lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301392 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 18 et 22 mai 2023, M. C A représenté par Me Souidi demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence sur la commune de Dijon pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui renouveler son titre de séjour, à titre principal, sur le fondement de l'article 11 de la convention franco-sénégalaise et à titre subsidiaire sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-sénégalaise ou de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-les décisions attaquées sont insuffisamment motivées dès lors notamment que l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé, qu'il n'est pas fait mention de la particularité de sa situation familiale, notamment du fait qu'il pourvoit aux besoins de sa famille et que la fille de son épouse a la qualité de réfugiée et que la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer au Sénégal n'a pas été examinée ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de fait et de droit dès lors qu'il ne saurait être tenu coupable de faits pour lesquels aucune condamnation n'a été prononcée à son encontre ; le préfet ne pouvait considérer que " son comportement délictuel était établi " alors qu'il a fait l'objet de la part du procureur de la République de Besançon d'une mesure de classement sans suite sous condition de suivre un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences de couple et qu'il assistera ce stage les 26 et 27 juin 2023 ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors que l'incident du 4 juin 2022 relève d'un fait isolé ;
- les décisions attaquées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions attaquées méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision de refus de séjour méconnait les stipulations des articles 5 et 11 de la convention franco sénégalaise du 1er avril 2002 ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
-la décision de suppression du délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement n'est pas de nature à troubler l'ordre public ;
-la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée, dès lors que son comportement n'est pas de nature à troubler l'ordre public, d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Une pièce nouvelle déposée pour M. A a été enregistrée le 22 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 à 14 heures :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Souidi, représentant M. A qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de la requête ;
- les observations de Mme D représentant le préfet de la Côte-d'Or qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête ;
- Mme A présente à l'audience, à laquelle assistait également le requérant, a précisé au magistrat désigné qui l'interrogeait sur ce point que lors de l'altercation du 4 juin 2022 qui s'est déroulée dans un parc public, elle avait été profondément humiliée par les propos blessants et le comportement adopté à son égard par son mari mais qu'elle n'avait subi aucune violence physique de sa part.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1984, a été recruté en 2019 par l'université de Bourgogne-Franche-Comté dans le cadre d'un contrat post doctoral. Un titre de séjour portant la mention " passeport talent chercheur " lui a alors été délivré. A la suite de son embauche en contrat à durée indéterminée par la société Altitude infrastructure construction en qualité de géomaticien, il a obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " valable jusqu'au 28 novembre 2022. Il en a sollicité le renouvellement le 25 août 2022. Le 4 juin 2022, une altercation a opposé M. A à son épouse, une compatriote titulaire d'une carte de résident, mère d'une fille issue d'une précédente union à laquelle la qualité de réfugiée a été reconnue et de leur fils né le 17 septembre 2021. M. A a été placé en garde à vue puis convoqué devant le procureur de la République de Besançon. Le 16 août 2022, après que l'intéressé eut reconnu l'infraction de violences sans incapacité par une personne étant conjoint, le procureur de la République de Besançon lui a notifié une mesure de classement sans suite sous condition de suivre un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences de couple pour lequel il s'est inscrit les 26 et 27 juin 2023. Par la présente requête M. A demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés du 11 mai 2023 par lesquels le préfet de la Côte-d'Or, d'une part, a refusé de renouveler son titre de séjour mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence sur la commune de Dijon pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la compétence du magistrat désigné :
2. Il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, saisi dans le cas prévu aux articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et, le cas échéant, assignation à résidence dont il est saisi. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de séjour, ainsi que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de renouveler à M. A son titre de séjour, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour et les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à la formation du tribunal compétente pour en connaître.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".
4. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que pour refuser de renouveller la carte de séjour temporaire " salarié " de M. A, le préfet de la Côte-d'Or a relevé que l'intéressé avait été reconnu comme l'auteur de violence sans incapacité commise sur sa conjointe le 4 juin 2022, que pour ce motif une mesure de classement sans suite sous condition d'accomplissement d'un stage de responsabilisation aux violences de couple lui avait été notifiée par le procureur de la République de Besançon et qu'en conséquence son " son comportement délictuel était établi ". Il ressort de la motivation de cette décision, que le préfet de la Côte- d'Or doit être regardé comme ayant, sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refusé de renouveler le titre de séjour de M. A au motif unique qu'il représentait une menace pour l'ordre public.
5. Toutefois, pour regrettable qu'elle soit, l'infraction reprochée et reconnue par l'intéressé, ainsi que cela ressort du procès-verbal de notification de la mesure de classement sous condition du 16 août 2022, est isolée et n'a donné lieu à ce jour à aucune condamnation. La conjointe du requérant, présente à l'audience, a, en outre précisé au magistrat désigné qui l'interrogeait sur ce point, que lors de l'altercation du 4 juin 2022 elle avait été profondément humiliée par le comportement et les propos tenus publiquement à son égard par son mari mais qu'elle n'avait subi aucune violence physique de sa part. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a estimé qu'il représentait une menace pour l'ordre public et a retenu ce motif pour refuser de lui renouveler son titre de séjour. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et par voie de conséquence les décisions fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et prononçant une assignation à résidence doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6.Aux termes des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7.L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de la Côte-d'Or réexamine la situation de M. A et qu'il délivre à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de renouveler son titre de séjour et à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour et les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées à la formation compétente du tribunal.
Article 2 : L'arrêté du 11 mai 2023 du préfet de la Côte-d'Or est annulé en tant qu'il fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Article 3 : L'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a assigné à résidence M. A pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
Le magistrat désigné,
O. BLa greffière,
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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