mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | WEBER KIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, Mme B E, représentée par Me Weber, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés, en date du 4 mai 2023, par lesquels le préfet du Doubs, d'une part, a prescrit sa remise aux autorités italiennes, d'autre part, l'a assignée à résidence dans le département de Saône-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois ;
2°) de faire injonction au préfet du Doubs de l'admettre provisoirement au séjour au titre de l'asile dans les quinze jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- il ne ressort pas des mentions de l'arrêté de transfert et il n'est pas démontré que l'administration lui a communiqué, cela en temps utile et dans une langue qu'elle comprend, les brochures d'information prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas démontré que l'entretien prévu par l'article 5 du même règlement s'est déroulé selon les prévisions de ce texte, qu'il a été conduit par un agent qualifié, qu'un résumé en a été rédigé et qu'il a permis l'obtention des informations requises ;
- il n'est pas justifié d'une demande de prise en charge adressée aux autorités italiennes, non plus que de l'accord implicite de celles-ci, en méconnaissance de l'article 10 du règlement (CE) n° 1560/2003 et des articles 21 paragraphe 1 et 22 paragraphe 7 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- l'arrêté de transfert est entaché d'erreur de droit, par incompétence négative, et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des raisons pour lesquelles elle a quitté l'Italie, de ses attaches en France et de son état de santé ;
- l'arrêté de transfert a été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'arrêté d'assignation à résidence est dépourvu de base légale du fait de l'illégalité de l'arrêté de transfert ;
- les contraintes de présentation que prescrit cet arrêté procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'Etat responsable de leur traitement (métropole) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zupan,
- et les observations de Me Weber, représentant Mme E.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, née en 1987 et de nationalité nigériane, est entrée en France à une date inconnue, munie d'un titre de séjour italien en cours de validité, et a déposé une demande d'asile le 12 décembre 2022. L'Italie a dès lors été considérée comme responsable de cette demande d'asile en vertu des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit " D III ". Aussi, par deux arrêtés du 4 mai 2023, le préfet du Doubs a, d'une part, prescrit le transfert de Mme E aux autorités italiennes et, d'autre part, l'a assignée à résidence dans le département de Saône-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable trois fois. Mme E demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu d'admettre Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 11 juillet 1990 visée ci-dessus.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté de transfert :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit " D III " : " Droit à l'information : 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 4. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E s'est vu remettre, lors du dépôt de sa demande d'asile le 12 décembre 2022, deux brochures, dites " A " et " B ", correspondant à celles prévues par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013, cela en langue anglaise, qu'elle a indiqué comprendre. En se bornant à émettre un doute quant au respect des dispositions citées ci-dessus, Mme E ne démontre pas que lesdites brochures ne comportaient pas l'ensemble des informations requises. Du reste, elle a signé, sans formuler de réserves, le résumé de son entretien individuel tenu le même jour, attestant ainsi que l'information sur la réglementation européenne en matière de traitement des demandes d'asile lui a bien été donnée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance l'article 4 du règlement " Dublin III " doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a bénéficié dès le dépôt de sa demande d'asile, donc en temps utile, de l'entretien individuel prévu par les dispositions citées ci-dessus, tenu en présence d'un interprète de langue anglaise. Aucun élément du dossier ne permet de considérer que l'entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée au sens des dispositions de l'article 5 du règlement précité. Par ailleurs, il en a été dûment rédigé un résumé, sous la signature de l'agent qui l'a conduit. Mme E a également signé ce document, comme il a été dit, et a ainsi attesté en avoir pris connaissance. Le moyen tiré de la méconnaissance l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 ne peut, dans ces conditions, être accueilli.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 paragraphe 1 du règlement n° 604/2013 : " Si le demandeur est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ". L'article 21 paragraphe 1 du même règlement dispose : " L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif (" hit ") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement ". Selon l'article 22 de ce règlement européen : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () / 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête ".
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des justificatifs d'envoi et de réception édités par le réseau Dublinet, versés aux débats par le préfet du Doubs, que les autorités italiennes ont bien été saisies par les services du ministère de l'intérieur, le 14 décembre 2022, d'une demande d'accord à la prise en charge de Mme E sur le fondement des articles 12 paragraphe 1 et 21 paragraphe 1 précités du règlement " Dublin III ", demande dont il a été accusé réception le même jour. A l'issue du délai de deux mois prévu à l'article 22 du même règlement, les autorités italiennes ont ainsi implicitement accepté de prendre en charge l'intéressée. Le moyen tiré de l'erreur de fait entachant l'arrêté de transfert en ce qu'il mentionne la saisine de l'Italie et l'accord implicite de cette dernière manque donc lui-même en fait.
9. Aux termes, en quatrième lieu, de l'article 17, intitulé " clauses discrétionnaires ", du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Selon l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". La faculté laissée à l'autorité compétente de décider d'examiner une demande de protection internationale alors même qu'elle ne lui incombe pas en vertu du règlement " Dublin III " est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour le demandeur d'asile concerné.
10. D'une part, et alors, au demeurant, que la requérante concède elle-même expressément que le préfet du Doubs ne disposait pas d'informations lui permettant de mettre en œuvre la " clause discrétionnaire ", il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui vise d'ailleurs les dispositions citées au point précédent et en écarte expressément l'application, ni des autres pièces du dossier que le préfet aurait négligé d'exercer sur ce point son pouvoir d'appréciation et ainsi commis une erreur de droit par incompétence négative.
11. D'autre part, si Mme E soutient que son époux, demeuré en Italie, l'a menacée et violentée après qu'elle a découvert son implication dans un trafic de stupéfiants et sa participation aux activités d'une organisation mafieuse, cette allégation n'est corroborée par aucun commencement de preuve. Au demeurant, il n'est pas établi que les autorités italiennes seraient dans l'incapacité de lui assurer leur protection ainsi que des conditions d'accueil conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme E ne pourrait accéder en Italie aux soins que requiert son état de santé. Dans ces conditions, et quand bien même, par ailleurs, la requérante a quelques attaches familiales en France, en l'occurrence deux nièces, l'arrêté attaqué ne saurait être regardé comme entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point 9 et de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme E.
12. En cinquième lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. En l'espèce, Mme E se prévaut de la présence en France de ses deux nièces, installées en Saône-et-Loire. Toutefois, outre que son lien de parenté avec ces personnes n'est en rien démontré, de telles attaches familiales ne sauraient suffire à caractériser, alors que la requérante vit en France depuis peu et ne justifie d'aucune insertion significative, l'atteinte excessive alléguée à ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, et quand bien même Mme E soutient n'avoir aucune attache en Italie, pays où vit cependant toujours son époux, dont elle n'établit pas être séparée, et où elle a vécu de nombreuses années avant de gagner la France, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.
14. Aux termes, enfin, de l'article 3 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
15. L'arrêté attaqué n'a pas pour effet de séparer Mme E de son enfant né en décembre 2021. La requérante, par ailleurs, n'apporte aucun élément de nature à établir que cet enfant aurait été maltraité par son père en Italie ni que, en tout état de cause, son transfert en Italie l'exposerait de nouveaux à de tels actes de violence. Le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :
16. En premier lieu, l'arrêté de transfert n'encourant pas l'annulation, compte tenu de ce qui a été précédemment énoncé, il est en vain excipé de son illégalité à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
18. Le préfet du Doubs a assigné Mme E à résidence dans le département de Saône-et-Loire avec obligation de se présenter quotidiennement, du lundi au vendredi, entre 8 heures et midi au commissariat de Mâcon. La requérante, en se bornant à faire état de la présence à ses côtés d'un enfant en bas âge et de son état de santé, sans démontrer, concernant ce dernier, qu'il affecterait sa mobilité ou l'empêcherait de se rendre disponible dans le créneau horaire imparti, n'établit pas que l'exigence de présentation ainsi fixée serait excessivement contraignante. Dès lors, le moyen tiré de ce que les modalités de l'assignation à résidence seraient disproportionnées ne saurait être accueillis.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E, n'appelle aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions en injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme E ou à son avocat, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Weber, au préfet du Doubs et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023
Le président-rapporteur,
D. Zupan
La greffière
L. LELONG
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026