulier de sa situation personnelle. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur de droit.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Mme A, célibataire et sans charge de famille, se prévaut de sa durée de présence en France et de sa sœur, de nationalité française et âgée de soixante-neuf ans, chez qui elle réside avec ses quatre neveux et nièces, tous majeurs. Toutefois, la seule présence de certains membres de sa famille ne saurait lui conférer, en tant que telle, un droit au séjour, alors qu'il n'est pas établi, cela quand bien même ses parents seraient décédés, qu'elle serait isolée en cas de retour en Tunisie, où elle a résidé jusqu'à l'âge de cinquante-sept ans et où sont établis, selon les mentions non contestées de l'arrêté en litige, quatre autres membres de sa fratrie. Il n'est pas davantage démontré ni même allégué que la sœur de Mme A et ses enfants seraient dans l'impossibilité de lui rendre visite en Tunisie. Si l'intéressée produit également plusieurs attestations de personnes qu'elle présente comme des amis, ces témoignages sont insuffisants pour justifier de liens amicaux d'une particulière intensité en France. En outre, la seule circonstance qu'elle soit bénévole auprès du Secours populaire et qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche ne suffit pas à caractériser une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2023.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Lukec.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2301064
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