jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | SI HASSEN MYRIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, M. A D, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a renouvelé son assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté est entaché de contradiction, dans la mesure où il indique qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre alors que cette même décision indique que le risque de fuite est avéré ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que son éloignement demeure une perspective raisonnable, alors en outre qu'il est dépourvu de domicile fixe.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 10 mai 2023 à 13 h 50.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Si Hassen, représentant M. D, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête ;
- et celles de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant kosovare né le 10 juillet 1968 à Topliqan, déclare être entré en France en " 2002 ", puis à nouveau en 2015 pour y solliciter l'asile. Le 30 décembre 2016, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 24 mai 2017. La préfète de la Côte-d'Or l'a, en conséquence, obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans par un arrêté du 21 septembre 2017. A la suite d'un contrôle d'identité par les services de police de Dijon, une deuxième mesure d'éloignement a été édictée à son encontre le 30 août 2019, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Initialement placé en rétention, M. D a, par la suite, été assigné à résidence pour une durée de six mois par un arrêté du 26 mai 2020, puis, par un arrêté du 17 septembre 2020 abrogeant l'arrêté du 26 mai 2020, le préfet de la Côte-d'Or a décidé d'assigner l'intéressé à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours. Par un jugement n° 2001332 du 5 octobre 2020, la magistrate désignée par le président du tribunal a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 août 2019, ce que la cour administrative d'appel de Lyon a confirmé par un arrêt n° 20LY03207 du 6 juillet 2021. M. D a ensuite fait l'objet d'une troisième obligation de quitter le territoire français sans délai le 28 mars 2022, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans ainsi que d'une assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours, renouvelée par arrêté du 10 mai 2022. Par un jugement n° 2201245 du 19 mai 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal a confirmé la légalité de l'arrêté du 10 mai 2022. Le préfet de la Côte-d'Or a ensuite assigné le requérant à résidence pour une durée de six mois par arrêté du 22 juin 2022, assignation renouvelée pour la même durée par un arrêté du 21 décembre 2022. Le recours qu'il a formé contre cet arrêté a été rejeté par une ordonnance n° 2203334 du 28 février 2023. Enfin, le 24 mars 2023, il a fait l'objet d'une quatrième obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'une assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. Cette assignation a été renouvelée pour la même durée par un arrêté du 3 mai 2023. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
5. L'arrêté en litige, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et celles de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. D a fait l'objet d'une décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours prononcée par arrêté du 24 mars 2023. Elle expose que cette assignation à résidence, notifiée le jour même, arrive à échéance le 8 mai 2023. Elle indique ensuite que M. D présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée le 24 mars 2023, que son éloignement demeure une perspective raisonnable mais qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français dès lors qu'il est démuni de documents d'identité et de voyage, de sorte qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, M. D fait valoir que l'arrêté attaqué, qui relève qu'il " présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à la présente obligation en attente de son exécution effective " est contradictoire avec la décision l'obligeant à quitter le territoire sans délai, dès lors que, pour lui refuser un délai de départ volontaire, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur le " risque que M. D se soustraie à la présente décision ", dans la mesure où il n'a pas déféré à l'exécution de trois mesures d'éloignement, qu'il a déclaré ne pas vouloir regagner son pays d'origine et qu'il est dépourvu de documents d'identité et de voyage et ne justifie pas d'un domicile fixe et stable en France. Toutefois, la décision portant assignation à résidence est une décision distincte de la décision d'éloignement et de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire. Ainsi, la circonstance que le préfet ait porté une appréciation différente sur l'existence d'un risque de fuite pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire est sans incidence sur la légalité de la mesure d'assignation à résidence. En tout état de cause, le grief tenant à une contradiction de motifs entre ces deux décisions ne saurait être retenu dès lors que l'appréciation des garanties de représentation n'est pas de même portée que l'appréciation des garanties propres à prévenir le risque de soustraction. Par suite, le moyen tiré d'une prétendue erreur de droit commise à ce titre ne peut qu'être écartée.
7. En troisième lieu, la seule circonstance que M. D ait fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement ne suffit pas à démontrer que son éloignement ne serait pas une perspective raisonnable. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, il ressort des dispositions précitées qu'une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Une telle mesure n'a pas, en dehors des hypothèses où elle inclut une astreinte à domicile pour une durée limitée, pour effet d'obliger celui qui en fait l'objet à demeurer à son domicile.
9. Il s'ensuit que la circonstance, à la supposer avérée, que M. D soit sans domicile fixe est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence prise à son encontre.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2023.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.
D É C I D E :
Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Si Hassen.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La magistrate désignée,
O. BLa greffière,
L. LELONG
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2301236
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026