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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301518

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301518

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDE MESNARD ADÈLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, Mme E B, représenté par Me de Mesnard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 24 mars 2023, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial en faveur de son époux, M. D A ;

2°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or d'autoriser le regroupement familial sollicité dans les trente jours suivant notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande,

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie compte tenu des graves répercussions de la décision attaquée sur sa vie familiale ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, laquelle :

•est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à sa signataire ;

•est insuffisamment motivée ;

•procède d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 4 de l'accord franco-algérien ;

•a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, le mariage étant récent et les époux n'ayant jamais cohabité ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•le moyen tiré du vice d'incompétence manque en fait ;

•cette décision est suffisamment motivée ;

•elle n'est pas entachée d'erreur de droit, les conditions tenant à la perception d'un revenu supérieur au salaire minimum de croissance et à la stabilité des ressources étant cumulatives ;

•elle n'a pas été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2301425, enregistrée le 22 mai 2023.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience,

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me de Mesnard, pour Mme B, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire introductif d'instance ;

- les observations de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née en 1984 et de nationalité algérienne, titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'en 2031, demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, en date du 24 mars 2023, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial en faveur de son époux, M. A.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, lorsqu'il lui est demandé de suspendre l'exécution d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ou le bénéfice d'une mesure de regroupement familial, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Si cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du retrait ou du refus de renouvellement d'un titre de séjour, il appartient en revanche au requérant, dans les autres cas, de justifier de circonstances particulières caractérisant.

4. Mme B soutient qu'elle ne dispose pas de moyens suffisants pour se rendre fréquemment en Algérie afin d'y retrouver son époux, que le couple désire ardemment avoir un enfant, ce à quoi le temps presse, qu'elle n'entend pas être seule pour attendre puis élever cet enfant, et que les conditions d'existences actuelles durent, du fait de la durée de l'instruction de sa demande de regroupement familial, depuis près de deux ans. Cette situation, toutefois, ne permet pas de caractériser l'existence de circonstances particulières, au sens des principes rappelés au point précédent, justifiant de la nécessité pour la requérante de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente qu'il soit statué sur son recours au fond. Ainsi, la condition d'urgence n'est pas remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions de Mme B tendant à la suspension de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et sa demande accessoire tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon, le 22 juin 2023.

Le président du tribunal,

juge des référés,

D. ZUPAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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