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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301310

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301310

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, Mme B I, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'autoriser à séjourner en France au titre de l'asile et prononcé une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours sous peine d'être reconduite d'office à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- à titre subsidiaire, s'agissant de la légalité externe des décisions litigieuses, le préfet de la Côte d'Or devra justifier de l'habilitation régulièrement publiée du signataire de l'acte pour édicter les décisions ainsi édictées ;

- à titre principal, les décisions de refus de séjour et d'éloignement sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ainsi que d'une violation des stipulations des articles 8 de la CEDH et 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement initiale à l'encontre de la décision de délai de départ volontaire ;

- il en est de même à l'égard de la décision fixant comme pays de renvoi le Tchad ;

- cette décision est entachée d'une violation de l'article 3 de la CEDH.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme I la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D par décision du 1er mai 2023 en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 28 juin 2023 à 10h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Grenier, représentant Mme I qui a repris ses conclusions et observations écrites, et ajouté que son père est décédé, que sa mère vient de se voir remettre un récépissé de demande de titre de séjour, qu'elle n'a jamais été séparée de sa fratrie et qu'elle justifie de bonnes perspectives d'insertion sociale et professionnelle, grâce à la formation d'aide-soignante en cours,

- M. F, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête ; et ajoute que les éléments relatifs à la situation de sa mère sont postérieurs à la décision et que la formation suivie n'a pas été portée à sa connaissance.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B I, ressortissante tchadienne née le 7 novembre 2004, est entrée en France en janvier 2020 en compagnie de sa mère et de ses deux jeunes sœurs, pour y solliciter l'asile. Après rejet de sa demande par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 12 mai 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 8 décembre 2022, puis rejet de sa demande de réexamen par décision de l'Ofpra du

31 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or a, par l'arrêté attaqué, refusé de l'autoriser à séjourner en France au titre de l'asile et prononcé une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours à destination de son pays d'origine.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 18 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du lendemain, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G C, directeur de l'immigration et de la nationalité, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à Mme A E, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, pour signer notamment les décisions de refus de séjour assorties d'une obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas démontré, ni même allégué, que M. C n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme I se prévaut de la circonstance que sa mère a donné naissance après son arrivée en France à un enfant de nationalité française, ce qui lui donne vocation à rester en France. Elle soutient n'avoir jamais été séparée de sa mère et de ses sœurs, et se prévaut de bonnes perspectives d'insertion sociale et professionnelle.

4. D'une part, elle ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle est désormais majeure. D'autre part, si elle réside avec sa mère et ses sœurs dans un foyer pour demandeurs d'asile, elle a vocation à quitter cet hébergement à la suite du rejet de sa demande d'asile. Si elle indique que son père est décédé au Tchad, elle ne conteste pas qu'elle dispose toujours de liens familiaux dans son pays d'origine, notamment sa grand-mère, un frère mineur et trois de ses sœurs majeures. Les pièces produites ne permettent pas d'établir une particulière insertion dans la société française. Si Mme I fait état de son projet de suivre une formation d'aide-soignante, elle n'établit pas, par les pièces produites, la réalité de son inscription à une telle formation. Par suite, eu égard aux éléments de sa situation en France, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens dirigés contre les décisions de refus de séjour et d'éloignement ne sont pas fondés. Par suite, les moyens soulevés contre les décisions fixant le délai de départ volontaire et contre la décision fixant le pays de destination tirés de l'illégalité de la décision d'éloignement doivent également être écartés.

6. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques encourus par la requérante en cas de retour dans son pays d'origine n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme I doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

8. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de Mme I de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B I est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B I, au préfet de la

Côte-d'Or et à Me Grenier.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La magistrate désignée,

M-E D

La greffière,

M. H

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2301310

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