jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301445 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, et un mémoire enregistré le 19 septembre 2024 Mme E A épouse C représentée par Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision prise par le préfet de la Côte d'Or le 24 mars 2023, rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux, M. F C ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de faire droit à cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard, ou, à défaut, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, dans le même délai, ou, à titre subsidiaire, de procéder dans le même délai au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit en prenant en considération le montant brut du SMIC au jour de sa décision, alors qu'il aurait dû prendre en compte le montant net moyen sur la période de référence, et qu'il n'a pas tenu compte de l'évolution de ses ressources ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- à titre subsidiaire, le préfet n'a pas saisi pour avis le maire de sa commune de résidence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par Me Ranou, demande au tribunal de rejeter la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
12 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Laurent,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Grenier, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité guinéenne, séjourne en France sous couvert d'une carte de résident portant la mention " longue durée UE " valable jusqu'au 2 août 2031, en compagnie de ses deux enfants mineurs. Elle a déposé le 15 octobre 2022 une demande de regroupement familial au bénéfice de son époux, M. F C, qu'elle a épousé au Sénégal en 2016 et qui est le père de son deuxième fils, né en 2020. Cette demande a été rejetée par décision du préfet de la
Côte- d'Or du 24 mars 2023, dont elle demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et précise le montant des revenus ainsi que les éléments de la situation familiale de Mme A pris en considération pour rejeter sa demande de regroupement familial. Elle est ainsi suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, le préfet de la Côte-d'Or a produit en défense l'avis du maire de Fontaine-lès-Dijon sur les conditions de logement et sur les ressources dont dispose Mme A. Le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'un tel avis manque ainsi en fait.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". L'article R. 434-4 du même code dispose que : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; () ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a perçu au cours des douze mois précédant sa demande enregistrée le 15 octobre 2022 une somme moyenne de 1 551 euros bruts mensuels, soit 1 244 euros nets. Le préfet de la Côte-d'Or indique dans sa décision que ce montant est inférieur au montant du SMIC mensuel majoré, soit 1 882 euros au 1er janvier 2023, alors qu'il lui appartenait de prendre en considération le montant moyen du SMIC pendant cette même période de référence, soit environ 1 627 euros bruts, ou 1 283, 23 euros nets mensuels. Toutefois, cette erreur est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, dès lors que les revenus de
Mme A sont restés, en moyenne, inférieurs au montant requis, qui correspond au montant moyen du SMIC sur la période de référence, majoré d'un dixième, soit environ 1 789 euros bruts et 1 411,55 euros nets.
6. S'il est exact que les ressources de Mme A ont évolué favorablement de juillet 2022 à septembre 2022, en atteignant un montant proche de 2 000 euros brut, elles sont ensuite revenues à un niveau variant de 1 118 euros nets à 1 368 euros nets, et à une moyenne de
1 235 euros nets sur la période de cinq mois précédant la décision en litige, cette moyenne étant inférieure de près d'environ 175 euros mensuels au montant minimum requis. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à reprocher au préfet de la Côte-d'Or de ne pas avoir tenu compte de l'évolution favorable de ses ressources.
7. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Côte-d'Or n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que Mme A ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de termes du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Si, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Mme A fait valoir qu'elle travaille régulièrement en France depuis de nombreuses années, qu'elle y a la quasi-totalité de sa famille, qu'elle est mariée avec M. C depuis sept ans, qu'un enfant est né de cette union en 2020, qu'elle élève seule ses deux enfants, et qu'elle a tout mis en œuvre pour que son époux puisse la rejoindre. Pour autant, malgré l'ancienneté de son mariage, elle n'apporte aucun élément s'agissant de l'intensité des liens entretenus avec son époux, ou des liens de ce dernier avec son fils. Il n'est ni établi, ni même allégué, que M. C participerait à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de la requérante doit également être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de Mme A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
M-E Laurent
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026