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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301584

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301584

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 juin et 11 décembre 2023, la société Alexandre Basson Immobilier, représentée par la SELARL Brocard Gire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le maire de Dijon a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'édification d'une résidence étudiante de vingt-deux logements avec démolition du bâtiment existant ;

2°) d'enjoindre au maire de Dijon de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dijon le versement de la somme de

3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son projet est conforme aux dispositions de l'article 5 applicable à la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, dès lors que, par rapport à la rue Henry Joly, le bâtiment projeté jouxte la limite de propriété, laquelle a le caractère d'une limite de fond de parcelle ;

- la hauteur de la construction projetée respecte les prescriptions de l'article 6 applicable à la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet ne comporte aucune partie habitable semi-enterrée ;

- les demandes de substitution de motifs présentées par la commune doivent être rejetées, dès lors que son projet respecte le coefficient de biotope et les règles d'implantation prévus respectivement par les articles 4 et 5 applicables à la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2023, la commune de Dijon, représentée par Me Férignac, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Alexandre Basson Immobilier la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- aucun des moyens invoqués n'est fondé ;

- si le terrain d'assiette du projet ne présente pas un linéaire sur voie de 45 mètres, il peut néanmoins être procédé à une substitution de motifs en relevant que le projet ne respecte pas pour autant la règle prévue à l'article 5 applicable dans la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme, lequel impose que les éventuels retraits vis-à-vis des limites séparatives latérales doivent être supérieurs ou égaux à 5 mètres lorsque le tènement présente un linéaire sur voies et / ou espaces publics supérieur à 20 mètres, ce qui est le cas du terrain concerné ;

- il peut également être procédé à une substitution de motifs dès lors que le projet ne respecte pas le coefficient de biotope prescrit par l'article 4 applicable à la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme.

Par courrier du 4 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue le 22 janvier 2024 par une ordonnance du même jour.

Un mémoire a été présenté le 23 janvier 2024 pour la commune de Dijon et, l'instruction étant close, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- les observations de Me Gire, représentant la société Alexandre Basson Immobilier et celles de Me Pasquier, représentant la commune de Dijon.

Considérant ce qui suit :

1. La société Alexandre Basson Immobilier a demandé, le 6 octobre 2021, un permis de construire en vue de la construction d'une résidence étudiante de vingt-deux logements avec démolition du bâtiment existant sur une parcelle cadastrée BW 179, située dans l'angle de la rue de Mirande et de la rue Henri Joly à Dijon. Par un premier arrêté du 26 novembre 2021, le maire de Dijon a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. Le tribunal a, dans un jugement n° 2200940 du 2 mars 2023, confirmé la légalité de ce refus. En conséquence, la société a déposé une nouvelle demande de permis de construire le 17 mars 2023, à laquelle le maire de Dijon a, par un arrêté du 14 avril 2023, opposé un second refus. Par la présente requête, la société Alexandre Basson Immobilier en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement du plan local d'urbanisme de Dijon Métropole : " () Dispositions générales / Implantation par rapport aux limites séparatives / () Dispositions générales / Implantation par rapport aux limites séparatives / • La règle d'implantation par rapport aux limites séparatives s'applique de manière différenciée en fonction : / - des limites séparatives latérales ou de fond ; / - de la bande de constructibilité principale, d'une profondeur de 21 m, mesurée perpendiculairement à partir des voies et espaces publics ; / - de la hauteur de la construction en cas de retrait, mesurée depuis le niveau de l'espace public ou du terrain naturel, selon les mêmes modalités qu'à l'article 6. / • Lorsque le tènement présente un linéaire sur voies et / ou espaces publics supérieur à 20m : / - dans la bande de constructibilité principale, les éventuels retraits vis-à-vis des limites séparatives latérales seront supérieurs ou égaux à 5m ; / - au-delà de la bande de constructibilité et dans tous les cas par rapport aux limites de fond, les constructions devront observer un recul par rapport aux limites latérales et de fond au moins égal à leur hauteur sans être inférieur à 5m. / () Dans les tissus urbains périphériques () / Dans la bande de constructibilité principales, les constructions pourront s'implanter : / - en retrait des limites latérales, avec un recul au moins égal à la moitié de la hauteur, sans être inférieur à 3 m ; / - sur les limites séparatives latérales. () / Implantation au-delà de la bande de constructibilité principale et dans tous les cas par rapport aux limites de fond / Les constructions devront observer un recul au moins égal à leur hauteur, sans être inférieur à 3 m () ".

3. Il résulte de ces dispositions que dans la bande de constructibilité principale, d'une profondeur de 21 mètres mesurée perpendiculairement à partir des voies et espaces publics, les éventuels retraits vis-à-vis des limites séparatives latérales doivent être supérieurs ou égaux à 5 mètres lorsque le terrain d'assiette s'implante en bordure d'une voie ou d'un espace public sur un linéaire continu supérieur à 20 mètres. Cette règle, compte tenu de sa finalité, qui est, pour l'essentiel, d'organiser les fronts bâtis sur voie, ne trouve à s'appliquer qu'aux seules limites séparatives latérales qui, suivant la définition qu'en donne le lexique du règlement du plan local d'urbanisme : " donnent sur emprises publiques ou les voies au sens du code de la voirie routière ". Ainsi, dans le cas d'un terrain à l'angle de deux rues, comme en l'espèce, elle ne saurait déterminer l'implantation des constructions par rapport à la limite séparative latérale donnant sur l'autre voie que celle sur laquelle le terrain présente un linéaire supérieur à 20 mètres.

4. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet, située à l'angle de deux rues, présente des linéaires continus respectifs de 18,72 mètres et 23,83 mètres sur la rue de Mirande et la rue Henri Joly, et non, ainsi que l'a estimé le maire de Dijon, un linéaire total de 45 mètres. De plus, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la construction devait observer, vis-à-vis de la limite séparative nord-est donnant sur la rue de Mirande, un recul au moins égal à la moitié de sa hauteur sans être inférieur à 3 mètres, soit, en l'espèce, 3,50 mètres. Ainsi, en s'implantant à 3,81 mètres de la limite séparative latérale nord-est, le projet respecte les dispositions précitées. Par suite, la société Alexandre Basson Immobilier est fondée à soutenir que ce premier motif est illégal.

5. En second lieu, aux termes de l'article 6 relatif à la hauteur des constructions applicable à la zone urbaine du règlement du plan local d'urbanisme : " () Calcul de la hauteur / La règle de hauteur s'applique de manière différenciée en fonction de la bande de constructibilité principale, d'une profondeur de 21 m, mesurée perpendiculairement à partir des voies et espaces publics. () • La hauteur des constructions est comptée entre le dessous de la sablière, la ligne de bris ou le niveau supérieur de la dalle brute de la terrasse et : / - le niveau de l'espace public au droit de la limite parcellaire, pour les constructions situées dans la bande de constructibilité principale, y compris lorsque la rue est en pente ; / - le niveau du terrain naturel avant travaux, pour les constructions situées au-delà de la bande de constructibilité principale. / () • Les parties habitables ne pourront pas être semi-enterrées à l'exception des terrains situés en contre-bas de l'espace public. / Hauteur maximale / En dehors des sites de projet, la hauteur maximale est limitée à la largeur de la voie selon les modalités définies ci-dessous, sous réserve de ne pas dépasser la hauteur figurant au plan des hauteurs. / • Le plan des hauteurs fait mention de la hauteur autorisée dans la bande de constructibilité principale et au-delà de la bande de constructibilité principale. / • Dans la bande de constructibilité principale, la hauteur est limitée à la largeur de la voie ou de l'emprise publique, avec une tolérance d'1 m pour permettre la réalisation d'un nombre entier d'étages droits, sans pouvoir excéder les hauteurs définies au plan des hauteurs () • Attique et toiture / () • En cas de toiture en pente ou arrondie, un seul niveau de comble aménageable est autorisé au-delà de la hauteur maximale, au sein de la bande des 21m et au-delà. Dans tous les cas, les combles aménageables sous toiture en pente ou arrondie sont limités à un niveau, hors mezzanine ". Le lexique du règlement définit les combles comme le " volume compris entre le plancher haut du dernier étage d'un bâtiment et la toiture " et le niveau comme un " étage, y compris le rez-de-chaussée : 4 niveaux = R + 3 étages ". Enfin, lexique prévoit que : " En charpente, une sablière est une poutre placée horizontalement à la base du versant de toiture, sur le mur de façade ".

6. Pour refuser la délivrance du permis de construire sollicité, le maire de Dijon s'est également fondé sur le surdimensionnement de la toiture de l'immeuble projeté " par rapport aux deux niveaux inférieurs () engendrant un niveau habitable en toiture d'une hauteur de plus de 9 mètres, venant ainsi contourner les règles de hauteur ", sur la création d'une " nouvelle sablière " d'une hauteur de 8,53 mètres à l'endroit du pan coupé situé à l'angle des deux rues, ainsi que sur la réalisation d'une partie habitable semi-enterrée, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 6.

7. Ainsi qu'il a été dit, le terrain d'assiette du projet s'implante à l'angle de deux rues, d'une largeur respective de 16,47 et 11,93 mètres. Il se situe en outre dans un secteur du plan local d'urbanisme où la hauteur des constructions est limitée à 7 mètres. La société Alexandre Basson Immobilier projette d'y édifier, dans la bande de constructibilité, un bâtiment de deux étages à deux versants, qui s'élèvera à une hauteur de 6,99 mètres, mesurée entre le dessous de la sablière et le niveau de l'espace public au droit de la limite parcellaire. Contrairement à ce qu'a estimé le maire de Dijon, la toiture ne comporte aucune sablière à l'endroit du pan coupé donnant sur l'angle des deux rues, et la sablière située au versant de la toiture constitue le seul point de référence pour calculer la hauteur de la construction au sens de l'article 6 précité. Ce motif est ainsi entaché d'une erreur de droit.

8. En outre, aucune des dispositions précitées ne réglemente la proportion de la toiture par rapport au reste de la construction, ni, au demeurant, la hauteur maximale de toitures et niveaux, dont, notamment, celui pouvant être aménagé dans les combles après le plancher haut du dernier étage. Par suite, et dès lors que la sablière du bâtiment projeté s'élève à moins de 7 mètres par rapport au niveau de l'espace public, la circonstance que le plancher haut du dernier étage dépasse cette hauteur ne méconnait aucune des dispositions de l'article 6 précité, de sorte que ce motif est également entaché d'illégalité.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le rez-de-chaussée, au sein duquel un appartement est aménagé, sera construit à une hauteur de 262,07 du nivellement général de la France (NGF), c'est-à-dire en dessous du terrain naturel, situé à 263,61 NGF. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société requérante, le projet comporte effectivement des parties habitables semi-enterrées, alors par ailleurs que le terrain ne se situe pas en contre-bas de l'espace public, ce qu'interdit l'article 6 précité du règlement du plan local d'urbanisme.

10. Il résulte de l'instruction que le maire de Dijon aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur ce dernier motif.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motifs présentée en défense, que la société Alexandre Basson Immobilier n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Dijon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à la société Alexandre Basson Immobilier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la commune de Dijon.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Alexandre Basson Immobilier est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Dijon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Alexandre Basson Immobilier et à la commune de Dijon.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2301584

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