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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301591

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301591

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLAGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8, 22 et 23 juin 2023 sous le n° 2301591, l'association One Voice demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a décidé l'ouverture d'une période de chasse complémentaire du blaireau par vénerie sous terre du 15 juin au 14 septembre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'urgence :

- l'arrêté litigieux, qui est entré en vigueur, porte une atteinte grave et immédiate aux intérêts qu'elle défend, le bien-être animal et la biodiversité, dès lors que ce mode de chasse génère un niveau de souffrance élevé pour les animaux chassés, qu'aucune limitation du nombre de blaireaux tués n'est fixée, que le rythme de reproduction de cette espèce est lent, qu'aucune estimation fiable de l'effectif de sa population dans le département n'a été établie, et que des petits sont présents dans les terriers ;

- il n'existe aucun intérêt s'opposant à ce que l'exécution de l'arrêté litigieux soit suspendue, les dégâts imputés aux blaireaux n'étant pas établis et susceptibles d'être prévenus par d'autres moyens que la mise à mort.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- l'arrêté litigieux méconnaît les modalités de consultation de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage prévues par l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'est pas démontré que la convocation des membres est intervenue au moins cinq jours avant la réunion et qu'elle était accompagnée de l'ensemble des documents nécessaires ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 133-12 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'un des membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage qui a siégé à la séance du 15 décembre 2022 est membre du conseil d'administration de l'association française des équipages de vénerie sous terre et président de l'association départementale des équipages de vénerie sous terre de Saône-et-Loire et avait un intérêt personnel ;

- il méconnaît le principe de précaution prévu par l'article L. 110-1 du code de l'environnement dès lors qu'il est établi que la pratique de la vénerie sous terre contribue à fragiliser de façon substantielle l'équilibre biologique du blaireau en raison du taux de croissance naturelle particulièrement faible de l'espèce, situé entre 15 et 20 % par an, que le préfet n'a pas recherché si le risque d'une atteinte grave et irréversible à l'environnement était avéré, n'a mis en œuvre aucune mesure visant à évaluer le risque réel que présentait l'ouverture de la période complémentaire et n'a assorti sa décision d'aucune mesure de précaution ;

- il méconnaît l'interdiction prévue par l'article L. 424-10 du code de l'environnement dès lors qu'il est établi que des portées ou des petits, au sens, soit d'individus n'ayant pas encore atteints leur maturité sexuelle, soit non encore sevrés, seront encore présents dans les terriers au cours de l'intégralité de la période complémentaire de vénerie sous terre autorisée par l'arrêté litigieux ; cette interdiction est entendue strictement et ne souffre d'aucune dérogation, quels que soient les motifs invoqués ;

- il méconnaît l'obligation de gestion équilibrée des écosystèmes prévue par l'article L. 420-1 du code de l'environnement en l'absence de plafond imposé au nombre de blaireaux pouvant être mis à mort au cours de la période complémentaire et de suivi des actions de chasse ;

- il méconnaît le respect de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique prévu par l'article L. 420- 1 du code de l'environnement ;

- il méconnaît l'interdiction de destruction des espèces protégées prévue par l'article L. 411-1 du code de l'environnement en raison de la présence avérée dans les terriers des blaireaux de deux espèces protégées à savoir les chauve-souris et les chats sauvages ;

- il est illégal du fait de l'illégalité de l'article R. 424-5 du code de l'environnement qui autorise la pratique de la vénerie sous terre du blaireau à une période où des petits sont encore présents dans les terriers en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-10 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et que l'association requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Par une intervention en défense, enregistrée le 23 juin 2023, la Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'association requérante, dont la vocation est nationale, l'objet social imprécis, le bilan d'action inconnu, dont les statuts méconnaissent les articles 56 et 57 du code civil d'Alsace-Moselle, et dont la requête est imprécise, n'a pas intérêt à agir contre l'arrêté en litige ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie et l'association requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

II. Par une requête, enregistrée le 10 juin 2023 sous le n° 2301607, l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a décidé l'ouverture d'une période de chasse complémentaire du blaireau par vénerie sous terre du 15 juin au 14 septembre 2023.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'urgence :

- l'arrêté litigieux, qui entre en vigueur le 15 juin 2023, préjudicie de manière grave et immédiate à un intérêt public dès lors qu'il autorise la destruction de blaireaux d'Europe sans limitation ni restriction tenant au nombre, à l'âge ou aux sexe de ces animaux et qu'il intervient en période de reproduction de l'espèce ;

- il préjudicie aux intérêts qu'elle défend, la préservation du patrimoine mammalogique du département de Saône-et-Loire auquel appartient le blaireau et à l'intérêt général de la biodiversité.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'un membre de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage de Saône-et-Loire qui a siégé le 15 décembre 2022 est président de l'association départementale des équipages de vénerie sous terre de Saône-et-Loire et membre du conseil d'administration de l'association française des équipages de vénerie sous terre et a méconnu le principe d'impartialité en siégeant ; l'article 13 du règlement intérieur de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage de Saône-et-Loire a été méconnu ; la note technique de la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires du 9 juin 2022 relative à l'élaboration des dossiers de demandes préfectorales de classement ministériel d'espèces susceptibles de d'occasionner des dégâts a été méconnue ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que les conditions de participation du public ont été restreintes dans leur objet ;

- il méconnaît l'interdiction prévue par l'article L. 424-10 du code de l'environnement dès lors que des petits, présents dans les terriers, seront susceptibles d'être chassés avec les adultes, comme en atteste la note de présentation du 10 mars 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et que l'association requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 23 juin 2023, la Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le signataire de la requête ne justifie pas de sa qualité pour agir au nom de l'association requérante ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie et l'association requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2301592, enregistrée le 8 juin 2023, par laquelle l'association One Voice demande l'annulation de l'arrêté litigieux ;

- la requête n° 2301608, enregistrée le 10 juin 2023, par laquelle l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire demande l'annulation de l'arrêté litigieux.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Nicolet, vice-président,

- les observations de Me Abramovitch, pour l'association One Voice, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et les mémoires produits ;

- les observations de M. A, pour l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête ;

- les observations de M. B, pour le préfet de Saône-et-Loire, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire en défense ;

- les observations de Me Lagier, pour la Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans son mémoire en intervention.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. L'association One Voice et l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire demandent la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a décidé l'ouverture d'une période de chasse complémentaire du blaireau par vénerie sous terre du 15 juin au 14 septembre 2023.

2. Les requêtes de l'association One Voice et de l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire sont dirigées contre le même arrêté. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

3. La Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire, qui ne constitue pas une partie à l'instance, justifie d'un intérêt suffisant au maintien de l'arrêté attaqué. Ainsi, son intervention est recevable.

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. ".

5. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et globalement, le cas échéant au terme d'un bilan des intérêts privés et publics en présence et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

6. Les associations requérantes, engagées pour le bien-être animal et la biodiversité, pour démontrer l'urgence qui s'attacherait à la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté, font valoir que la période complémentaire de ce mode de chasse cruel a débuté, qu'elle couvre la période de reproduction, durant laquelle des jeunes animaux sont encore dépendants de leurs parents, que le rythme de progression de cette espèce est lent, que le nombre de blaireaux susceptible d'être tués n'est pas limité, qu'aucune estimation fiable de l'effectif de sa population dans le département n'a été établie, et qu'il n'existe aucun intérêt s'opposant à ce que l'exécution de l'arrêté litigieux soit suspendue, les dégâts imputés aux blaireaux n'étant pas établis et susceptibles d'être prévenus par d'autres moyens que la mise à mort.

7. Les associations requérantes contestent, au titre de l'urgence, le principe de ce mode de chasse qui n'est cependant pas prohibé. Elles font par ailleurs valoir le caractère immédiat de l'atteinte aux intérêts qu'elles défendent, dès lors que la période de chasse complémentaire en litige est engagée à la date à laquelle le juge des référés est appelé à statuer. Toutefois, en se bornant à indiquer que l'arrêté attaqué ne limite pas le nombre de blaireaux susceptible d'être tués sur la période de trois mois en cause, durant laquelle des jeunes animaux sont encore présents dans les terriers, dépendants de leurs parents, et que le rythme de progression de l'espèce est lent, les associations requérantes ne justifient, ni même n'allèguent, que l'équilibre biologique de l'espèce serait immédiatement et durablement menacée dans le département de Saône-et-Loire. A ce titre, si le rapport de présentation du 10 mars 2023 établi par les services de l'Etat admet qu'aucun recensement fiable de la population n'a été établi dans le département, il fait mention de différents indices, dont les comptages nocturnes réalisés par la Fédération des chasseurs, qui ne laissent apparaître aucune réduction de la population des blaireaux dans le département. Ce point n'est pas contesté par les associations requérantes qui se bornent à contester la fiabilité des estimations qui sont prises en compte par les services de l'Etat, et ne produisent aucun élément précis et factuel relatif à l'estimation de l'évolution de la population du blaireau dans le département, comme l'a confirmé à l'audience le représentant de l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire qui a soutenu que, selon lui, l'urgence serait établie au premier décès d'un blaireautin. En outre, le préfet fait valoir que la réduction en 2022 de la période complémentaire de chasse à trois mois, contre quatre mois auparavant, à compter du 15 mai, serait la cause principale d'un nombre de prélèvements réduit l'an dernier à environ 200, contre une moyenne avoisinant 700 de 2005 à 2021.

8. Dans ces conditions, dès lors, notamment, qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté contesté serait de nature à affecter immédiatement et durablement l'équilibre biologique des blaireaux en Saône-et- Loire, et alors même que les dégâts qui sont imputés à cette espèce ne semblent pas présenter de caractère majeur, il n'est pas établi que la mesure litigieuse porterait une atteinte suffisamment grave et immédiate à la préservation du blaireau, à la situation des associations requérantes, aux intérêts que défendent ces associations ou à un intérêt public.

9. Par suite, eu égard à l'ensemble de ces circonstances, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée, en l'espèce et en l'état de l'instruction, comme étant remplie.

10. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions cumulatives posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer, en tout état de cause, sur les fins de non-recevoir qui sont opposées par la Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire, ni d'examiner si les moyens soulevés sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'association One Voice demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'intervention de la Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire est admise.

Article 2 : Les requêtes de l'association One Voice et de l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association One Voice, à l'association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la Fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.

Fait à Dijon, le 26 juin 2023.

Le juge des référés,

P. Nicolet

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2301591-2301607

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