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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301154

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301154

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationREFERE
Avocat requérantSELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, Mme E B, représenté par Me Dandon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés, en date du 28 avril 2022, par lesquels le préfet du Doubs, d'une part, a prescrit sa remise aux autorités belges, d'autre part, l'a assignée à résidence dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois ;

2°) de faire injonction au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans les quinze jours suivant la notification du jugement à venir ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas démontré que l'administration lui a donné lecture des brochures d'information prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- il n'est pas démontré que l'entretien prévu par l'article 5 du même règlement s'est déroulé selon les prévisions de ce texte, qu'il a été conduit par un agent qualifié, qu'un résumé en a été rédigé et qu'il a permis l'obtention des informations requises ;

- il n'est pas justifié d'une demande de prise en charge auprès des autorités belges, non plus que de la notification de leur accord implicite, de sorte que l'arrêté de transfert est entaché d'erreur de fait et de violation des articles 21 et suivants du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté de transfert est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du même règlement ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est dépourvu de base légale du fait de l'illégalité de l'arrêté de transfert.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'Etat responsable de leur traitement (métropole) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Cordin, pour Mme B, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née en 1978 et de nationalité burkinabée, est entrée en France à une date inconnue, munie d'un visa délivré par les autorités consulaires belges à Ouagadoudou, et a déposé une demande d'asile le 5 avril 2023. La Belgique, dès lors considérée comme responsable de cette demande d'asile en vertu des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit " D A ", a été saisie d'une demande d'accord de prise en charge de l'intéressée. Par deux arrêtés du 28 avril 2023, le préfet du Doubs a, d'une part, prescrit le transfert de Mme B aux autorités belges et, d'autre part, l'a assignée à résidence dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois. Mme B demande l'annulation de ces deux arrêtés

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 11 juillet 1990 visée ci-dessus.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté de transfert :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit " D A " : " Droit à l'information : 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 4. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu remettre, lors du dépôt de sa demande d'asile, deux brochures dites A et B, intitulées respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande '" et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". La signature de Mme B sur ces brochures, corroborée par les mentions portées sur le résumé de l'entretien individuel, attestent, sans que la preuve contraire en soit rapportée, que les informations requises par les dispositions précitées ont été portées à sa connaissance, cela en langue française, dont elle a déclaré avoir la pratique. En outre, l'intéressée s'est vu remettre ces informations le 5 avril 2023 et la décision de transfert n'a été prise que le 28 du même mois, de sorte qu'elle a disposé de ces informations en temps utile. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 ne peut être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié, lors du dépôt de sa demande d'asile, de l'entretien individuel prévu par les dispositions citées ci-dessus. Il n'est pas établi que Mme B n'aurait pas été en capacité de comprendre les informations qui lui ont été délivrées à cette occasion et de faire valoir toutes observations utiles relatives à sa situation. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne permet de considérer que l'entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée au sens des dispositions de l'article 5 du règlement précité, qui n'ont donc pas été méconnues.

7. En troisième lieu, d'une part, à supposer même que Mme B, en faisant valoir qu'elle n'est jamais allée en Belgique, ait entendu contester la désignation de cet Etat comme devant assurer sa prise en charge, cette allégation est en tout état de cause sans portée utile sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que la seule détention d'un visa en cours de validité délivré par les autorités consulaires belges suffit à désigner ce pays comme étant l'Etat responsable de sa demande d'asile en vertu de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013, selon lequel : " Si le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ".

8. D'autre part, il est justifié par le préfet du Doubs de la saisine des autorités belges afin qu'elles donnent leur accord à la prise en charge de Mme B et de l'existence de cet accord, délivré de manière explicite le 21 avril 2023. Le moyen tiré d'une erreur de fait quant à l'existence et à l'opposabilité de cet accord, d'où s'induirait en outre la violation des article 21 et suivants du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ne peut dès lors qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, l'article 17 du même règlement dispose : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Si la mise en œuvre de ces dispositions doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ", la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. En l'espèce, Mme B fait valoir qu'elle n'a aucune attache en Belgique et qu'elle a au contraire en France des " amis proches ", avec lesquels elle entretient des " liens forts et étroits ". Cette allégation n'est cependant corroborée par aucun commencement de preuve et, en tout état de cause, de tels liens amicaux ne peuvent suffire à caractériser une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 précité du règlement " Dublin A ".

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation :

11. L'arrêté de transfert n'encourant pas l'annulation, compte tenu de ce qui a été précédemment énoncé, Mme B n'est pas fondée à exciper de son illégalité pour contester la mesure d'assignation à résidence.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du préfet du Doubs du 28 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions en injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme B ou à son avocate, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de MmeYara est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à Me Dandon et au préfet du Doubs.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet de l'Yonne et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le président-rapporteur,

D. C

La greffière

L. LELONG

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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