jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301569 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID BENOÎT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 juin 2023, Mme A B, représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler le " formulaire " relatif à sa demande de titre de séjour établi par le préfet de la Côte-d'Or le 23 décembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, dans le même délai et sous la même astreinte, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu prévu par les articles 41, 47 et 48 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation et méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision attaquée méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en ne procédant pas à un examen particulier de sa situation personnelle, le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur de droit ;
- en lui précisant que le délai dont elle disposait pour déposer une demande de titre de séjour était " dépassé ", alors qu'elle n'a pas bénéficié de l'information prévue par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle ne pouvait pas être éloignée dès lors qu'elle entre dans le champ d'application du 5° de l'article L. 611-3 et, enfin, qu'elle justifie d'une " circonstance nouvelle ", le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 431-2 ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et, en outre, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet soutient que :
- la requête n'est pas recevable dès lors que le refus d'enregistrer un dossier de demande de titre de séjour incomplet, qui n'a pas le caractère d'une décision faisant grief, n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux ;
- les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2023.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boissy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante béninoise née en 1985, entrée régulièrement sur le territoire français le 18 juin 2022 avec un visa de type C valable du 25 mars 2022 au 24 mars 2023, a présenté une demande de protection internationale le 26 juillet 2022. Le 30 septembre 2022, l'intéressée a parallèlement présenté une demande de carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
2. Par un formulaire pré-imprimé intitulé " dossier incomplet-retour " daté du 23 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de poursuivre l'instruction de la demande de Mme B au motif que son dossier était " incomplet ", lui a retourné les pièces que celle-ci avait transmises, l'a invitée à renvoyer un dossier accompagné des " pièces manquantes surlignées " sur " une liste jointe " -laquelle liste n'était pas annexée au formulaire adressé à l'intéressée- et, enfin, dans une mention " observations complémentaires ", l'a informée qu'elle ne pouvait plus solliciter son admission au séjour en application de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B demande l'annulation de ce " formulaire " du 23 décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Côte-d'Or :
3. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 2, le préfet de la Côte-d'Or doit être regardé comme ayant définitivement refusé de statuer sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B et ainsi pris une décision défavorable ayant les mêmes effets qu'une décision rejetant une demande de titre de séjour. La fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que le contenu du formulaire pré-imprimé n'a pas le caractère d'une décision faisant grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux, doit par suite être écartée.
En ce qui concerne les moyens de la requête :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
5. Si la décision attaquée mentionne la qualité de son auteur -le " préfet "-, elle ne comporte en revanche ni le prénom, ni le nom ni la signature de la personne qui a pris cette décision. La requérante, qui n'a ainsi pas été en mesure identifier l'auteur réel de la décision attaquée, est dès lors fondée à soutenir que le préfet a méconnu les exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En second lieu, la décision analysée aux points 2 et 3, qui invite Mme B à déposer un nouveau dossier complet comportant les " pièces manquantes " figurant sur une liste qui n'est pas jointe au formulaire tout en informant l'intéressée qu'elle ne peut cependant plus solliciter son admission au séjour, comporte une motivation contradictoire, confuse et inintelligible qui ne permet pas à son destinataire de connaître quelle est la véritable nature de la décision et de ses motifs. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'une telle décision a en l'espèce méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Si, compte tenu des motifs retenus pour annuler la décision en litige et des autres éléments du dossier, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet de la Côte-d'Or délivre à Mme B un titre de séjour, elle implique en revanche nécessairement qu'il procède au réexamen de sa demande. Dès lors, il y a seulement lieu d'ordonner au préfet de procéder à ces diligences dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me David, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 000 euros.
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais qu'il allègue avoir exposés.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a statué sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me David une somme de 1 000 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Les conclusions présentées par les parties sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me David.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026