mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | CH 1 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 mai et 31 août 2023 l'établissement public Voies navigables de France (VNF) défère, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. C B et demande au tribunal :
1°) de constater que les faits établis par le procès-verbal du 5 avril 2023, en l'occurrence le stationnement sans droit ni titre du bateau " Joie de Vivre " au PK 112,542 du canal de Bourgogne à Grignon, constituent la contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 2122-1, L. 2132-9, L. 2132-10 et L. 2132-27 du code général de la propriété des personnes publiques ;
2°) de condamner en conséquence M. B, au titre de l'action publique, à une amende de 1 000 euros ;
3°) de condamner en outre M. B, au titre de l'action domaniale, à l'évacuation du bateau " Joie de Vivre " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en cas d'inertie du contrevenant, d'autoriser l'exécution d'office de cette opération, avec le concours de la force publique si nécessaire et à ses frais ;
4°) de mettre à la charge de M. B le paiement de la somme de 422,38 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais d'établissement du procès-verbal.
Il soutient que :
- le bateau " Joie de Vivre " stationne sans droit ni titre sur la rive du canal de Bourgogne à Grignon depuis le 1er avril 2023 en dépit d'une mise en demeure de libérer les
lieux ;
- cette occupation, dûment constatée par procès-verbal, constitue une contravention de grande voirie ;
- les circonstances que l'intéressé, qui n'est plus titulaire d'un certificat de navigation, fasse par ailleurs l'objet d'une procédure d'abandon distincte de la procédure de contravention de grande voirie et soit professionnellement en situation de redressement judiciaire, ne peuvent être invoquées utilement pour justifier une occupation irrégulière du domaine public fluvial.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, M. C B informe le tribunal qu'il souhaite régulariser sa situation.
Il soutient que son bateau n'est pas abandonné, qu'il l'a mis en vente et que compte tenu de sa situation de redressement judiciaire il n'est pas en mesure, financièrement, de renouveler son certificat de navigation.
Par une ordonnance du 1er septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
20 septembre 2023 à 12 heures.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 5 avril 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative, notamment ses articles L. 774-1 et suivants.
Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousset ;
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- et les observations de M. A, représentant l'établissement public Voies navigables de France (VNF).
Considérant ce qui suit :
1. L'établissement public Voies navigables de France (VNF) défère M. B au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, pour avoir stationné sans droit ni titre le bateau " Joie de Vivre " au PK 112,542 du canal de Bourgogne à Grignon.
Sur l'action publique :
2. En vertu de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques, nul ne peut occuper une dépendance du domaine public " sans disposer d'un titre l'y habilitant ". L'article L. 2132-9 du même code dispose : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Il découle de la combinaison de ces dispositions que le stationnement sans autorisation d'une embarcation sur le domaine public fluvial est constitutif d'une contravention de grande voirie.
3. La personne qui peut être poursuivie à ce titre est soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention.
4. Dès qu'il est saisi d'un procès-verbal constatant une occupation irrégulière du domaine public, le juge de la contravention de grande voirie est tenu d'y faire droit sous la seule réserve que des intérêts généraux, tenant notamment aux nécessités de l'ordre public, n'y fassent obstacle. Lorsqu'il constate qu'une infraction réprimée par une disposition régissant le domaine public a été commise, le juge de la contravention de grande voirie ne peut légalement décharger le contrevenant qu'au cas où celui-ci produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B est propriétaire du bateau " Joie de Vivre " qui stationne sans autorisation depuis le 1er avril 2023 au PK 112,542 du canal de Bourgogne à Grignon. Cette occupation sans droit ni titre, constatée par procès-verbal dressé le
5 avril 2023, n'est pas contestée par l'intéressé qui n'est plus titulaire d'un certificat de navigation et dont la convention d'occupation du domaine public fluvial a expiré le
31 mars 2023 et n'a pas été renouvelée. Dans ces conditions, il y a lieu d'infliger à M. B, une amende de 1 000 euros.
Sur l'action domaniale :
6. Il appartient au juge administratif, saisi par l'autorité gestionnaire du domaine public, d'ordonner les mesures nécessaires à la conservation et au maintien de l'intégrité de ce domaine.
7. Eu égard à la matérialité des faits constatés et afin de rétablir l'intégrité du domaine public, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au contrevenant, s'il ne l'a pas déjà fait, d'évacuer ou de faire évacuer son bateau sans délai, sous astreinte de 50 euros par jour de retard en l'absence d'évacuation à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. A défaut d'y procéder, VNF est autorisé à y pourvoir d'office, aux frais et risques du contrevenant.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions accessoires présentées par VNF sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est condamné à payer une amende de 1 000 euros.
Article 2 : Il est fait injonction à M. B de libérer sans délai l'emplacement qu'occupe son bateau, sous astreinte de 50 euros par jour de retard en l'absence d'évacuation à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : VNF est autorisé à défaut d'exécution, à faire procéder d'office à l'évacuation du bateau avec, en tant que de besoin, le concours de la force publique et aux frais du contrevenant.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera adressé à Voies navigables de France pour notification à M. C B dans les conditions prévues par l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Copie en sera adressée, en vue du recouvrement de l'amende, à la direction régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
O. Rousset
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2301351
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