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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301144

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301144

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationREFERE
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. - Par une requête enregistrée le 27 avril 2023 sous le n° 2301144, Mme F B, représentée par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 25 avril 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a assigné l'obligation de quitter le territoire français, cela sans délai, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et a prescrit à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

3°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans les quinze jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

•est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

•est insuffisamment motivée ;

•est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

•est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

•méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

•est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

•est insuffisamment motivée ;

•méconnaît les articles L. 612-6 et L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

II. - Par une requête enregistrée le 27 avril 2023 sous le n° 2301145, Mme B, représentée par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 25 avril 2023, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assignée à résidence dans l'arrondissement de Mâcon pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

•est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

•est insuffisamment motivée ;

•méconnaît l'article L. 731-1 et est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. D, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui s'en est rapporté au mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née en 1995 et de nationalité ivoirienne, est entrée régulièrement en France le 25 mars 2023 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable jusqu'au 27 avril 2023 et autorisant vingt jours de présence. Elle a été interpellée le 25 avril 2023 et s'est vu notifier le jour même un arrêté du préfet de la Côte-d'Or lui assignant l'obligation de quitter sans délai le territoire français, désignant le pays à destination duquel elle serait renvoyée d'office et prescrivant à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an. Elle conteste cet arrêté par la requête n° 2301144. Par un arrêté du même jour, dont Mme B demande l'annulation au moyen de la requête n° 2301145, le préfet de Saône-et-Loire, département dans lequel elle a indiqué lors de son audition avoir élu domicile, l'a assignée à résidence dans l'arrondissement de Mâcon pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Les requêtes nos 2301144 et 2301145 sont relatives à la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 11 juillet 1990 visée ci-dessus.

Sur la légalité de l'arrêté d'éloignement pris par le préfet de la Côte-d'Or :

En ce qui concerne le moyen visant l'arrêté attaqué dans son ensemble :

4. M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, est investi d'une délégation de signature du préfet de la Côte-d'Or en vertu d'un arrêté du 30 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Côte-d'Or et aisément consultable en ligne, à l'effet de signer tous actes dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il assigne à Mme B l'obligation de quitter le territoire français, vise les textes dont il fait application, retrace la situation administrative de l'intéressée, mentionne que son visa n'a plus cours et qu'elle n'a pas engagé de démarches à l'effet de régulariser son séjour. Il a ainsi été satisfait à l'exigence de motivation imposée en la matière par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En second lieu, il ne résulte ni de la motivation de la décision contestée, quand bien même elle ne fait pas mention du risque de mariage forcé que Mme B dit encourir en cas de retour dans son pays, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait négligé de procéder à un examen attentif et sérieux de la situation de l'intéressée avant de prescrire son éloignement.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas l'annulation, compte tenu de ce qui a été énoncé aux points précédents, le moyen par lequel il est excipé de son illégalité ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes, en second lieu, de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

9. En l'espèce, si Mme B fait valoir qu'elle est titulaire d'un passeport en cours de validité et qu'elle réside au domicile d'un compatriote titulaire d'un titre de séjour, exerçant en outre une activité professionnelle stable, il est constant qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français au-delà de la durée de présence en France qu'autorisait son visa et n'a entamé aucune démarche en vue de régulariser sa situation. Par ailleurs, elle a explicitement déclaré, lors de son audition par les services de police, ne pas vouloir retourner en Côte-d'Ivoire, propos du reste corroboré par la mention qu'elle a elle-même portée sur l'acte de notification de l'arrêté d'assignation à résidence. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, refuser à Mme B l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la désignation du pays de renvoi :

10. La mesure d'éloignement n'encourant pas l'annulation, compte tenu de ce qui a été précédemment énoncé, Mme B n'est pas fondée à exciper de son illégalité pour contester la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Si la présence en France de Mme B ne représente en rien une menace pour l'ordre public, comme l'indique d'ailleurs l'arrêté attaqué lui-même, l'intéressée ne peut se prévaloir ni d'une ancienneté de séjour ni d'attaches particulières sur le territoire national, le concubinage allégué avec un compatriote n'étant pas établi et ne pouvant se déduire de la seule circonstance qu'elle vit sous son toit depuis quelques semaines. Elle avait d'ailleurs présenté cette personne, lors de son audition, comme étant, non pas son compagnon, demeuré en Côte-d'Ivoire, mais le frère cadet de celui-ci. Dans ces conditions, il n'apparaît pas qu'en fixant à un an la durée pendant laquelle Mme B ne pourra revenir en France, le préfet de la Côte-d'Or ait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence pris par le préfet de Saône-et-Loire :

13. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Saône-et-Loire, lequel est aisément accessible en ligne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E C, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer les actes relevant des attributions de ce service, au nombre desquelles figurent les mesures d'assignation à résidence des étrangers visés par une mesure d'éloignement. Ainsi, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

14. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes mis en œuvre, mentionne l'arrêté d'éloignement pris par le préfet de la Côte-d'Or à l'encontre de Mme B, souligne que cette dernière ne s'est pas vu accorder un délai de départ volontaire et indique que les modalités d'organisation de son retour en Côte-d'Ivoire sont inconnues mais que son départ demeure une perspective raisonnable, enfin, qu'elle dispose d'une adresse fiable. Cette motivation, en la matière imposée en la matière par l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisante.

15. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

16. Pour arguer de la méconnaissance de ce texte, Mme B se borne à exciper de l'illégalité de la décision du préfet de la Côte-d'Or lui refusant un délai de départ volontaire. Ce moyen doit être écarté pour les motifs exposés aux points 6 à 8 ci-dessus.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée, par les moyens qu'elle invoque, à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 25 avril 2022 et de l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du même jour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions en injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme B ou à son avocate, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au même titre par le préfet de la Côte-d'Or.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requête nos 2301144 et 2301145 présentées par Mme B sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à Me Mifsud, au préfet de la Côte-d'Or et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le président-rapporteur,

D. A

Le greffier

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or et au préfet de Saône-et-Loire, chacun en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2301144-2301145

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