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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301359

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301359

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mai 2023 et le 28 novembre 2023, M. A B, représenté par la SCP Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'une année portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ; le préfet qui s'écarte de l'avis du collège de médecins de l'OFII doit spécialement motiver sa décision ; le préfet n'a pas vérifié s'il pouvait voyager sans risque ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il y a lieu d'écarter les pièces adverses rédigées en langue étrangère ; les documents produits par le préfet sont soit très généraux soit anciens ; il existe en Géorgie une couverture incomplète des soins de santé ; il n'est pas établi que son traitement est disponible et il ne pourra pas payer pour l'obtenir et réaliser des actes de suivi et contrôle de sa maladie ;

- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, invoquée par la voie de l'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 juin 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët, qui informe également les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté de la requête enregistrée le 16 mai 2023 dès lors que l'arrêté du 3 avril 2023, fondé sur les 3° et 4° de l'article L. 611-1, mentionnant les voies et délais de recours, a été notifié le 18 avril 2023 comme en atteste l'avis de réception postal de sorte que la requête enregistrée le 16 mai 2023, postérieurement au délai de quinze jours imparti, est tardive ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet de la Côte-d'Or qui s'en rapporte à ses écritures et ajoute qu'elle souscrit au moyen relevé d'office.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12h09.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien, est entré en France le 21 février 2022. Il a sollicité l'asile et a également présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 3 avril 2023, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, sur le fondement des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énumèrent les cas dans lesquels l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger qui n'est pas au nombre de ceux mentionnés par l'article L. 200-1 du même code. En vertu de ces dispositions, tel est notamment le cas lorsque : " 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents " ou lorsque : " 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. / L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. / L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office. / Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations ".

3. Lorsqu'une décision relative au séjour est intervenue concomitamment et a fait l'objet d'une contestation à l'occasion d'un recours dirigé contre une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la contestation de la décision relative au séjour suit le régime contentieux applicable à l'obligation de quitter le territoire prise sur ce fondement alors même que cette dernière a pu être prise également sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code. Dès lors, les dispositions de l'article L. 614-5 sont applicables à l'ensemble des conclusions présentées devant le juge administratif dans le cadre de ce litige, y compris celles tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - () Conformément aux dispositions de l'article L. 614-5 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. () " et aux termes de l'article R. 776-5 du code de justice administrative : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu notification le 18 avril 2023 de l'arrêté contesté du 3 avril 2023, comme en atteste l'accusé de réception des services postaux produit par le préfet de la Côte-d'Or et comme il le reconnaît lui-même dans sa requête. L'obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de sorte que le délai de recours contentieux applicable était le délai de quinze jours prévu par l'article R. 776-2 du code de justice administrative. L'arrêté comporte la mention des voies et délais de recours, notamment le délai de quinze jours qui était applicable pour contester les différentes décisions prises par le préfet. Par suite, la requête enregistrée le 16 mai 2023, au-delà du délai de recours contentieux de quinze jours, est tardive.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 avril 2023 doivent être rejetées comme irrecevables. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de M. B au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La magistrate déléguée

P. Hascoët

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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