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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301435

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301435

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBIGARNET VALENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 et 26 mai 2023, M. C D représenté par Me Bigarnet demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence sur la commune de Chalon-sur-Saône pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à sa signataire ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Une pièce nouvelle, enregistrée le 26 mai 2023, a été produite par le préfet de Saône-et-Loire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Bigarnet, représentant M. D non présent à l'audience, qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de la requête ;

- le préfet de Saône-et-Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais, né en 1995, demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés du 22 mai 2023 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an , d'autre part, l'a assigné à résidence sur la commune de Chalon-sur-Saône pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter au commissariat de police quotidiennement, hors samedi, dimanche et jours fériés ou chômés, à neuf heures.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, le préfet de Saône-et-Loire a régulièrement donné délégation, par arrêté du 13 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme B, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. D fait valoir que le préfet de Saône-et-Loire, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il vit en France depuis 2017 avec son épouse et ses deux enfants mineurs, qu'il justifie d'une promesse d'embauche, qu'il est intégré socialement et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, alors que le requérant ne réside sur le territoire que depuis moins de six années, il n'est pas contesté qu'il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-deux ans en Albanie, pays dans lequel il n'allègue pas être dépourvu d'attaches personnelles. Par ailleurs, il ressort des mentions non contredites de l'arrêté en litige que son épouse de nationalité albanaise est également en situation irrégulière, de sorte que rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale dans leur pays d'origine où leurs enfants pourront poursuivre leur scolarité. Enfin, la circonstance qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, et alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, est insuffisante pour établir que M. D serait intégré socialement ou professionnellement à la société française. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme ayant en France le centre de ses intérêts privés. M. D n'est, par conséquent, pas fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. M. D soutient qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet a, en violation des stipulations précitées, méconnu l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs. Toutefois, cette décision n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de ses enfants ou de l'empêcher de pourvoir à leur éducation et à leurs intérêts matériels et moraux. Par ailleurs, et dès lors que l'épouse de l'intéressé dispose également de la nationalité albanaise, aucun motif ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale dans leur pays d'origine où les enfants du couple pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'assignation à résidence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 22 mai 2023 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Bigarnet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le magistrat désigné,

O. ALe greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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