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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301345

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301345

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mai 2023 Mme A D, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour régie par l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a prescrit de se rendre par ses propres moyens en Grèce ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un document provisoire de séjour avec droit au travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus d'autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade :

- le préfet a méconnu les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a commis une erreur de droit en fondant la décision attaquée sur la disponibilité en Grèce des soins requis par l'état de santé de son fils alors que, légalement, la situation de ce dernier ne pouvait être examinée qu'au regard de l'accessibilité des soins dans son pays d'origine ;

- il a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'il ressort de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), sans contredit, que l'interruption du traitement dont bénéficie son fils l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut pas être pris en charge médicalement au Congo ;

- à titre subsidiaire, son fils n'a pas vocation à résider en Grèce, pays dans lequel il ne bénéficie d'aucun droit au séjour ;

- le défaut de consultation du collège de médecins de l'OFII sur la possibilité de le soigner en Grèce constitue un vice de procédure le privant d'une garantie ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors que son fils ne pourra être soigné ni au Congo ni en Grèce ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de se rendre en Grèce :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision de refus d'autorisation provisoire de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle n'entre pas dans le champ d'application des stipulations bilatérales et des dispositions légales qui permettraient sa remise aux autorités grecques ;

- elle procède d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- à titre subsidiaire, la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue qui découle de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention d'application des accords de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 ;

- 1'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République hellénique relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière, signé à Athènes le 15 décembre 1999 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Grenier représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née en 1993, est entrée en France le 12 janvier 2020 accompagnée de son fils né en 2017 en Grèce et a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugiée. L'Office français de protection de réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable sa demande par une décision du 3 novembre 2020 que la Cour nationale du droit d'asile a confirmée le 16 mars 2021. Le 20 septembre 2021, Mme D, dont le fils, E souffre de troubles autistiques, a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant un enfant mineur malade sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Constatant que l'intéressée avait obtenu l'asile en Grèce, le préfet de la Côte-d'Or a saisi les autorités grecques, le 13 janvier 2022, d'une demande de réadmission à laquelle celles-ci ont donné, le 20 janvier 2022, une réponse positive. Dans son avis du 24 janvier 2022, le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), saisi par le préfet, a estimé que l'état de santé E nécessitait une prise en charge médicale dont l'interruption l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qui ne pourrait pas être assurée dans son pays d'origine et qui devait être poursuivie pendant une durée de vingt-quatre mois. Le préfet de la Côte-d'Or a cependant, par l'arrêté attaqué, en date du 30 novembre 2022, refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et prescrit à Mme D de se rendre par ses propres moyens en Grèce.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus d'autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade :

2. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. " Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ".

3. Mme D soutient que la décision refusant de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, qu'elle sollicitait sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Côte-d'Or, qui reconnaît que l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont l'interruption l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui considère que cet enfant ne peut, compte tenu du statut de réfugiée reconnu à sa mère par les autorités grecques, être renvoyé dans son pays d'origine, n'a pas sollicité l'avis du collège des médecins de l'OFII sur la disponibilité des soins en Grèce, pays où, selon l'administration, il a vocation à résider et à être soigné.

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet, après avoir écarté l'avis du collège de médecins de l'OFII au motif qu'il se prononce sur la disponibilité des soins nécessaires en République démocratique du Congo alors que Mme D et son fils bénéficient d'une protection internationale en Grèce, laquelle a accepté leur reprise en charge, a estimé qu'il n'est pas établi que ces soins ne pourraient être dispensés en Grèce. Toutefois, dès lors qu'il a considéré que la requérante et son fils devaient retourner ou être réadmis en Grèce, il lui appartenait de saisir le collège de médecins de l'OFII d'un avis sur la disponibilité des soins en Grèce avant de prendre la décision de refus d'autorisation provisoire de séjour en litige, l'évaluation des ressources sanitaires de la République démocratique du Congo étant dépourvue d'utilité pour la décision à prendre. A défaut d'une telle réitération de la saisine de l'OFII, la décision attaquée est entachée d'une irrégularité qui, compte tenu de la portée de l'avis incombant au collège de médecins de cet office, a privé Mme D d'une garantie.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme D est fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure et à en demander, pour ce motif, l'annulation. Par voie de conséquence, la décision lui faisant obligation de se rendre en Grèce, dès lors privée de base légale, doit également être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif retenu ci-dessus pour justifier l'annulation prononcée, seul à même de la fonder, que, dans un délai de deux mois suivant sa notification, le préfet de la Côte-d'Or procède au réexamen de la situation de Mme D.

Sur les frais liés au litige

7. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale avant même l'introduction de l'instance. Sa demande d'aide juridictionnelle provisoire, d'emblée dépourvue d'objet, ne peut en conséquence qu'être rejetée.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 30 novembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et, en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. David Zupan, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

M. Irénée Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

M.-E. C

Le président,

D. Zupan

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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