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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301087

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301087

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantPHAM-MINH MARIE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a été saisi d’un recours en excès de pouvoir par Mme D, agent du ministère de l’éducation nationale, contre le refus du ministre de l’agriculture de lui accorder la protection fonctionnelle. Elle invoquait des faits de harcèlement moral et des propos diffamatoires de la part de sa supérieure hiérarchique. Le tribunal a rejeté sa demande, estimant que les éléments fournis, notamment des attestations de collègues, ne permettaient pas de présumer l’existence d’agissements répétés de harcèlement moral dirigés personnellement contre elle. La décision s’appuie sur les articles L. 133-2 et L. 134-5 du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, membre du corps des personnels de direction du ministère de l'éducation nationale depuis 2009, a été détachée à compter du 1er septembre 2022 sur le poste de directrice adjointe à la formation initiale au sein de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) de la Barotte Haute Côte d'Or à Châtillon-sur-Seine. Le 18 octobre 2022, l'intéressée a informé la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) Bourgogne Franche-Comté qu'elle exerçait son droit de retrait. Le 9 novembre 2022, elle a ensuite sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle, en se prévalant de propos diffamatoires et d'une insulte survenus à l'occasion d'un entretien avec Mme C, directrice d'établissement, le lundi 10 octobre 2022 et, plus généralement, d'agissements de harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique directe. Le 9 décembre 2022, la DRAAF a donné une suite favorable à l'expression du droit de retrait de Mme D jusqu'à la fin de l'enquête administrative diligentée au sein de l'EPLEFPA de la Barotte. Par une décision du 17 février 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a rejeté la demande de protection fonctionnelle de l'intéressée. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision du 17 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article L. 134-5 du même code, rendues applicables aux praticiens hospitaliers par l'article L. 6152-4 du code de la santé publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".

3. D'une part, ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. En premier lieu, Mme D soutient que, dès ses premiers jours de travail au sein de l'EPLEFPA de la Barotte, elle a rencontré des difficultés avec le service de la vie scolaire du lycée, caractérisées notamment par le refus du conseil principal d'éducation (CPE) et de la technicienne de formation et de recherche (TFR) vie scolaire de participer à l'organisation de la journée d'intégration des élèves et plus généralement par un refus systématique de ces deux agents de respecter son autorité hiérarchique. L'intéressée expose que face à cette situation, la directrice d'établissement, Mme C, ne lui a apporté aucun soutien, lui imputant au contraire la responsabilité de ces difficultés, et que leur désaccord s'est cristallisé à l'occasion d'un entretien ayant eu lieu le 10 octobre 2022 au cours duquel Mme C aurait remis en cause son positionnement professionnel et comparé ses méthodes managériales à celles de la Gestapo. A l'appui de ces allégations, Mme D produit un document, dont elle est l'auteure, retraçant la chronologie des faits tels qu'elle les a vécus entre son arrivée dans l'établissement et l'exercice de son droit de retrait ainsi que des attestations de collègues qui, s'ils témoignent de dysfonctionnements au sein de l'établissement et de problématiques managériales, ne sont pas de nature à faire présumer l'existence de faits susceptibles d'être considérés comme des agissements répétés de harcèlement moral, dirigés personnellement contre Mme D.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de l'inspection de l'enseignement agricole menée du 21 au 23 février 2023, que les inspecteurs ont relevé une crise sociale profonde au sein de l'établissement, affectant particulièrement Mme C, directrice de l'EPLEFPA, Mme D, directrice adjointe en charge de la formation initiale, ainsi que les personnels administratifs, le service vie scolaire et l'équipe enseignante. Ce rapport met notamment en cause les méthodes managériales de Mme C, directrice de l'EPLEFPA, qui " s'appuie sur quelques personnels de " confiance ", sur l'adhésion d'une majorité de la communauté éducative et semble tendre à exclure ceux qui ne partagent pas ses opinions ", ainsi que le positionnement du CPE, dont " le sens du service [] interroge au regard de sa méconnaissance des textes règlementaires [] et de ses positions affirmées en matière éducatives construites avec sa seule expérience d'éducateur spécialisé ", et relève que l'absence de fiches de poste et de définition claire des positionnements et responsabilités des agents a été de nature à créer de la confusion dans les relations d'autorité, ce qui a généré des conflits. Il ressort également de ce rapport que le positionnement de Mme D a été perçu dès son arrivée comme " imposant un modèle d'autorité descendant " générateur de conflits avec l'équipe enseignante et que les divergences de stratégie managériale avec la directrice d'établissement ont créé un sentiment de malaise au sein de l'ensemble de l'équipe de direction, lequel a contribué à dégrader le climat social de l'établissement. Si les constats et les conclusions de ce rapport d'inspection mettent en évidence des dysfonctionnements majeurs dans l'organisation et le management de l'établissement, ils ne sont pas de nature à caractériser des faits répétés de harcèlement moral personnellement dirigés contre Mme D.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que les éléments de fait soumis au juge par Mme D ne suffisent pas à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral tandis que le rapport d'inspection produit en défense démontre que les agissements dont se plaint l'intéressée résultent de dysfonctionnements du service étrangers à tout harcèlement. Par suite, en estimant que Mme D n'apportait pas suffisamment d'éléments plausibles permettant de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation.

8. En dernier lieu, la circonstance que la directrice de la DRAAF de Bourgogne-Franche-Comté a accueilli favorablement l'expression par Mme D de son droit de retrait dans l'attente des conclusions de l'inspection administrative est sans incidence sur la légalité de la décision, prise à l'issue de cette inspection, refusant d'accorder à l'intéressée le bénéfice de la protection fonctionnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande Mme D au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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