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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301492

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301492

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2023, M. A E, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 28 mai 2023 par lesquels le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués doivent être regardés comme entachés d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire n'est pas justifié, dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. E la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 juin 2023 à 11 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Mme Ruckstuhl, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris ses écritures en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né le 27 janvier 1998 à Sfax, déclare être entré en France au cours du mois de juillet 2022. Par deux arrêtés du 28 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. M. E demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 15 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 17 février suivant, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation de signature à Mme Amelle Ghayou, sous-préfète, en toutes matières à l'exclusion des déclinatoires de compétences et des arrêtés de conflit durant les permanences des week-ends, de jours fériés et de jours chômés. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige, signé le dimanche 28 mai 2023 dans le cadre de la permanence, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

6. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. E, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé sur les circonstances qu'il n'a pas sollicité la régularisation de sa situation administrative depuis son entrée en France, qu'il ne peut justifier être en possession de documents d'identité et de voyage en cours de validité, qu'il a expressément déclaré ne pas vouloir regagner son pays d'origine, que son comportement représente une menace à l'ordre public puisqu'il a été placé en garde à vue pour des faits de détention de stupéfiants, et enfin, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire italien le 10 juillet 2022.

7. Si l'intéressé fait valoir qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, qu'il dispose d'une adresse stable et qu'il a déféré aux obligations de pointage qui lui sont faites, il ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français sans solliciter la régularisation de sa situation, qu'il est dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il a déclaré, lors de son audition par les forces de l'ordre le 28 mai 2023, ne pas vouloir regagner à la Tunisie. Ainsi, ces éléments caractérisent un risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français au sens du 3° de l'article L. 612-3 précité. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or pouvait, pour ces seuls motifs, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. M. E n'allègue pas que sa situation répondrait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels pouvant justifier que le préfet de la Côte-d'Or ne prononçât pas une interdiction de retour sur le territoire français. Du reste, l'intéressé, qui séjourne en France depuis seulement dix mois sans avoir entrepris une quelconque démarche pour régulariser sa situation, ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles il est célibataire, sans charge de famille et dépourvu de toute attache sur le territoire français, l'intégralité de sa famille résidant en Tunisie. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé en garde à vue pour " usage illicite de stupéfiants ", faits dont il ne conteste pas la matérialité, et convoqué le 4 juillet 2023 aux fins de se faire adresser un avertissement pénal probatoire sur le fondement du 1° de l'article 41-1 du code de procédure pénale. Compte tenu de sa situation personnelle et de son comportement, le préfet de la Côte-d'Or pouvait légalement estimer que M. E représente une menace pour l'ordre public, quand bien même l'infraction dont il se serait rendu coupable serait à ce jour isolée et ne donnerait lieu qu'à un avertissement pénal probatoire. Par suite, nonobstant la circonstance qu'il n'ait pas déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, il n'apparaît pas que le préfet de la Côte-d'Or ait commis une erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 28 mai 2023.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet la Côte-d'Or.

D É C I D E :

Article 1er : M. E est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Rothdiener.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

La magistrate désignée,

O. VIOTTILe greffier,

J. TESTORI

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2301492

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