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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301247

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301247

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République hellénique relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Athènes le 15 décembre 1999 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boissy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte notamment des dispositions combinées des articles L. 311-1, L. 621-1 et L. 621-2 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsqu'un étranger a été admis à séjourner sur le territoire d'un Etat membre de l'Union européenne mais a pénétré ou a séjourné en France sans être muni d'un visa alors qu'il n'en est pas exempté, il peut être remis par les autorités françaises aux autorités compétentes de cet Etat en application des conventions internationales conclues à cet effet entre les deux Etats.

2. M. C B et Mme E A, son épouse, tous deux ressortissants somaliens nés en 1994 et 1996, ont obtenu la protection internationale en Grèce le 2 juin 2020. Entrés irrégulièrement en France, selon leurs déclarations, le 6 août 2020, les intéressés ont ensuite présenté des demandes d'asile qui ont été successivement rejetées par l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 14 avril 2022 et 9 mars 2023. Par des arrêtés du 8 mars 2023, pris en application des dispositions analysées au point 1 et conformément à l'accord franco-hellénique du 15 décembre 1999, le préfet de Saône-et-Loire a décidé de les remettre aux autorités grecques. Par des requêtes nos 2301247 et 2301248, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. C B et Mme E A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du 8 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Les requérants ayant été admis, en cours d'instance, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 9 mai 2023, leurs conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Saône-et-Loire a délégué sa signature à Mme D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, pour ce qui concerne, notamment, les décisions d'éloignement et de remise. Par suite, les moyens tirés de ce que Mme D n'était pas compétente pour signer les arrêtés attaqués manquent en fait et doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ils n'ont dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes des arrêtés du 8 mars 2023, que le préfet de Saône-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle des intéressés et aurait ainsi commis une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des courriers du 14 juin 2021 du ministre de l'intérieur, que M. C B et Mme E A ont respectivement obtenu le bénéfice d'une protection internationale de la part des autorités grecques le 2 juin 2020 sous les numéros GR1MOR20190902395459 et GR1MOR2019090239561. L'OFPRA a d'ailleurs estimé que leurs demandes d'asile étaient, pour ce motif, irrecevables et la CNDA a rejeté les recours exercés par les intéressés. Les moyens relatifs à l'" erreur manifeste d'appréciation tirée de l'absence de protection grecque " doivent par suite être écartés.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Les requérants, dont la demande de protection internationale a été rejetée par l'OFPRA puis, de manière très détaillée et motivée, par la CNDA, n'établissent pas, par les seuls arguments qu'ils exposent et les documents qu'ils produisent, la réalité ou l'actualité de risques qu'ils seraient selon eux susceptible d'encourir en cas de retour en Grèce et, en particulier, de l'absence de protection effective des autorités grecques. Dès lors, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise à ce titre doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C B et de Mme E A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C B et Mme E A tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par les requérants est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C B, à Mme G E A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Pafundi.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2301247, 2301248

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