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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301229

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301229

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, Mme A C, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- cet arrêté est illégal par voie de conséquence de l'arrêté du 13 février 2023 prononçant son transfert aux autorités italiennes, dès lors que ce dernier est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de droit, faute de comporter une durée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que son transfert en Italie demeure une perspective raisonnable, alors que l'Italie refuse tout transfert depuis le mois de décembre 2022 et que l'état d'urgence migratoire a été décrété en avril 2023 ;

- les modalités d'exécution de cette assignation sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté du 13 février 2023 par la voie de l'exception est irrecevable dès lors que cet arrêté est devenu définitif ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La procédure a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 9 mai 2023 à 13 h 40.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Si Hassen, représentant Mme C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur le fait que l'éloignement de la requérante n'est pas une perspective raisonnable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise née le 30 juin 1992 à Kinshasa, a présenté une demande d'asile le 24 novembre 2022. Par un arrêté du 13 février 2023, le préfet du Doubs a ordonné son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et, par un arrêté du même jour, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le préfet du Doubs a ensuite renouvelé cette assignation pour la même durée à compter du 31 mars 2023 par un arrêté du 13 mars 2023. L'article 2 de son dispositif fait obligation à Mme C de se présenter, chaque jour de la semaine, du lundi au vendredi entre 8 heures et 12 heures, au commissariat de police de Mâcon et l'article 4 interdit à l'intéressée de sortir du département de Saône-et-Loire sans autorisation. L'arrêté en litige, daté du 19 avril 2023 et notifié le 3 mai suivant, modifie l'article 2 de l'arrêté du 13 mars 2022, et impose désormais à Mme C de se présenter à la gendarmerie de Chatillon-sur-Seine, tandis que l'article 4 lui interdit de sortir du département de la Côte-d'Or sans autorisation. Par la présente requête, Mme C en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen () ". En vertu de l'article L. 573-2 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7 ". En vertu de l'article L. 751-2 de ce code : " () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". Selon l'article L. 732-1 du même code, rendu applicable aux assignations à résidences prises sur le fondement de l'article L. 751-2 par l'article L. 751-4 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

5. En l'espèce, la décision en litige, qui se borne à modifier le lieu de présentation quotidienne de l'intéressée ainsi que le département dans lequel elle doit demeurer, vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 751-2. Elle précise que Mme C, qui réside à Chatillon-sur-Seine, a fait l'objet d'une mesure de transfert en Italie le 13 février 2023, qu'elle a été assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par arrêté du 13 février 2023 dans l'attente de l'exécution de ce transfert, auquel elle ne s'est toujours pas conformée, que les contraintes matérielles liées à l'organisation de son départ nécessitent la prolongation de son assignation à résidence et que l'exécution de la mesure de transfert en Italie demeure une perspective raisonnable. Par suite, et alors que le préfet du Doubs n'était pas tenu de justifier les modalités de présentation aux services de gendarmerie qu'il a retenues, cette décision est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux assignations à résidence prises sur le fondement de l'article L. 751-2 en vertu de l'article L. 751-4, l'assignation à résidence " ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

7. Ainsi qu'il a été dit, l'arrêté attaqué du 19 avril 2023 se borne à modifier l'article 2 de l'arrêté du 13 mars 2023 ainsi que le département en dehors duquel Mme C ne peut se déplacer sans autorisation, sans prolonger la durée de l'assignation à résidence, renouvelée pour une durée de quarante-cinq jours décomptés à partir du 31 mars 2023 par l'arrêté du 13 mars 2023. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que le préfet du Doubs a commis une erreur de droit en l'assignant à résidence pour une durée illimitée.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision de transfert est notifiée avec une décision d'assignation à résidence édictée en application de l'article L. 751-2, ou une décision de placement en rétention édictée en application de l'article L. 751-9, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la décision. () ".

9. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

10. En l'espèce, l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet du Doubs a prononcé le transfert de Mme C aux autorités italiennes lui a été notifié le jour même à 9 heures 35 avec la mention des voies et délais de recours par un agent des services de la préfecture, assortie d'une décision d'assignation à résidence prise le même jour. Cette notification ayant eu pour effet de faire courir le délai de recours contentieux de quarante-huit heures imparti par les dispositions précitées de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cet arrêté est devenu définitif le 15 février 2023 à 9 heures 35. Par suite, et ainsi que le fait valoir en défense le préfet du Doubs, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision par la voie de l'exception, soulevé le 5 mai 2023, est irrecevable et ne peut qu'être écarté.

11. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté attaqué ne fait que modifier le lieu de présentation quotidienne de Mme C ainsi que le département dans lequel elle est tenue de résider. Eu égard à la portée d'une telle décision, il s'ensuit que l'intéressée ne peut utilement critiquer le principe même de l'assignation à résidence en faisant valoir que l'exécution de la mesure de transfert n'est pas une perspective raisonnable, cette assignation résultant de l'arrêté du 13 mars 2023 contre lequel la requérante n'a formé aucune conclusion à fin d'annulation.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

13. Le préfet du Doubs a assigné Mme C à résidence dans le département de la Côte-d'Or, avec obligation de se présenter quotidiennement, du lundi au vendredi entre 8 heures et 12 heures, à la gendarmerie de Chatillon-sur-Seine, située à vingt minutes à pied du domicile de l'intéressée. Si la requérante fait valoir que, contrairement à ce qu'a estimé le préfet du Doubs, elle ne réside pas au centre d'hébergement pour demandeur d'asile situé promenade de la charme mais rue du général de Gaulle à Chatillon-sur-Seine, elle n'en justifie pas. En outre, il n'est pas établi que son état de santé serait incompatible avec ce trajet, ni que cette mesure l'empêcherait de se rendre aux consultations médicales prescrites à sa fille, ni, d'ailleurs, qu'elle serait dans l'impossibilité de modifier ses rendez-vous pour les concilier avec son obligation de pointage. Par suite, et quand bien même elle aurait un enfant en bas âge, il n'apparaît pas que les modalités d'assignation à résidence définies par le préfet du Doubs soient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet du Doubs, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La magistrate désignée,

O. BLe greffier,

J. TESTORI

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2301229

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