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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301574

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301574

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2023, M. B A, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 31 mai 2023 par lesquels le préfet du Doubs a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale lui permettant de saisir l'OFPRA, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans la même condition de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté portant transfert aux autorités allemandes a été adopté au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié que son droit à l'information prévu par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ait été respecté ;

- cet arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait bénéficié d'un entretien individuel ;

- le préfet a commis une erreur de fait dès lors qu'il n'établit pas avoir saisi les autorités allemandes d'une demande de prise en charge conformément aux dispositions des articles 15 et 18 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- la décision de transfert aux autorités allemandes est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, des points 16 et 17 au préambule du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ,ainsi de l'article 15 du règlement (CE) n° 343-2003 du Conseil du 18 février 2003, dès lors que son frère, de nationalité allemande, réside sur le territoire français et qu'en conséquence, les autorités françaises auraient dû se reconnaître compétente pour examiner sa demande d'asile ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal du fait de l'illégalité de la décision ordonnant son transfert aux autorités italiennes ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil du 18 février 2003 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 12 juin 2023 à 14h00.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Si Hassen, représentant M. A, qui précise, concernant le droit à l'information de l'intéressé, d'une part que le guide du demandeur d'asile ne lui a pas été remis, d'autre part que son client, qui est analphabète, n'a pas été informé de la teneur des brochures lui ont été remises lors de l'entretien individuel ; que le frère de M. A, présent à l'audience, l'héberge à son domicile et l'assiste dans ses démarches ; que contrairement à ce qu'affirme le préfet en défense, il n'est pas arrivé de manière autonome sur le territoire, et se trouve en situation de vulnérabilité du fait de son état de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 13 décembre 2002, a présenté, le 11 mai 2023, une demande d'asile. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que l'intéressé a déposé une demande d'asile en Allemagne le 3 janvier 2023, le préfet du Doubs a, par deux arrêtés du 31 mai 2023, notifiés le 6 juin suivant, ordonné le transfert de M. A aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas l'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de transfert aux autorités allemandes :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des informations prévues au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et qui constitue une garantie dont la méconnaissance est de nature à entacher d'illégalité la décision contestée.

7. Il ressort du compte-rendu résumé de l'entretien individuel ayant eu lieu le 11 mai 2023 que M. A s'est vu remettre à cette occasion les brochures d'information dites A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie ' " contenant l'ensemble des informations prévues à l'article 4 du règlement précité en langue farsi, qu'il ne conteste pas comprendre. Le requérant soutient toutefois qu'il n'a pas pu en prendre connaissance dès lors qu'il est analphabète, circonstance dont il a fait état au cours de l'entretien individuel. Il ressort des pièces du dossier que les brochures, sur lesquelles n'apparaît aucune signature d'interprète, ont été remises à M. A le 11 mai 2023, au cours de l'entretien individuel. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et notamment pas des mentions du compte rendu de l'entretien, que les brochures remises à l'intéressé lui auraient été lues ou expliquées par l'interprète lors de l'entretien, joint par téléphone. Dans ces conditions, alors que seules les brochures figurant en annexe du règlement d'exécution (UE) n°118-2014 de la commission du 30 janvier 2014 permettent aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application du règlement du 26 juin 2013, M. A est fondé à soutenir que la décision de transfert a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière et qu'il a été privé d'une garantie.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet du Doubs a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile ainsi que, par voie de conséquence, de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure de transfert.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Doubs procède au réexamen de la situation de M. A et le mette, dans l'attente, en possession d'une attestation de demande d'asile. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Si Hassen renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Si Hassen de la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet du Doubs a décidé de remettre M. A aux autorités allemandes est annulé.

Article 3 : L'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet du Doubs a décidé d'assigner à résidence M. A dans le département de la Côte d'Or est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Doubs de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une attestation de demande d'asile.

Article 5 : L'Etat versera à Me Si Hassen une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la rétribution mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Doubs et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au préfet de la Côte d'Or et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La magistrate désignée,

M. DESSEIXLa greffière,

L. LELONG

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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