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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301446

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301446

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 mai et 9 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Clemang, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision lui refusant implicitement un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner si sa situation répond aux conditions posées par le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et si la décision qui lui est opposée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable pour tardiveté.

Par une ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 8 janvier 1976 à Beni Saf, est entré régulièrement en France le 3 avril 2018 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 14 avril 2018. Le 10 janvier 2022, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 22 février 2023, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dans le dernier état de ses écritures, M. B en demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Selon l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. L'arrêté du 22 février 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a été notifié, accompagné de la mention complète des voies et délais de recours, par lettre recommandée avec accusé de réception à l'adresse qu'il avait indiquée aux services préfectoraux. Si le préfet produit une photocopie du pli que les services postaux ont retourné à la préfecture de la Côte-d'Or le 17 mars 2023, ce pli ne mentionne pas la date de vaine présentation au domicile de l'intéressé. Toutefois, le préfet produit également une copie d'écran de la fiche de suivi fournie par les services postaux établissant qu'un avis de passage a été déposé le 28 février 2023 dans la boîte aux lettres de M. B et que le pli lui a été retourné à l'issue du délai de quinze jours réglementaire, le 16 mars 2023. Dans ces conditions, et quand bien même le pli ne comporte pas le motif pour lequel le pli n'a pas pu lui être distribué le 28 février 2023, l'administration apporte la preuve que l'arrêté du 22 février 2023 a été régulièrement adressé à l'intéressé et que ce dernier n'est pas allé le retirer au bureau distributeur dans le délai de quinze jours qui lui était imparti par la réglementation postale. Cette notification a déclenché le délai de recours, lequel a expiré le 1er avril 2023. Ainsi, la requête de l'intéressé, enregistrée au greffe du tribunal le 24 mai 2023, est tardive et, par suite, irrecevable. Il y a lieu, par suite, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense à ce titre.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B est tardive et doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2301446

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