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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301379

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301379

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2023, M. B A, représenté par Me Grenier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus opposée par le préfet de la Côte-d'Or à sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un document provisoire de séjour avec droit au travail valable pendant la durée de l'instance au fond, cela dans les huit jours suivant la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en cas de refus d'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme sur le fondement de la première de ces dispositions.

Il soutient que :

- l'urgence, qui est au demeurant présumée en la matière, est caractérisée, la décision en litige le plaçant dans une situation très précaire ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle :

•est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir consulté la commission du titre de séjour ;

•méconnaît les articles L. 423-7, L. 423-10 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

•a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision implicite de refus qui n'existe pas, la demande de titre de séjour de M. A ayant donné lieu à une décision explicite de refus prise le 13 décembre 2022 ; à supposer que la requête doive être regardée comme dirigée contre cette décision explicite, elle serait alors tardive, la notification ayant été régulièrement effectuée le 21 décembre 2022 ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie, le requérant ayant lui-même tardé à contester la décision en litige ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•M. A ne remplissant pas les conditions d'obtention du titre de séjour sollicité, la commission du titre de séjour n'avait pas à être consultée ;

•cette décision ne méconnaît pas l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A ne contribuant pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant français ;

•l'article L. 423-10 du même code est inutilement invoqué, M. A ayant sollicité uniquement le renouvellement de sa carte de séjour, non la délivrance d'une carte de résident ; le moyen est en tout état de cause infondé ;

•la décision en litige ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du reste inutilement invoqué à l'encontre d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2301380, enregistrée le 17 mai 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue à 14 heures en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Grenier, pour M. A, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire introductif d'instance ;

- les observations de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né en 1970 et de nationalité tchadienne, est entré en France le 3 juin 2002 et a bénéficié de plusieurs titres de séjour successifs portant la mention " vie privée et familiale ", en dernier lieu une carte pluriannuelle venant à expiration le 20 mai 2021, dont il a sollicité le renouvellement. Il demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus opposé à cette demande par le préfet de la Côte-d'Or.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé à M. A le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et prescrit son éloignement. Cette décision explicite est venue se substituer à la décision implicite de refus initialement née, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du silence gardé durant quatre mois par le préfet de la Côte-d'Or. Ainsi, la requête au fond de M. A et la présente requête en référé doivent être regardées comme dirigées en réalité contre l'arrêté du 13 décembre 2022 en tant qu'il oppose à l'intéressé un refus de titre de séjour.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Le bien-fondé de la demande de suspension d'un acte administratif est ainsi nécessairement subordonné à la recevabilité du recours au fond dirigé contre cet acte.

5. Selon l'article L. 614-1 du code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ". Et l'article R. 421-5 du code de justice administrative dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 13 décembre 2022 a été envoyé à M. A par lettre recommandée du 20 du même mois qui a été retournée à l'administration avec la mention, datée du lendemain, " pli avisé et non réclamé ", signifiant que l'envoi a été effectué à une adresse correspondant bien au domicile de l'intéressé, qu'il en était absent lors de la distribution le 21 décembre 2022, qu'un avis de passage a été déposé dans sa boîte à lettre et qu'il n'est pas allé retirer ce courrier au bureau distributeur dans le délai de quinze jours imparti par la réglementation postale. Cette notification, effectuée de façon régulière, a déclenché le délai de recours, lequel délai était ainsi venu à expiration lorsque, le 17 mai 2023, M. A a introduit son recours au fond. Ce dernier s'avère donc tardif et, par suite, irrecevable. Les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision en litige ne peuvent dès lors qu'être rejetées et il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction également présentées par M. A.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative par le préfet de la Côte-d'Or, lequel, au demeurant, ne justifie d'ailleurs pas avoir exposé, pour les besoins du litige, des dépenses excédant les charges de fonctionnement normales de ses services.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Dijon, le 6 juin 2023.

Le président du tribunal,

juge des référés,

D. ZUPAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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