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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301509

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301509

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2023, Mme A B, représentée par la SCP Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a procédé au classement sans suite de sa demande de naturalisation, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de statuer dans un délai de deux mois sur sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle a transmis par un courrier du 26 avril 2022 l'intégralité des pièces qui lui ont été demandées ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, dès lors que l'administration a contraint, à la fin de l'année 2022, les requérants étrangers qui avaient sollicité le bénéfice d'une naturalisation à utiliser la plateforme électronique, alors même qu'ils n'étaient pas contraints de le faire en raison du défaut de fonctionnement de cette plateforme qui n'a commencé à être efficiente qu'au mois de février 2023.

La requête a été communiquée le 1er juin 2023 au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure, qui lui a été adressée le 15 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- et les observations de Me Clemang représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 11 mai 1987, a formé, le 29 novembre 2021, une demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation dont il a été délivré récépissé le 29 mars 2022. L'attestation de dépôt de dossier de demande de naturalisation demandait également à l'intéressée de transmettre aux services de la préfecture plusieurs documents, avant le 1er juin 2022, afin de compléter le dossier. Par une décision du 6 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a décidé de procéder au classement sans suite du dossier de demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, au motif de l'absence de production, à cette date, de certains des documents demandés. Le silence de l'administration a fait naître une décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 30 janvier 2023 par l'intéressée. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". En vertu de ces dispositions, d'une part, une mise en demeure peut être adressée à la partie appelée à produire un mémoire dans le cadre de l'instruction qui n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti à cet effet et, d'autre part, si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les écritures du requérant. Néanmoins, cette circonstance ne dispense pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit qu'il invoque.

3. En l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or a été mis en demeure de produire ses observations le 15 janvier 2024. Cette mise en demeure est restée sans effet. Dans ces conditions, cette autorité administrative est réputée, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, avoir admis l'exactitude matérielle des faits allégués par Mme B et non contredits par les pièces du dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été destinataire, le 29 mars 2022 d'une attestation de dépôt de dossier de demande de naturalisation par lequel les services de la préfecture de la Côte-d'Or lui ont également demandé de leur transmettre, avant le 1er juin 2022, plusieurs documents destinés à compléter son dossier de demande d'acquisition de la nationalité française, au nombre desquels figurent notamment l'original de la copie intégrale de l'acte de naissance légalisé, les certificats de scolarité de ses deux enfants scolarisés pour l'année scolaire 2021/2022, une attestation de versement des prestations sociales de la caisse d'allocation familiale, une copie des bulletins de salaire de novembre et décembre 2021 pour elle-même et son conjoint, une copie intégrale des avis d'imposition 2019, 2020 et 2021 de son conjoint et un justificatif de domicile à son nom daté de moins de trois mois. Mme B produit, à l'appui de sa requête, l'accusé de réception d'une lettre recommandée adressée à la préfecture de la Côte-d'Or le 26 avril 2022, ainsi que l'intégralité des pièces demandées par le préfet, et fait valoir, sans être contredite, avoir adressé l'ensemble des pièces demandées dans le délai qui lui a été imparti. Le préfet, qui a acquiescé aux faits, ne conteste pas avoir reçu l'ensemble des pièces demandées. Au surplus, dans la décision litigieuse du 6 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or n'identifie pas les documents manquants. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le motif de la décision attaquée du 6 décembre 2022, tiré du défaut de production, à la date de cette décision, de certains des documents sollicités le 29 mars 2022, est entaché d'une erreur de fait.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions contestées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le motif d'annulation retenu implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de reprendre l'examen de la demande de naturalisation de Mme B. Par conséquent, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de statuer dans un délai de deux mois sur la demande de naturalisation de Mme B. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de reprendre l'examen de la demande de naturalisation de l'intéressée dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 6 décembre 2022, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a procédé au classement sans suite du dossier de demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, et la décision implicite de rejet de son recours gracieux dirigé contre cette décision, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de reprendre, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, l'instruction du dossier de demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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