lundi 5 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301507 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | DJERMOUNE YASSINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2023, M. B A, représenté par Me Djermoune, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 800 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi u 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où il s'agit du troisième renouvellement de l'assignation à résidence dont il fait l'objet depuis le 2 janvier 2023.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 juin 2023 à 11 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Djermoune, représentant M. A, présent, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur la durée de l'assignation à résidence et plus généralement de l'ensemble des mesures de surveillance dont fait l'objet l'intéressé sans interruption depuis le 2 janvier 2023,
- et celles de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris ses écritures en défense, en insistant sur le fait que l'arrêté attaqué ne constitue pas le renouvellement d'une assignation à résidence précédente, mais une nouvelle mesure d'assignation.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 20 septembre 2000, est entré en France le 1er février 2016 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Côte-d'Or le 11 février suivant. Par un arrêté du 4 février 2019, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an. La légalité de cet arrêté a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon n° 19LY04157 en date du 25 août 2020. A la suite d'un contrôle d'identité, M. A s'est vu notifier, le 2 janvier 2023, un second arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de dix-huit mois, ainsi qu'un arrêté portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours, laquelle a été renouvelée pour la même durée le 8 février 2023. Le 23 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or a assigné M. A à résidence pour une durée de six mois, puis, le 4 avril 2023, l'a placé en rétention administrative dans l'attente d'un vol à destination du Mali. L'intéressé ayant refusé d'embarquer le 7 avril 2023, il a de nouveau été assigné à résidence pendant une durée de six mois. Il a ensuite été placé en rétention administrative le 26 mai 2023 et, le 30 mai suivant, il a refusé de se soumettre à l'obligation préalable d'effectuer un test de dépistage du coronavirus avant l'embarquement. Le même jour, le préfet de la Côte-d'Or a édicté à son encontre un arrêté portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. () ".
6. Ainsi qu'il a été dit, en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 2 janvier 2023, M. A a été assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un arrêté pris le même jour. Cette assignation a ensuite été renouvelée, sur le même fondement légal et pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours, le 8 février suivant. L'intéressé ayant refusé, pour la seconde fois, d'embarquer dans un vol à destination du Mali le 30 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a, par l'arrêté en litige, de nouveau assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1, cela dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement du 2 janvier 2023.
7. Il en résulte que les assignations à résidence des 2 janvier, 8 février et 30 mai 2023 ont été prises sur le même fondement, à savoir les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 précité, et pour le même motif, tiré de ce que M. A a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai le 2 janvier 2023 et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Les arrêtés des 8 février et 30 mai 2023 doivent dès lors être regardés comme des renouvellements de la première assignation à résidence prononcée le 2 janvier 2023, alors même qu'en ce qui le concerne, l'arrêté du 30 mai 2023 ne fait pas immédiatement suite au premier renouvellement du 8 février 2023. A ce titre, la circonstance que l'assignation en litige succède à deux placements en rétention administrative ainsi qu'à deux assignations à résidence de six mois sur le fondement du 1° de l'article L. 731-3 précité n'a pas eu pour effet d'autoriser le préfet de la Côte-d'Or à édicter une nouvelle mesure d'assignation à résidence sur le fondement du 1° des dispositions de l'article L. 731-1, dès lors que cette assignation porte sur l'exécution de la même mesure d'éloignement prise le 2 janvier 2023, laquelle est toujours exécutoire. Il en résulte que la durée totale des assignations à résidence prononcées en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'exécution de l'obligation du territoire du 2 janvier 2023 prise à l'encontre de M. A excède la durée maximale de quatre-vingt-dix jours fixée par les dispositions précitées de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et doit, pour ce motif, être annulé.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
9. Toutefois, l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence est sans incidence sur le caractère exécutoire de l'arrêté du 2 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, lequel est devenu définitif. En application des dispositions de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est dès lors rappelé à M. A qu'il demeure obligé de quitter le territoire français sans délai.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Djermoune au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat aux missions d'aide juridictionnelle qui lui ont été confiées. Cette somme sera versée directement à M. A en cas de rejet, par le bureau d'aide juridictionnelle, de la demande dont il l'a saisi.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que M. A qui n'est pas la partie perdante de la présente instance, verse quelque somme que ce soit à l'Etat sur leur fondement.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a assigné à résidence M. A pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 3 : En application de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. A son obligation de quitter le territoire français.
Article 4 : L'Etat versera à Me Djermoune la somme de 800 (huit-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat aux missions d'aide juridictionnelle qui lui ont été confiées. En cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de M. A, cette somme lui sera versée directement.
Article 5 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Djermoune.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Copie en sera adressée au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Dijon en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.
La magistrate désignée,
O. VIOTTILe greffier,
J. TESTORI
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2301507
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026